Critiques Cinéma

REALITE (Critique)

3 STARS BIEN

réalité afficheSYNOPSIS: Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…

Le trublion Quentin Dupieux – alias Mr Oizo – enchaîne les films barrés avec une régularité enviable. En effet, Réalité est déjà  son sixième long-métrage . Génie ou imposteur poseur, la question persiste et continue de déchirer le public quant à l’appréciation de ses œuvres, qui se distinguent par une grammaire visuelle singulière et un récit instinctif et souvent absurde. Composé – comme à l’accoutumée – d’un casting hétéroclite (Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez, John Glover mais aussi deux habitués du cinéaste : Eric Wareheim, vu dans Wrong et Wrong Cops, et Roxane Mesquida, vue dans Rubber et Wrong Cops), Réalité sort en salles un an à peine après Wrong Cops, la précédente mouture de l’artiste, qui, pour l’occasion, changeait un poil de registre – enfin pas beaucoup quand même, n’exagérons rien – en rompant avec ses trips arty-psychédéliques des débuts pour s’aventurer du côté de la comédie déjantée tendance lynchienne. Présenté successivement hors compétition au festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez puis au 22ème festival du film fantastique de Gérardmer, Réalité s’inscrit dans la directe lignée de la précédente œuvre du réalisateur /compositeur français (Réalité a été tourné avant Wrong Cops cela dit), qui persiste à transcender son fameux crédo « il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir ». L’intrigue de Réalité ne déroge pas à l’univers abstrait de Dupieux. Alain Chabat incarne Jason Tantra, caméraman placide et borné d’une émission TV culinaire, en pleine réflexion avec Bob, un producteur joué par Jonathan Lambert. Il lui soumet le pitch pour « Waves », film qu’il souhaite réaliser : les télévisions du monde entier se mettent à tuer des gens au hasard grâce aux ondes électromagnétiques qu’elles envoient. Le producteur accepte de financer son projet si et seulement s’il parvient à trouver, en moins de 48 heures, le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma. Une quête délicate, qui fera sombrer Chabat dans une sorte de cauchemar à plusieurs niveaux et lui faire perdre pied avec la réalité. De la même manière qu’avec Wrong Cops, Dupieux propose sur ce pitch une série de vignettes dont l’agencement général manque parfois de cohérence, offre une sale impression de redite et pourra en agacer plus d’un, à force de multiplier les autoréférences ici et là (« Rubber 2 » annoncé sur la devanture d’un cinéma, histoire décalée de Waves inspirée de celle de Rubber…), mais il faut avouer que Réalité demeure assez poilant.

Realité 1

L’humour déployé fonctionne bien dans l’ensemble : gags visuels efficaces, répliques qui font mouche (toutes les interactions entre Jason et Bob), histoire parallèle jouissive et invraisemblable d’une petite fille obsédée par le contenu d’une VHS planquée dans le cadavre d’un sanglier éviscéré par son père, œillades à des influences assimilées (Lynch toujours, mais aussi le Videodrome de Cronenberg, la définition du rêve selon Bunuel, ou encore l’univers onirique de Gondry…), mises en abîme maîtrisées d’un rêve à tiroirs en mode Inception et enchaînement de scènes totalement absurdes – domaine où Dupieux se dresse toujours en roi – qui font leur petit effet. La bonne dynamique du récit est redevable en partie à Dupieux (Réalité est galvanisé par une mise en scène adroite à défaut d’être inventive) mais également au casting, en excellente forme : Chabat, impeccable dans sa bonhommie candide, s’amuse comme un fou à crier dans son dictaphone en vue d’expérimenter le son parfait, tandis que Jonathan Lambert s’avère marrant en producteur condescendant qui bute des surfeurs au sniper. Seulement voilà, si le tableau global tient plutôt la route, on est un peu déconcerté par le fait que Dupieux semble condamné à refaire toujours et encore le même film, quitte à verser dans l’auto-parodie. Sur le plan technique par exemple, aucun mouvement à l’horizon (des interactions champs/contre-champs, des zooms/dézooms très lents, une esthétique aseptisée en contradiction avec l’expérimentation revendiquée, comme dans Wrong Cops finalement). Et ce n’est pas non plus la satire d’Hollywood, tissée en arrière plan, qui convainc pleinement : pas assez féroce (le discours robotisé de Bob pour se moquer des producteurs moguls de l’industrie) ou trop superficiel (on devine que Dupieux veut se foutre des acteurs nommés aux Oscars lors d’une scène où ils les représentent en êtres sans visages). De même, déception totale pour la musique (champs où Dupieux excelle habituellement), composée d’un unique morceau répété ad nauseam. En deux mots : Réalité est drôle et porté par la liberté créative de son auteur certes, mais sale sensation que Quentin Dupieux commence à tourner en rond dans son répertoire absurde et surréaliste.

réalité afficheTitre Original: REALITE

Réalisé par: QUENTIN DUPIEUX

Casting: Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez,

Kyla Kenedy, John Glover, Eric Wareheim

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 18 Février 2015

Distribué par: Diaphana Distribution

3 STARS BIENBIEN

 

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