

SYNOPSIS : Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.
Supergirl est le deuxième film du nouveau DC Universe chapeauté par James Gunn, un univers initié il y a un seulement an avec Superman, qui avait d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre sans pour autant toucher les étoiles aux box-office. Précisons-le d’emblée : Gunn n’est pas le réalisateur de Supergirl, mais bien le chef d’orchestre de cette nouvelle continuité. Sans faire partie des spectateurs qui suivent aveuglément chacune de ses propositions, il faut reconnaître que James Gunn nous a offert quelques-uns de nos plus beaux souvenirs du cinéma super-héroïque récent. Nous avions adoré The Suicide Squad (qui avait la lourde responsabilité de passer après une débilité) et son délire Kaijū, trouvé Les Gardiens de la Galaxie 3 absolument magnifique, au point de nous arracher quelques larmes, et énormément apprécié Creature Commandos. Quant à Peacemaker, elle est toujours sur notre liste des séries qu’il faut absolument rattraper. Autant dire que nous abordions ce nouvel univers avec une certaine curiosité. Pourtant, son Superman nous avait laissés dans un état assez étrange. Nous adorions le parti pris d’un Superman solaire, nous étions ravis de voir fleurir des personnages et concepts directement tirés des comics, et James Gunn avait tellement teasé son savoir-faire avant la sortie du film que l’attente était immense. Puis le résultat : un film loin d’être désagréable, mais terriblement lisse. Pas plat, certes, mais jamais flamboyant. Une proposition qui manquait de panache, de souffle et surtout de ces grands moments capables de faire décoller un univers naissant. Arrive aujourd’hui Supergirl, déjà explosé en plein vol au box-office. Et il faut bien reconnaître qu’il souffre sensiblement des mêmes problèmes.

Soyons honnêtes, le premier problème saute immédiatement aux yeux : c’est moche. Les effets spéciaux peinent régulièrement à convaincre, les finitions semblent parfois bâclées et la réalisation n’arrive jamais à transcender l’ensemble. Comment peut-on lancer un univers censé porter DC pendant une décennie avec un Superman puis une Supergirl qui n’ont tout simplement pas l’ampleur visuelle de leurs ambitions ? C’est assez incompréhensible. Chez Marvel, James Gunn nous avait habitués à tellement mieux que le contraste surprend. Le scénario souffre lui aussi d’un problème assez similaire. Globalement, Supergirl est ce blockbuster interchangeable que l’on déguste comme un fast-food. Cela se regarde avec plaisir, cela passe bien sur le moment, mais cela manque cruellement d’impact, sa structure étant ultra classique. Le film ressemble davantage à un épisode perdu d’un univers déjà installé depuis quinze ans, devenu un peu flemmard dans son écriture…(tel un Marvel d’une époque standardisée, en somme). Pas à un film censé donner envie au public de s’investir dans une nouvelle saga. À ce titre, nous comprenons parfaitement pourquoi les salles ne se remplissent pas. Superman souffrait déjà exactement des mêmes défauts et Supergirl, malgré plusieurs qualités évidentes, n’arrive jamais totalement à s’en émanciper. Pour autant…nous n’avons absolument aucune envie de tirer sur l’ambulance. Parce que contrairement à ce que son échec commercial pourrait laisser penser, Supergirl est loin d’être un mauvais film.

