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LES ÉVAPORÉS (Critique Saison 1) Une série populaire et accessible …

SYNOPSIS : Dévastée par la disparition soudaine de son mari, Esther Bazin, 43, commandante de police, est au bord du précipice. Le destin place sur sa route deux civils membres du Groupe de Recherche sur les Disparitions Volontaires (GRDV). Avec eux, elle trouve un moyen de remonter la trace de son mari, et monte une brigade au profil singulier. Leur mission ? Résoudre des affaires de « disparitions volontaires » sur lesquelles la police n’a plus le droit d’enquêter depuis 2013, la loi invoquant un « droit fondamental à disparaître » pour les majeurs en pleine possession de leurs moyens intellectuels et physiques. Cette équipe se lance dans une quête nécessaire : retrouver ceux qu’on appelle les évaporés. Esther et son équipe mènent ainsi une lutte indispensable : répondre à ce point d’interrogation insupportable que représente pour les familles la disparition d’un proche, sans raisons apparentes.

Il y a des séries qui cherchent immédiatement à impressionner, et d’autres qui prennent le temps de s’installer, presque modestement, avant de révéler progressivement leurs qualités. Les Évaporés appartient clairement à la seconde catégorie. Après deux épisodes efficaces sans être totalement renversants, cette nouvelle fiction de France Télévisions ne cesse de gagner en intérêt, en densité et en émotion jusqu’à un dernier épisode particulièrement réussi qui donne furieusement envie de retrouver ses personnages.

Créée par Hélène Duchateau, Mathieu Gleizes et Raphaël Luc, réalisée par Émilie Grandperret pour les trois premiers épisodes puis David Morley pour les trois suivants, Les Évaporés s’intéresse à Esther Bazin (Alexia Barlier), une policière profondément marquée par une affaire qui s’est terminée tragiquement. Alors qu’elle décide de démissionner pour retrouver son mari Mathias (Pierre Rochefort), son fils Théo (Simon Zampieri) et tenter de reconstruire une vie familiale qu’elle a trop longtemps délaissée, elle découvre que Mathias a disparu en laissant derrière lui un simple mot.

Considérée comme volontaire, sa disparition ne déclenche pas les recherches qu‘Esther souhaiterait. C’est alors qu’elle découvre le GRDV, le Groupe de recherche sur les disparitions volontaires, une association civile à laquelle Théo a fait appel. Elle y rencontre Douma (Foëd Amara) et Frankie (Faustine Koziel), deux bénévoles aux méthodes forcément différentes des siennes. Esther obtient bientôt d’être détachée auprès d’eux et découvre un univers dans lequel son expérience de policière ne lui donne pas nécessairement toutes les clés.

Car c’est l’une des bonnes idées de la série : Esther ne débarque jamais au GRDV en professionnelle chargée d’apprendre leur métier à des amateurs. Elle doit elle-même revoir ses réflexes, comprendre qu’une disparition volontaire implique des règles particulières, apprendre à respecter certains choix et accepter qu’elle rejoint une équipe qui fonctionnait avant elle. Son implication personnelle dans la disparition de Mathias vient en outre régulièrement brouiller son jugement.

Difficile, devant le concept, de ne pas penser à deux autres productions françaises récentes. D’abord Les Invisibles, et ce n’est pas totalement un hasard puisque les deux séries partagent notamment Storia Television et les producteurs Thomas Anargyros et Louis Grangé. Il existe entre elles une véritable parenté de fabrication et même une certaine manière d’aller regarder ceux que les mécanismes traditionnels finissent par laisser dans un angle mort.

Difficile également de ne pas songer, par instants, à Brigade anonyme, la série de M6 avec Éric Cantona, non comme une influence revendiquée, mais par une proximité thématique autour de ces citoyens qui investissent le terrain de la disparition et refusent de laisser certaines absences sans réponse.

Sur six épisodes, Les Évaporés adopte une mécanique assez classique. Les affaires prises en charge par le GRDV permettent de découvrir de nouvelles histoires tandis que la recherche de Mathias constitue le véritable fil rouge de la saison. Les enquêtes ne sont d’ailleurs pas toutes égales. Certaines reposent sur des situations déjà largement explorées par la fiction policière et quelques résolutions souffrent de facilités ou de petites scories d’écriture. Certains dialogues ou certaines scènes manquent également ponctuellement de naturel.

