

SYNOPSIS : Photographe de mode, Dani Reynolds travaille pour les services secrets. Les séances photos qui l’amènent aux quatre coins du globe sont autant de prétextes pour des missions d’espionnage menées sous couverture. Prenant des risques, elle est épaulée par son mannequin vedette, préparé aux interventions musclées sur le terrain…
Espionnage et haute couture ne constituent pas forcément l’association la plus évidente. C’est pourtant sur ce mariage improbable que Glen A. Larson construit en 1984 Espion modèle (Cover Up), série d’action qui ne connaîtra qu’une seule saison mais dont le mélange de glamour, d’aventure et de dépaysement porte immédiatement la signature de son créateur. Des destinations exotiques, des voitures de sport, des mannequins et une bonne dose d’action : le programme ne cache jamais son ambition première, celle d’offrir chaque semaine un divertissement aussi séduisant qu’efficace. Pourtant, derrière cette apparente légèreté se cache une série à l’histoire singulière, aujourd’hui largement oubliée, mais qui mérite mieux que de rester uniquement associée au drame qui frappa son tournage.
Dani Reynolds (Jennifer O’Neill) est une photographe de mode dont l’existence bascule lorsqu’elle découvre que son mari, récemment décédé, travaillait en réalité comme agent secret. Elle décide alors de reprendre ses activités et s’associe à Mac Harper (Jon-Erik Hexum), ancien membre des forces spéciales devenu mannequin. Une couverture idéale : les séances photo organisées aux quatre coins du monde permettent au duo de se rendre pratiquement partout sans éveiller les soupçons.

Difficile de ne pas reconnaître immédiatement derrière ce concept la patte de Glen A. Larson. Le prolifique producteur de Magnum, K 2000, L’Homme qui tombe à pic ou encore Battlestar Galactica possédait un véritable talent pour imaginer des séries reposant sur un principe suffisamment simple pour être compris en quelques minutes, mais assez efficace pour alimenter une vingtaine d’épisodes. Avec Espion modèle, il pousse peut-être encore plus loin cette logique en réunissant deux univers que tout semble opposer : celui de la mode et celui de l’espionnage.
L’idée pourrait être totalement ridicule. Elle l’est parfois. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de la série. Espion modèle ne demande jamais véritablement au spectateur de croire qu’une photographe puisse parcourir la planète en résolvant des affaires d’espionnage entre deux shootings. Elle transforme au contraire cette invraisemblance en moteur de divertissement. Les décors luxueux, les séances photo, les costumes et la plastique avantageuse de ses interprètes participent autant au spectacle que les poursuites, les bagarres ou les fusillades. Nous sommes dans une télévision où le réalisme compte infiniment moins que l’efficacité immédiate.
Le générique en constitue probablement la meilleure illustration. Sur une reprise par E.G. Daily de Holding Out for a Hero, le tube écrit par Jim Steinman et Dean Pitchford popularisé par Bonnie Tyler, Espion modèle expose immédiatement son programme : action, séduction, poses de mannequins et héroïsme bigger than life. Avant même que l’épisode ait véritablement commencé, tout est là. Le générique ne se contente pas d’accompagner la série, il en résume presque la philosophie.
Mais le véritable atout de la série réside dans son couple vedette. Jennifer O’Neill apporte à Dani Reynolds une élégance et une assurance qui évitent au personnage de n’être qu’un prétexte glamour. Face à elle, Jon-Erik Hexum possède exactement le mélange de décontraction, de charme et de présence physique nécessaire à Mac Harper. Leur complicité fonctionne presque immédiatement et donne à la série une énergie qui dépasse largement la mécanique de ses scénarios.
Il ne faudrait d’ailleurs pas réduire Dani au rôle de photographe chargée de fournir une couverture à son partenaire. C’est par elle que tout commence. La découverte de la véritable activité de son mari puis de son assassinat la conduit à entrer elle-même dans cet univers clandestin. Son métier devient ensuite l’instrument permettant aux missions de se dérouler aux quatre coins du monde. Mac représente davantage la force physique du tandem, mais Dani demeure le personnage autour duquel s’organise Espion modèle et celui qui assure sa continuité.

