Critiques Cinéma

DIX POUR CENT : LE FILM (Critique)

SYNOPSIS : Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.

Cinq ans après avoir refermé les portes d’ASK, Dix pour cent revient sous une forme qui pose presque immédiatement une question : fallait-il vraiment un film ? Ou, plus exactement, ce passage au long métrage apporte-t-il quelque chose que la série n’aurait pas pu offrir dans un double épisode ? La réponse n’est pas forcément celle que l’on attend. Car Dix pour cent : Le film ressemble bel et bien, par bien des aspects, à un grand épisode de retrouvailles. Et ce n’est absolument pas un problème.

Le plaisir est même immédiat. Quelques minutes suffisent pour retrouver cette énergie particulière, cette manière de faire se télescoper le quotidien des agents, les ego des comédiens, les impératifs professionnels et les catastrophes personnelles. Cinq années se sont écoulées et les cartes ont été largement redistribuées. Andréa, Mathias, Noémie, Gabriel, Camille, Hervé ou Arlette ne sont plus exactement ceux que l’on avait quittés. Le monde dans lequel ils évoluent a lui aussi changé. Mais la mécanique de Dix pour cent, elle, n’a rien perdu de sa précision.

Le retour de Fanny Herrero à l’écriture n’y est certainement pas étranger. Créatrice de la série, qu’elle avait quittée avant sa quatrième saison, elle retrouve ici des personnages qu’elle connaît intimement. Cela se sent dans leur manière de parler, leurs réactions, leurs contradictions et surtout dans cette capacité à pousser les situations très loin sans jamais totalement rompre le lien avec ce qu’ils sont. Le scénario retrouve ainsi cette ligne de crête qui faisait le charme de la série : un pied dans l’observation du milieu, l’autre dans une comédie capable de mettre tous les potards à fond.

Émilie Noblet accompagne parfaitement ce mouvement. La réalisation est vive, le rythme soutenu et l’image particulièrement soignée. Le film possède les atours d’une comédie française haut de gamme, lumineuse et élégante, et sait également prendre de l’ampleur lorsque le récit l’exige. Mais Dix pour cent était déjà une série visuellement sophistiquée. Le passage au film ne provoque donc pas de révolution esthétique évidente.

Il permet en revanche de transformer encore davantage le jeu des apparitions prestigieuses qui a toujours constitué l’une des signatures de la série. George Clooney ou Eva Longoria viennent prolonger une tradition qui avait déjà permis à Dix pour cent d’accueillir une star internationale de la dimension de Sigourney Weaver. Il serait donc exagéré de prétendre que le film rend soudain possible ce que la télévision interdisait. Le statut événementiel du projet et la puissance internationale acquise par Dix pour cent permettent plutôt de pousser cette logique un cran plus loin. Et, comme toujours, les célébrités ne sont jamais seulement exposées comme des trophées : elles acceptent de jouer avec leur image.

Mais le véritable bonheur reste ailleurs : dans les retrouvailles avec cette distribution devenue, elle aussi, beaucoup plus prestigieuse depuis les débuts de la série. Camille Cottin retrouve Andréa avec une évidence déconcertante. Thibault de Montalembert redonne à Mathias son mélange d’assurance, d’égoïsme et de fragilité. Nicolas Maury peut faire renaître Hervé en quelques secondes. Grégory Montel retrouve immédiatement Gabriel. Fanny Sidney et Liliane Rovère sont malheureusement beaucoup moins sollicitées, leurs personnages restant davantage en périphérie.

Et puis il y a Laure Calamy. Le film donne à Noémie une place considérable et la comédienne s’en empare avec gourmandise. Capable de passer de l’exubérance la plus totale à quelque chose de beaucoup plus fragile sans jamais perdre la cohérence du personnage, elle constitue l’une des grandes forces de ces retrouvailles. Le récit se construit d’ailleurs très clairement autour d’un trio Andréa-Mathias-Noémie, au risque de laisser certains anciens protagonistes un peu sur le bord de la route.

Il y a surtout une idée particulièrement séduisante derrière ce retour. Ceux qui passaient autrefois leur temps à gérer les problèmes des artistes ont changé de place. Le monde du cinéma et de sa fabrication devient désormais leur terrain de jeu direct. Sans dévoiler les péripéties, le film peut ainsi inverser discrètement la perspective : les personnages qui défendaient autrefois les intérêts de ceux qui étaient devant ou derrière la caméra se retrouvent beaucoup plus directement confrontés aux mêmes réalités. Ils doivent, comme le dit joliment le film, « négocier avec le réel ».

C’est peut-être finalement là qu’il faut chercher la raison d’être de Dix pour cent : Le film. Pas dans une métamorphose spectaculaire de la série en objet cinématographique, qui n’a pas vraiment lieu, mais dans le plaisir de constater ce que le temps a fait à cette bande et de remettre sa formidable mécanique en mouvement.

Le film s’inscrit ainsi presque naturellement dans la tradition des « reunion movies », ces téléfilms qui, notamment à la télévision américaine des années 80 et 90, permettaient de retrouver quelques années plus tard les personnages d’une série terminée. L’expression n’a ici rien de péjoratif. Ces productions reposaient sur un contrat très simple avec le public : retrouver des personnages aimés, découvrir ce qu’ils étaient devenus et éprouver à nouveau, pendant quelques heures, le plaisir que procurait leur compagnie. Dix pour cent : Le film remplit exactement ce contrat.

Alors, véritable film ou double épisode de luxe ? Un peu des deux, mais probablement davantage le second. Et après tout, qu’importe. Fanny Herrero et Émilie Noblet ne cherchent pas à transformer Dix pour cent en quelque chose qu’il n’a jamais été. Elles retrouvent son ton, son humour, son élégance, son sens du rythme et, surtout, ses personnages. Pendant deux heures, on rit, on sourit, on retrouve une bande que l’on avait manifestement davantage regrettée qu’on ne le pensait et l’on constate avec bonheur que la magie opère toujours. Le cinéma n’était peut-être pas indispensable à leur retour. Leur retour, lui, valait largement le détour.

Titre original : DIX POUR CENT : LE FILM

Réalisé par: Emilie Noblet

Casting: Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Laure Calamy …

Genre: Comédie, Drame

Sortie le: 10 septembre 2026

Distribué par : Netflix France

EXCELLENT

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