

SYNOPSIS : Jo et Raissa, deux meilleures amies depuis la primaire, viennent d’obtenir le baccalauréat. Elles s’apprêtent désormais à s’engager dans des voies différentes. Tandis qu’elles fêtent leur dernière soirée ensemble, elles tombent sur un portail mystérieux qui les emmène sur l’île fantastique de Nakali, peuplée de créatures féeriques et mythologiques, tout droit sorties des contes philippins de leur enfance. Si certaines de ces créatures sont bienveillantes, d’autres, au contraire, se révèlent de terribles ennemies. Avec l’aide de Raww, chien-garou aussi bien intentionné que malchanceux, et d’une bande de petits compagnons dotés de pouvoirs extraordinaires, Jo et Raissa doivent affronter la Redoutable Manananggal, la créature la plus terrifiante de l’île. Quand les deux jeunes filles comprennent qu’elles doivent renoncer à leurs souvenirs communs pour pouvoir rentrer chez elles, Jo et Raissa se lancent dans une course contre la montre pour quitter l’île avant qu’elles ne puissent même plus se rappeler s’être connues un jour…
Depuis les innovations techniques et artistiques des deux volets de Spider-Verse par Sony, le cinéma d’animation connaît, chez quasi tous les gros studios, un renouveau globalement bien venu. Plus appliqué, plus riche, plus moderne ; bref, l’animation utilisée à son plein potentiel pour explorer le meilleur dont les artistes humains sont capables aujourd’hui. Dreamworks s’est joint à la fête de la meilleure des façons avec son Chat Potté 2, une suite bien au-delà de l’original qui signait les réalisateurs Joel Crawford et Januel P. Mercado pour suivre le héros aux grandes bottes faisant face à la Mort en personne… Des techniques d’animation à la pointe de la technologie, des séquences d’action bondissantes, une émotion disséminée avec soin et des enjeux toujours plus grandissants – le méchant Loup de Wagner Moura aura même inspiré le design des vampires de Sinners, c’est dire – les deux cinéastes proposent aujourd’hui de jouer dans une toute autre cour : exit Fort Fort Lointain, direction les Philippines pour cette Île des Souvenirs, qui promet autant d’émotions fortes derrière ses apparences.

Le film suit Raissa et Jo, deux meilleures amies impulsives et à la créativité à toute épreuve qui grandissent dans les années 90 autour des contes merveilleux du pays de Nakali. Désormais jeunes adultes, elles doivent désormais composer avec le vrai monde, au grand désarroi de Jo qui voudrait qu’elles n’abandonnent jamais l’espoir d’aller un jour à Nakali… C’est finalement ce qui va arriver à nos deux comparses, téléportées dans cet autre monde où tout leur semble à la fois familier et incompréhensible. Lorsque Jo et Raissa arrivent à Nakali, L’Île des Souvenirs nous pose alors son concept : inspiré grandement de Very Bad Trip (oui oui), notre duo comprend qu’elles ont passé 12 heures sur l’île et que leurs souvenirs de leur arrivée se sont envolés. En compagnie d’un homme-chien très bavard et d’une galerie absurde de personnages hauts en couleurs, Jo et Raissa vont traverser le pays de Nakali pour comprendre ce qu’il leur est arrivé et retrouver l’objet qui leur permettra de rouvrir le portail retour vers chez elles.

En piochant dans les codes de l’Isekai (sous-genre japonais où des personnages sont propulsés dans un monde parallèle fantastique), raccrochant par maintes propositions esthétiques ses inspirations aux Animes nippons et aux jeux-vidéos des 90s (on y retrouve notamment des séquences en 2D et des combats qui évoquent Dragon Ball ou Sailor Moon), Crawford et Mercado profitent de la richesse du médium de l’animation pour plonger leur aventure au maximum de son potentiel. Tout dans L’Île des Souvenirs crie l’envie de créer, de jouer avec les mythes et légendes philippins, de secouer la génération vidéoclub pour nourrir le parcours de ses deux héroïnes. Dans un voyage initiatique qui les mènera dans les méandres d’une amitié incarnée dans sa richesse et dans sa complexité, le film mise d’avantage sur son style et son esthétique pour raconter son histoire.

C’est ici le principal défaut d’un long-métrage qu’on aurait franchement préféré adorer sans réserve : son avalanche de propositions esthétiques finit inéluctablement par déborder sur ses ambitions narratives, asphyxiant quelque peu l’émotion cherchée dans les résolutions finales. Le parcours amical de Jo et Raissa est, à de nombreux moments du récit, balancé au second plan d’une aventure où les personnages passent simplement d’un décor à un autre, réinitialisant à chaque séquence les enjeux de leurs arcs narratifs au profit d’une galerie d’intrigues secondaires qui se multiplient à travers Nakali. Jo et Raissa, pourtant diablement attachantes, finissent un peu noyées dans leur propre film, avançant à un rythme beaucoup trop effréné pour réussir à satisfaire entièrement le spectateur dans sa conclusion. Mais il serait malhonnête de résumer L’Île des Souvenirs à ses imperfections, tant sa richesse caractéristique est enthousiasmante et parfait médium de son récit, contant l’importance des souvenirs d’enfance dans la construction d’une vie d’adulte. Si l’on aurait aimé un scénario beaucoup plus tassé au niveau de cette idée (on soulignera tout de même une jolie séquence dans la dernière partie où tout ça finit quand même par taper juste quand on rentre littéralement dans la tête de nos personnages), Crawford et Mercado transmettent plutôt justement l’attachement émotionnel et l’énergie contagieuse de leurs deux héroïnes au terme de ce curieux voyage parfois trop calibré par des studios qui s’imaginent les enfants incapables de garder leur attention plus de deux secondes sur l’écran. En résulte alors un film à l’apparence de patchwork kaléidoscopique, à la fois impressionnant et agaçant, qui garde en son sein un joli propos sur l’importance des souvenirs et sur la place qu’ils prennent en grandissant.

Titre original : FORGOTTEN ISLAND
Réalisé par: Joel Crawford, Januel P. Mercado
Casting: Manon Bresch, H.E.R., Anaïde Rozam …
Genre: Animation, Aventure, Comédie, Famille
Sortie le : 21 Octobre 2026
Distribué par : Universal Pictures International France

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020










































































































































