Critiques Cinéma

LA CIBLE (Critique Mini-Série) De l’action, du rythme et du plaisir …

SYNOPSIS : Hugo est un garde du corps qui traverse un divorce compliqué avec son ex-femme qu’il aime encore. Le jour où il vient fêter l’anniversaire de son fils, son ex-femme et ses deux enfants sont kidnappés. Rapidement l’enquête de police le suspecte… Alors qu’il est sur le point d’être déféré, il n’a d’autre choix que de s’échapper pour retrouver femme et enfants, tout en fuyant la police convaincue de son implication. Une course contre la montre s’enclenche. Jusqu’au moment où il va découvrir qu’il ne savait pas tout de sa femme…  

Avec La Cible, TF1 ne cherche pas à réinventer le thriller d’action. Et c’est peut-être précisément pour cela que la série fonctionne aussi bien. Pendant six épisodes, elle assume pleinement les codes du genre, les embrasse et les exploite avec une efficacité qui fait rapidement oublier leur caractère parfois très balisé. Sur le papier, rien de franchement révolutionnaire. Fuite, complot, secrets enfouis, fausses pistes, trahisons et révélations : La Cible utilise une mécanique que le thriller a déjà largement éprouvée. Mais elle n’invente rien pour sortir des sentiers battus et fait parfaitement ce qu’elle a à faire. Très vite, les épisodes s’enchaînent avec une remarquable fluidité. Les rebondissements arrivent régulièrement, les moments de respiration ne s’éternisent jamais et l’ensemble possède ce petit pouvoir addictif qui pousse immédiatement vers l’épisode suivant.

Une efficacité que l’on doit d’abord à l’écriture de Déborah Hadjedj-Jarmon et Laurent Vachaud, scénaristes des six épisodes, Thomas Boullé venant également les rejoindre aux dialogues des épisodes 3 et 4. Leur récit avance vite, distribue régulièrement ses révélations et sait surtout entretenir la tension sans rendre son intrigue inutilement tortueuse. Les personnages restent lisibles, les dialogues sonnent juste et les différents fils narratifs s’entrecroisent avec suffisamment de naturel pour que la mécanique demeure longtemps invisible. La Cible ne cherche jamais la sophistication pour elle-même : elle privilégie le mouvement, l’efficacité et le plaisir du récit.

Ivan Fegyveres sait, lui, parfaitement filmer l’action. Déjà passé notamment par Section Zéro, Les Rivières pourpres, Les Disparus de la forêt noire, Pax Massilia ou plus récemment la deuxième saison de Brigade Anonyme, le réalisateur donne à La Cible une vraie énergie. Les poursuites et les combats sont lisibles, physiques, nerveux et suffisamment spectaculaires pour donner à la série une ampleur que toutes les fictions françaises de prime time ne possèdent pas. La photographie participe également au plaisir : paysages lumineux, soleil, extérieurs généreusement exploités et image volontiers clinquante. La Cible ne cherche jamais à transformer son intrigue en thriller grisâtre et dépressif. Elle assume au contraire son statut de divertissement populaire.

Dans ce registre, Tomer Sisley est évidemment chez lui. Athlétique, charismatique et crédible dans les scènes d’action, il donne à Hugo Meyer l’énergie nécessaire pour porter presque constamment la série sur ses épaules. Le rôle sollicite autant sa présence physique que sa capacité à incarner un père prêt à tout pour retrouver sa famille, et Sisley s’investit sans retenue.

Face à lui, Fauve Hautot constitue une excellente surprise. Son passé de danseuse lui donne évidemment une présence physique, mais c’est ailleurs qu’elle convainc surtout : dans un visage qui a du caractère, dans l’intensité du regard et dans les intentions qu’elle donne à Léa. À de très rares exceptions près, jamais elle ne donne l’impression d’être une personnalité de télévision venue s’essayer à la comédie. Elle est ici pleinement comédienne et tient sa place au milieu d’une distribution solide où l’on retrouve notamment Laëtitia Eïdo, Kenza Saïb-Couton, Thierry Frémont, Pierre-Yves Bon, Vincent Heneine et Jérémy Banster.

Tout n’est pourtant pas aussi maîtrisé jusqu’au bout. À mesure que l’on approche du dénouement, certaines ficelles deviennent plus visibles. Hugo se retrouve ainsi un peu trop souvent sur le point d’être arrêté avant qu’un événement providentiel ne lui permette de reprendre sa fuite. Quelques situations demandent également au téléspectateur de fermer gentiment les yeux sur leur vraisemblance. Surtout, le dernier épisode finit par donner le sentiment de répéter une mécanique déjà largement exploitée au cours des précédents. Pour la première fois, la série tourne légèrement en rond et perd un peu de la formidable fluidité qui faisait jusque-là sa force.

Dommage également que le final manque un peu de panache, alors que la série semblait avoir toutes les cartes en main pour conclure avec davantage d’audace. Ces réserves expliquent que La Cible rate de peu la marche supérieure, mais elles n’effacent certainement pas le plaisir pris pendant ces six épisodes. Car la série sait exactement ce qu’elle est et ne cherche jamais à vendre autre chose. Une série d’action à binge-watcher, portée par de bons comédiens, qui ne se moque pas du téléspectateur et qui donne aux amateurs du genre ce qu’ils sont venus chercher : de l’action, du rythme et du plaisir. Un vrai divertissement pop-corn.

Crédits : TF1

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