Au milieu de tous ses défauts, Supergirl possède une qualité essentielle : il est vivant. La meilleure décision du film est d’avoir pleinement capitalisé sur Milly Alcock. Nous soutenions déjà ce choix de casting lorsqu’il avait été annoncé et le résultat nous donne largement raison. Vendue comme une héroïne punk à l’exact opposé de son cousin, cette Kara tient ses promesses. Elle est traumatisée, alcoolique, pas naïve pour un sou, et surtout prête à faire ce que Superman refuse souvent d’accomplir : se salir les mains. Même si nous avons eu un léger moment d’inquiétude lorsque la morale finale semblait vouloir verbaliser son propos, le film tient finalement bon jusqu’au bout et assume une héroïne bien plus rugueuse que son illustre cousin. En revanche, tout n’est pas aussi convaincant. Ruthye Mary Knolle, interprétée par Eve Ridley, fonctionne beaucoup moins, son personnage passe les trois quarts du film à servir de gentil boulet de service et finit parfois par agacer avec ses bourdes davantage qu’autre chose. À côté de cela, la galerie de personnages secondaires est tout de même franchement réussie. Matthias Schoenaerts, décidément jamais là où on l’attend, compose un Krem particulièrement dérangeant. Complètement timbré, parfois presque inquiétant, il commet de véritables exactions qui donnent d’emblée de la noirceur au récit. Puis arrive Lobo. Et quel plaisir ! Jason Momoa, très fan du personnage, s’éclate littéralement dans le rôle, cela se voit à chaque seconde. Son enthousiasme est communicatif et le personnage est introduit avec une étonnante fluidité, sans jamais donner l’impression d’être simplement venu vendre un futur film. Le film bénéficie également d’un univers très vivant. À plusieurs reprises, nous avons pensé à Star Wars ou plus récemment à The Mandalorian & Grogu. Une multitude de créatures, de petites mascottes et d’espèces extraterrestres peuplent constamment les décors, donnant enfin le sentiment d’un univers qui existe réellement en dehors de son intrigue principale. Nous avons d’ailleurs trouvé Supergirl beaucoup plus fun que Superman, et surtout plus généreux. L’interconnexion entre les deux films est particulièrement intelligente. Malgré tous les boulets que ce nouvel univers DC traîne déjà aux chevilles, il réussit tout de même à raconter deux origin stories distinctes qui se répondent naturellement. Même Krypto est utilisé avec davantage de pertinence. Là où Superman capitalisait énormément sur son adorable compagnon, ici le chien, empoisonné, n’est finalement que le prétexte de la quête de Kara. Cela permet au film de raconter leur rencontre, de revenir sur la vie de Supergirl sur Krypton et d’offrir un scénario finalement bien plus généreux que celui du Superman candide et un peu plan-plan de James Gunn. Le combat final résume d’ailleurs parfaitement toutes les contradictions du film. Objectivement ? Il est moche, comme une bonne partie du film. Mais, à sa façon, qu’est-ce qu’il est plaisant. La dose de fun fonctionne, les personnages assument jusqu’au bout leurs choix et le film ne renonce jamais à son côté plus cruel. Krem reste une véritable ordure, Supergirl ne fait clairement pas dans la dentelle et cette noirceur assumée donne finalement beaucoup de personnalité à l’ensemble.

Supergirl est probablement le blockbuster le plus schizophrène que nous ayons vu depuis longtemps. Techniquement, il est clairement à la ramasse : sa réalisation manque de personnalité et ses effets spéciaux sont régulièrement médiocres. Son scénario manque d’ampleur alors qu’il devrait être une gigantesque voiture de course. À la place, le DC Universe ressemble encore à une machine qui cahote, mais une machine qui possède énormément de cordes à son arc. Parce que le film est sincère, drôle sans sombrer dans la caricature que laissait craindre sa campagne promotionnelle, qu’il assume jusqu’au bout une héroïne violente, traumatisée, alcoolique, capable de vengeance et qui refuse d’être une simple version féminine de Superman. Parce qu’il introduit Lobo avec une vraie intelligence, enrichit son univers, propose un bestiaire vivant et réussit une origin story finalement beaucoup plus convaincante que celle de son cousin. Alors non, Supergirl n’est pas le film qui relancera à lui seul DC. Mais il n’est certainement pas non plus le ratage complet que certains décrivent. Un dernier regret, toutefois : si un film sur Lobo voit effectivement le jour, cette fois il faudra arrêter d’avoir peur de son propre matériau, c’est à dire montrer du sang et alors assumer pleinement la violence du personnage. Et peut-être qu’au fond, Supergirl lui-même aurait gagné à aller un peu plus loin dans cette direction. Une violence plus graphique lui aurait peut-être permis de sortir de cette image de produit standardisé qui lui colle à la peau depuis sa sortie (le film est jalonné de meurtres violents sans aucune goutte de sang). Car derrière son échec commercial se cache finalement un film infiniment plus attachant qu’il n’y paraît. Il ne roule pas encore à la vitesse d’une Formule 1, mais il donne suffisamment envie de reprendre place à bord pour voir où James Gunn compte emmener son univers.

Titre Original: SUPERGIRL
Réalisé par: Craig Gillespie
Casting : Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley…
Genre: Action, Fantastique, Science fiction
Sortie le : 1er juillet 2026

BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































