Critiques Cinéma

BREAKFAST CLUB (Critique)

SYNOPSIS: Cinq lycéens aux caractères totalement opposés se retrouvent en colle un samedi après-midi. Au fur et à mesure que la journée passe, ils discutent, se déchirent et finissent par se trouver plus de points communs qu’ils ne pensaient. 

En quelques années seulement, John Hughes aura profondément marqué le cinéma américain des années 1980. Scénariste prolifique et réalisateur inspiré, il s’est imposé comme l’un des rares auteurs capables de parler aux adolescents sans jamais les prendre de haut. Avec Breakfast Club, son deuxième long métrage après Seize bougies pour Sam, il signe sans doute son œuvre la plus emblématique, celle qui résume le mieux son regard sur la jeunesse et qui demeure, aux côtés de La Folle Journée de Ferris Bueller, la figure de proue de sa courte mais remarquable filmographie. Le point de départ paraît pourtant presque trop simple. Un samedi matin, cinq lycéens que tout oppose sont condamnés à passer la journée ensemble en retenue. Un sportif populaire, une fille issue d’un milieu privilégié, un marginal provocateur, un élève brillant et une jeune fille solitaire vont apprendre à se connaître au fil des heures. Sur le papier, difficile d’imaginer comment une telle situation pourrait nourrir près d’une heure quarante de récit sans tourner rapidement en rond. Pourtant, entre les mains de John Hughes, ce quasi huis clos devient une démonstration de scénario, de rythme et d’écriture.

Ce qui impressionne le plus dans Breakfast Club, c’est sans doute l’immense respect que le réalisateur porte à ses personnages. Là où tant de films destinés aux adolescents les réduisent à des caricatures ou les observent avec condescendance, Hughes fait exactement l’inverse. Il ne juge jamais ses héros. Il refuse de hiérarchiser leurs souffrances et traite avec la même attention les angoisses du sportif vedette, les blessures de la marginale, les peurs de l’intello ou les fragilités de la jeune fille populaire. Cette bienveillance n’exclut jamais la lucidité. Au contraire, elle permet au cinéaste de capter le mal-être adolescent avec une acuité exceptionnelle. L’une des plus grandes réussites du film réside dans sa manière de jouer avec les stéréotypes. Les cinq protagonistes semblent d’abord sortir tout droit d’un catalogue de figures imposées du lycée américain. Pourtant, chez Hughes, les apparences sont toujours trompeuses. Le sportif n’est pas seulement un sportif. Le rebelle n’est pas uniquement un provocateur. La princesse du lycée n’est pas qu’une jeune fille superficielle. Chacun porte en lui des contradictions, des blessures et des failles qui le rendent profondément humain. À travers eux, le réalisateur démontre combien les étiquettes que l’on colle aux individus peuvent devenir des prisons dont il est difficile de s’affranchir.

Brillant dialoguiste, Hughes construit son film presque exclusivement autour des échanges entre ses personnages. Breakfast Club est un film extrêmement bavard mais jamais redondant. Chaque conversation révèle une facette nouvelle des protagonistes, modifie les rapports de force ou fait émerger une émotion inattendue. Plus impressionnant encore, le cinéaste parvient à faire cohabiter avec une remarquable fluidité humour et gravité. Les éclats de rire succèdent aux confidences les plus douloureuses sans jamais donner l’impression de rompre l’équilibre du récit. Peu de scénaristes auront réussi à saisir avec une telle justesse cette période de la vie où l’on tente désespérément de trouver sa place tout en cherchant à comprendre qui l’on est réellement. Pour donner vie à cette galerie de personnages, John Hughes retrouve deux de ses interprètes fétiches, Molly Ringwald et Anthony Michael Hall, auxquels viennent se joindre Ally Sheedy, Emilio Estevez et Judd Nelson. Tous composent un ensemble remarquable. Leurs personnalités différentes nourrissent la dynamique du groupe et participent à la crédibilité de cette histoire où cinq adolescents apprennent progressivement à regarder au-delà des apparences.

La force de Breakfast Club tient également à son universalité. Bien que profondément ancré dans l’Amérique des années 1980, le film dépasse largement son époque. Les thèmes qu’il aborde — la solitude, l’identité, le regard des autres, la pression familiale ou le besoin d’être accepté — continuent de résonner aujourd’hui avec une étonnante modernité. La lettre finale l’exprime avec une remarquable simplicité lorsque les cinq adolescents refusent d’être enfermés dans les catégories que les adultes leur imposent. Le surdoué, l’athlète, la détraquée, la fille à papa et le délinquant ne sont finalement qu’une seule et même personne. Ou plutôt cinq individus qui portent chacun en eux une part de ces différentes facettes. Peu de films auront réussi à capter le mal-être adolescent avec une telle acuité. Peu de films auront su conjuguer avec autant d’élégance humour, émotion et intelligence. Porté par l’inoubliable Don’t You (Forget About Me) de Simple Minds, Breakfast Club appartient à cette catégorie rarissime d’œuvres qui traversent les décennies sans perdre de leur force. Et puis il y a cette image finale. Un adolescent qui s’éloigne après avoir enfin trouvé sa place parmi les autres, le poing levé vers le ciel pour l’éternité. Un geste devenu l’un des symboles les plus marquants du cinéma des années 1980. Certains films se regardent. D’autres accompagnent toute une génération. Breakfast Club fait incontestablement partie de ceux-là.

Titre Original: BREAKFAST CLUB

Réalisé par: John Hughes

Casting : Emilio Estevez, Anthony Michael Hall, Paul Gleason …

Genre:  Comédie dramatique

Sortie le: 11 septembre 1985

Distribué par: Universal Pictures France (UPF) 

CHEF-D’ŒUVRE

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