

SYNOPSIS : Woody Harrelson et Matthew McConaughey jouent leurs propres rôles, ou du moins une version fictive d’eux-mêmes. Leur amitié est bouleversée lorsqu’ils découvrent qu’ils pourraient être frères.
Alors que le mariage de la fille de Woody tombe à l’eau, il embarque sa famille pour un séjour dans le ranch de Matthew à Austin. Mais ce qui commence comme un moment d’apaisement dégénère lorsque la mère de Matthew, Ma Mac, laisse échapper par accident un vieux secret : les deux amis pourraient en réalité être frères. Alors que Woody met le ranch sens dessus dessous pour trouver la vérité, Matthew traverse une toute autre crise existentielle : la possibilité de se présenter comme Gouverneur du Texas.
Il suffit parfois de deux comédiens pour donner immédiatement envie de rester. Matthew McConaughey et Woody Harrelson font partie de ceux-là. Douze ans après avoir marqué l’histoire des séries avec la première saison de True Detective, les retrouver ensemble constitue forcément un événement. Mais Brothers a l’intelligence de ne surtout pas chercher à reproduire ce qui avait fait la force de leur précédente association. Ici, pas de noirceur poisseuse, pas de vertige métaphysique. Place à la comédie, aux engueulades, aux familles envahissantes et à deux hommes qui semblent prendre un plaisir immense à jouer avec leur propre image.
Tout commence d’ailleurs par un délicieux avertissement : « D’après une rumeur vraie« . La série s’amuse de cette histoire selon laquelle Matthew McConaughey et Woody Harrelson pourraient réellement être demi-frères. Une rumeur devenue le point de départ idéal d’une fiction dans laquelle les deux acteurs interprètent des versions largement romancées d’eux-mêmes.
Le générique donne immédiatement le ton. Les images d’enfance des deux hommes défilent au fil des années, comme si leurs trajectoires étaient destinées à finir par se rejoindre. Difficile de ne pas penser au générique d’Amicalement vôtre, même si la comparaison s’arrête évidemment là. Cette entrée en matière possède surtout quelque chose de chaleureux. Brothers ne cherche pas à cacher la complicité de ses deux vedettes. Elle en fait au contraire sa principale matière première.
Et quelle matière première.
McConaughey et Harrelson possèdent un capital sympathie considérable, mais surtout une alchimie qui n’a rien perdu de son évidence. Le premier tente de conserver un semblant de contrôle sur son existence quand le second semble avoir pour mission de tout faire dérailler. Matthew le résume d’ailleurs parfaitement lorsqu’il reproche à Woody de réussir à faire « d’une simple ligne droite un putain de labyrinthe« . Woody devient rapidement le petit démon posé sur son épaule, celui qui l’entraîne exactement là où il n’avait aucune intention d’aller.
Cette opposition fournit aux deux premiers épisodes leurs meilleurs moments. La série sait construire ses gags et surtout leur laisser suffisamment de place pour produire leur effet. Elle peut partir d’une situation presque banale avant de la pousser jusqu’à l’absurde. Certaines chutes sont énormes, d’autres tiennent à une simple réplique lancée au moment parfait. L’humour n’a rien de révolutionnaire, mais il fonctionne. Et on rit. Régulièrement.
Il faut dire que les deux acteurs savent exactement comment se renvoyer la balle. McConaughey peut prendre cette posture légèrement grandiloquente dont il sait parfaitement se moquer lui-même. Harrelson n’a alors besoin que de quelques mots pour la dynamiter. La série joue ainsi avec ce que le public croit connaître d’eux sans transformer l’exercice en succession de clins d’œil complices.
Créée par Lee Eisenberg, Matthew McConaughey, Woody Harrelson et David West Read, Brothers fait de ce mélange entre réalité, rumeur et pure fiction son véritable terrain de jeu. Eisenberg, qui assure également le rôle de showrunner, comprend surtout qu’il serait inutile d’enfermer ses deux interprètes dans des personnages trop éloignés de leur image publique. Il préfère grossir certains traits, inventer autour d’eux et laisser planer constamment le doute sur ce qui pourrait être vrai. McConaughey et Harrelson participent eux-mêmes à l’histoire du premier épisode, dont Eisenberg signe le scénario, et leur implication dans la création du projet contribue sans doute à cette impression de liberté qui traverse ces retrouvailles.
Autour d’eux, les familles occupent rapidement une place importante. Brothers ne se contente pas d’organiser un numéro à deux. Les enfants, les épouses et surtout Holland Taylor (Evelyn Harper, la mère de Charlie et Alan dans Mon oncle Charlie), irrésistible dans le rôle de Ma Mac, permettent d’élargir progressivement ce petit univers. Les problèmes familiaux existent, les blessures aussi, mais la série refuse pour l’instant de s’appesantir dessus. Une émotion peut apparaître avant qu’une absurdité ne vienne immédiatement bouleverser la situation.
C’est également ce qui rend l’ensemble particulièrement agréable. Tout va vite. La réalisation de Trent O’Donnell accompagne cette énergie sans chercher à réinventer la comédie télévisée. C’est bien shooté, vivant et particulièrement rythmé. Les situations s’enchaînent sans donner l’impression que la série court après ses effets. Même lorsqu’elle ralentit pour laisser apparaître quelque chose de plus intime entre les personnages, elle retrouve rapidement son mouvement.
Car derrière les gags se dessine déjà quelque chose autour de cette fraternité possible. Woody et Matthew passent leur temps à s’engueuler, se provoquer, s’agacer avant de se retrouver. Ils fonctionnent déjà comme deux frères avant même de savoir s’ils pourraient réellement l’être. C’est probablement là que Brothers trouve sa meilleure idée : la réponse à la question biologique importe finalement moins que tout ce que leur relation raconte déjà.
La série peut alors se permettre d’introduire d’autres pistes, notamment les ambitions politiques soudaines de Matthew, sans perdre son moteur principal. Tout revient à ce duo. À cette capacité qu’a Woody de faire dérailler les plans de Matthew. À cette faculté qu’a Matthew de rappeler Woody à des responsabilités auxquelles il préférerait parfois échapper. L’un pousse l’autre vers l’inattendu, quand l’autre tente de lui imposer quelques limites. Leur affection ne les empêche jamais de s’envoyer promener avec une conviction réjouissante.
Après deux épisodes, difficile évidemment de savoir si cette mécanique conservera la même efficacité sur les huit épisodes de la saison. Le formidable capital sympathie de McConaughey et Harrelson ne pourra pas éternellement suffire et Brothers devra continuer à trouver des situations capables de nourrir leur relation plutôt que de simplement la reproduire. Ce qui est proposé pour l’instant ne relève certainement pas du chef-d’œuvre et ne cherche d’ailleurs jamais à en avoir les prétentions.
Mais quel plaisir.
Brothers est drôle, rythmée, généreuse et particulièrement bien portée par deux immenses comédiens qui semblent ravis de pouvoir enfin exploiter leur complicité dans un registre diamétralement opposé à celui de True Detective. On rigole, on profite de leur énergie et, lorsque le deuxième épisode s’achève, une envie toute simple demeure : voir la suite et découvrir jusqu’où ces aventures fraternelles vont pouvoir les entraîner.
Crédits : Apple TV
Catégories :Critiques Cinéma










































































































