Mais la série sait aussi surprendre par sa délicatesse. Plusieurs histoires évitent soigneusement les effets lacrymaux faciles alors que leurs sujets s’y prêtaient parfaitement. L’émotion est souvent disséminée plutôt que soulignée, jusqu’à un dernier épisode particulièrement touchant qui prouve que la retenue peut parfois produire davantage d’effet que tous les violons du monde. Les Évaporés assume pleinement sa nature de fiction populaire sans jamais considérer que populaire doit signifier simpliste.

Surtout, les enquêtes finissent presque par devenir secondaires face à l’envie de retrouver Esther, Frankie et Douma. La grande réussite de la série est là : dans l’évidence progressive de ce trio et dans trois comédiens qui lui donnent chacun une énergie très différente.

Vue notamment dans Falco, La Forêt ou Sophie Cross, Alexia Barlier prend depuis plusieurs années une ampleur impressionnante. Esther lui offre encore une belle occasion de démontrer l’étendue de son registre. Elle peut être dure, maladroite, obstinée, bouleversante ou franchement agaçante lorsqu’elle laisse son histoire personnelle prendre le dessus. Plus la saison avance, plus Barlier gagne en intensité, jusqu’à plusieurs séquences d’une puissance remarquable.

Faustine Koziel est tout aussi formidable. Après avoir notamment co-créé et coécrit la web-série Close Up, puis s’être fait remarquer dans La Petite Histoire de France ou encore The Walking Dead: Daryl Dixon, elle apporte à Frankie une nature, une spontanéité et une fraîcheur impressionnantes. Son personnage aurait facilement pu n’être que l’élément pétillant du groupe. Koziel lui donne beaucoup plus que cela.

Quant à Foëd Amara, vu notamment dans Engrenages, La Garçonne ou récemment Des vivants, il trouve avec Douma un personnage qui lui permet de jouer dans un registre plus feutré mais particulièrement charismatique. La série prend également le temps de lui construire une véritable existence en dehors du GRDV. Son homosexualité, notamment, n’est jamais transformée artificiellement en sujet ou surlignée : elle appartient simplement à sa vie. Une simplicité qui montre que l’écriture des Évaporés sait parfois être beaucoup plus subtile que certaines de ses mécaniques policières.

Autour d’eux, Vincent Garanger, Simon Zampieri, Pierre Rochefort ou encore Eric Pucheu participent à donner de l’épaisseur à cet univers, tandis que Philippe Lefebvre et Catherine Arditi apparaissent également au cours de la saison.

Mais c’est bien la relation entre Esther, Frankie et Douma qui finit par donner à la série une grande partie de sa personnalité. Ils se heurtent, apprennent à fonctionner ensemble, se découvrent et deviennent progressivement une véritable équipe. Et lorsque les enquêtes se révèlent un peu trop balisées, leur présence suffit souvent à maintenir l’intérêt.

D’autant que Les Évaporés a l’intelligence de faire monter progressivement son intrigue feuilletonnante. D’abord presque en arrière-plan, la disparition de Mathias prend de plus en plus de place à mesure que les épisodes passent. Les questions se multiplient, les certitudes vacillent et la tension augmente jusqu’à un sixième épisode qui rebat suffisamment les cartes pour faire franchir un véritable cap à la série.

Sans évidemment révéler quoi que ce soit de sa conclusion, disons simplement que Les Évaporés ne referme pas toutes ses portes. Et c’est tant mieux. Parce qu’au terme des six épisodes, l’envie de retrouver le GRDV est bien réelle.

On pouvait craindre, au départ, une nouvelle déclinaison relativement conventionnelle du procédural policier français. Les Évaporés est effectivement une série populaire, accessible et parfois classique. Mais elle sait exactement ce qu’elle veut être et ne prétend jamais révolutionner le genre. À la place, elle mise sur ses personnages, sur une émotion tenue, sur quelques belles histoires humaines et sur un fil rouge dont la montée en puissance finit par devenir particulièrement prenante.

Après deux épisodes, on pouvait encore hésiter à poursuivre. Après six, on espère surtout qu’il y en aura d’autres.

Crédits : France TV

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