À leurs côtés, Richard Anderson apporte un visage particulièrement familier aux amateurs de séries américaines. Son Henry Towler, ancien supérieur du mari de Dani, devient celui qui confie leurs missions aux deux héros et tente régulièrement de contenir leur tendance à dépasser les limites de ce qui leur a été demandé. Impossible surtout de ne pas penser à Oscar Goldman, personnage qu’Anderson avait incarné pendant des années dans L’Homme qui valait trois milliards et Super Jaimie. Le retrouver une nouvelle fois dans la peau de l’homme qui envoie ses agents sur le terrain crée presque naturellement un lien entre Espion modèle et toute une tradition de séries d’aventures américaines. Anderson n’a même pas besoin d’en faire beaucoup : sa présence et son autorité tranquille suffisent immédiatement à donner de la crédibilité à cet univers qui, lui, n’en recherche pas toujours énormément.
C’est aussi ce qui rend le destin d’Espion modèle particulièrement cruel. Le 12 octobre 1984, alors que la série est encore en production, Jon-Erik Hexum se blesse mortellement sur le tournage en manipulant un revolver chargé à blanc. Il n’a que 26 ans. Sa disparition aurait pu entraîner l’arrêt immédiat de la série. La production choisit pourtant de continuer et introduit un nouveau personnage, Jack Striker, interprété par Antony Hamilton.
Ce remplacement constitue forcément une rupture. Hamilton ne cherche heureusement pas à reproduire Hexum. Plus posé, moins juvénile, il apporte une présence différente à la série et permet à celle-ci de poursuivre sa route sans faire comme si rien ne s’était passé. Mais le spectateur qui connaît les circonstances de la disparition de Hexum ne peut évidemment plus regarder ces épisodes tout à fait de la même manière.

Réduire Espion modèle à cette tragédie serait pourtant profondément injuste. Car la série demeure avant tout représentative d’une certaine conception du divertissement télévisuel américain des années 80. Chaque semaine devait offrir son lot de dépaysement, d’action et de glamour, avec suffisamment d’humour et de séduction pour donner envie de revenir à l’épisode suivant. La formule était parfois mécanique, les scénarios rarement mémorables et la vraisemblance totalement facultative. Mais l’ensemble possédait une personnalité immédiatement reconnaissable.
À ce titre, Espion modèle peut aussi être rapprochée de toute une lignée de séries qui feront du glamour une composante essentielle du spectacle télévisuel. Quelques années plus tard, Agence Acapulco poussera encore davantage le mélange entre action, physiques avantageux et décors de carte postale, tandis que Models Inc., dans un registre beaucoup plus proche du soap, placera directement l’univers de la mode au centre de sa mécanique. Les séries sont très différentes, mais elles partagent cette idée d’une télévision qui doit aussi faire rêver par ce qu’elle montre. Espion modèle apparaît ainsi comme l’un des représentants précoces de cette formule où l’intrigue importe parfois moins que l’atmosphère, les personnages et la promesse d’évasion.
Quarante ans plus tard, tout dans la série porte évidemment la marque des années 80 : la musique, les vêtements, les coiffures, les poses des mannequins, les ralentis et cette manière de filmer le luxe comme une promesse d’ailleurs. Ce qui pourrait sembler terriblement daté devient paradoxalement l’une des principales raisons de revoir la série aujourd’hui. Il y a dans Espion modèle une absence totale de cynisme et une volonté presque naïve de fabriquer du spectacle qui participent largement à son charme.
Espion modèle n’aura finalement vécu qu’une seule saison et 22 épisodes. Trop peu pour devenir l’un des grands emblèmes télévisuels de la décennie, suffisamment cependant pour laisser une empreinte chez ceux qui l’ont découverte à l’époque. Derrière son concept improbable et son esthétique outrageusement eighties se trouve une série généreuse, sans prétention et portée par un vrai désir de spectacle.
Et peut-être est-ce finalement la meilleure façon de la redécouvrir : non comme une grande série d’espionnage oubliée, mais comme le vestige particulièrement attachant d’une télévision où quelques mannequins, une destination de rêve, un complot international et une musique accrocheuse suffisaient à promettre une heure d’évasion.









































































































































