Critiques

DOCTEUR SEYLAN & CINDY (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×02)

SYNOPSIS : Neurochirurgienne parisienne réputée, Louise, 50 ans, n’a rien d’une médecin de campagne. Mais après une erreur médicale et la mort de son père, elle reprend clandestinement son cabinet dans un village de la Drôme, en plein désert médical. Aux côtés de Cindy, infirmière aussi fantasque qu’infatigable, elle va devoir réapprendre à soigner… et à vivre avec les autres.

Avec Dr Seylan & Cindy, TF1 ne cherche manifestement pas à réinventer la comédie médicale. La nouvelle fiction portée par Natacha Lindinger et Alice Pol assume au contraire pleinement son statut de divertissement populaire, familial et immédiatement accessible. Une ambition parfaitement légitime, d’autant que la série possède quelques arguments solides, à commencer par son duo principal et des dialogues qui savent régulièrement faire mouche. Mais après deux épisodes, difficile de ne pas rester sur une impression plus mitigée : celle d’une fiction très formatée dont on voit trop souvent arriver les situations longtemps avant les personnages.

Louise Seylan est une chirurgienne parisienne que des circonstances personnelles et professionnelles ramènent dans la région où elle a grandi. Elle y retrouve notamment le cabinet de son père, médecin récemment disparu, et découvre une population confrontée de plein fouet au manque de praticiens. Ce qui ne devait être qu’un passage prend évidemment une tournure différente lorsque Louise se retrouve confrontée aux habitants, à leurs problèmes et à Cindy, infirmière locale qui travaillait avec son père.

Le principe est limpide et Dr Seylan & Cindy ne perd pas beaucoup de temps à installer les éléments appelés à nourrir la série. D’un côté, une médecin parisienne peu expansive, habituée à un tout autre environnement. De l’autre, Cindy, volubile, exubérante, parfois épuisante et incapable de garder très longtemps pour elle ce qu’elle sait. Autour d’elles gravite une galerie de patients et d’habitants hauts en couleur.

Le thème des déserts médicaux offre évidemment à la série son principal ancrage contemporain. Sans jamais chercher à transformer la fiction en démonstration, il permet de confronter Louise à une pratique de la médecine très différente de celle qu’elle connaissait jusqu’alors. Ici, le médecin n’est pas seulement celui que l’on consulte : il appartient à une communauté, connaît les familles et occupe une place particulière dans le quotidien des habitants.

C’est d’ailleurs lorsque la série cesse de forcer ses effets qu’elle devient la plus intéressante. Quelques éléments plus intimes concernant Louise laissent entrevoir une femme moins monolithique que son apparente froideur pourrait le laisser penser. Natacha Lindinger trouve immédiatement le ton juste. La comédienne possède cette capacité à faire passer beaucoup de choses par un regard, une intonation ou une sécheresse de ton qui convient parfaitement au personnage.

Elle retrouve ici Cathy Verney, avec laquelle elle avait déjà travaillé sur Hard. Dans un registre évidemment très différent, Lindinger démontre une nouvelle fois combien elle est à l’aise lorsqu’il s’agit de confronter un personnage très contrôlé à un environnement qui vient progressivement bousculer ses certitudes. Elle constitue incontestablement l’un des principaux atouts de Dr Seylan &Cindy.

Face à elle, Alice Pol joue une partition beaucoup plus expansive. Parfois trop. Cindy parle beaucoup, s’agite beaucoup et l’écriture insiste volontiers sur chacun de ses traits de caractère. Le contraste avec Louise constitue évidemment le moteur du tandem et leurs interactions gagnent progressivement en naturel. C’est probablement là que réside le meilleur potentiel de la série : dans les agacements, les rapprochements et la complicité qui commence doucement à se construire entre deux femmes que tout semble opposer.

À leurs côtés, l’excellent Xavier Robic apporte une présence et une justesse qui font une nouvelle fois mouche. La bonne surprise vient également de certains dialogues. Dr Seylan & Cindy sait régulièrement trouver une répartie sèche, rapide et véritablement amusante. L’humour fonctionne particulièrement bien lorsqu’il naît simplement du décalage entre les personnages et de leurs manières radicalement différentes d’appréhender ce qui les entoure.

Malheureusement, la série n’a pas toujours cette légèreté. À ces dialogues réussis répondent des plaisanteries autrement plus lourdes. La caractérisation de Cindy elle-même manque parfois de mesure, comme si l’écriture ne faisait pas suffisamment confiance au téléspectateur pour comprendre qui elle est sans en rajouter une couche.

C’est plus largement la prévisibilité de l’ensemble qui finit par poser problème. Les oppositions sont fortement soulignées, certains habitants flirtent avec la caricature et la confrontation entre la Parisienne et cette France rurale manque régulièrement de nuance. Plusieurs développements se devinent quasiment dès leur mise en place. La série coche alors ses cases avec une application qui empêche toute véritable surprise.

Difficile, devant cette médecin citadine contrainte de renouer avec une petite communauté et ses habitants pittoresques, de ne pas penser par moments à Doc Martin. Dr Seylan & Cindy en propose une sorte de déclinaison contemporaine, notamment à travers la question des déserts médicaux, mais retrouve aussi certaines limites de ce type de fiction : une ruralité volontiers folklorique et une mécanique narrative extrêmement balisée.

Il reste donc une comédie médicale grand public qui sait exactement à quel public elle s’adresse et possède suffisamment de métier pour remplir son contrat. Natacha Lindinger est excellente, son tandem avec Alice Pol dispose d’un véritable potentiel et plusieurs dialogues témoignent d’un vrai sens de la répartie. Mais derrière ces qualités, l’écriture manque encore trop souvent de finesse et de profondeur pour faire oublier le sentiment de déjà-vu. Une série sympathique par intermittence, jamais véritablement désagréable, mais beaucoup trop formatée pour susciter, après deux épisodes, une réelle envie de prolonger la consultation.

Crédits : TF1

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