Critiques Cinéma

LES BRONZES (Critique)

SYNOPSIS : Un groupe de vingt personnes arrive extenué dans un club situé en Afrique pour passer quelques jours de repos. Et ils sont bien décidés a rentabiliser au maximum leurs vacances. C’est ainsi que nous suivrons les aventures tragi-comiques de la colérique Nathalie, de Gigi, de Jerôme le sûr-de-lui, Christiane, le malchanceux Jean-Claude, et bien-sûr celles des G.O (gentils organisateurs). Nouvelles rencontres, liaisons momentanées, petits et grands drames seront au programme…

Il est parfois difficile de mesurer aujourd’hui le choc qu’a pu représenter Les Bronzés lors de sa sortie en 1978. Le film est devenu si populaire, si souvent diffusé, si abondamment cité, que son caractère profondément novateur a fini par passer au second plan derrière ses innombrables répliques cultes. Pourtant, derrière les souvenirs de vacances, les colliers de fleurs et les cours de bronzage, se cache une véritable révolution comique. Avant d’être un film, Les Bronzés est d’abord une pièce : Amours, coquillages et crustacés, créée par la troupe du Splendid. C’est là que se met en place la mécanique qui fera sa force : une galerie de personnages immédiatement identifiables, une observation féroce des comportements humains et un humour qui refuse toute complaisance.

L’adaptation au cinéma ne consiste pas simplement à filmer un succès de café-théâtre. Elle permet au contraire d’ouvrir l’espace, d’enrichir les situations et de transformer cette matière scénique en une véritable comédie de mœurs. Patrice Leconte capte parfaitement l’énergie de la troupe tout en lui offrant un cadre cinématographique qui amplifie son efficacité. À la fin des années 1970, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Michel Blanc, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko et Marie-Anne Chazel ne sont pas encore les monuments populaires qu’ils deviendront. Ils arrivent du café-théâtre avec une écriture profondément moderne, plus acide, plus cruelle et plus mordante que celle qui domine alors la comédie française. Avec Les Bronzés, ils observent une France en pleine transformation. Celle des vacances organisées, du tourisme de masse, des amours de vacances et des faux-semblants sociaux. Personne n’est véritablement héroïque. Personne n’est totalement sympathique. Chacun possède sa part de ridicule, de lâcheté ou d’égoïsme. C’est précisément cette absence de complaisance qui rend le film aussi drôle et aussi juste.

Le projet bénéficie du soutien du producteur Yves Rousset-Rouard, qui est également l’oncle de Christian Clavier. Convaincu du potentiel de la troupe, il leur permet notamment d’imposer Patrice Leconte à la réalisation. Une décision capitale tant le cinéaste saura accompagner leur univers avec intelligence avant de devenir l’un des réalisateurs français les plus importants de sa génération. Leconte comprend immédiatement que la force du Splendid ne réside pas seulement dans les répliques mais dans l’observation minutieuse des comportements humains. Les situations paraissent parfois outrancières mais elles restent constamment ancrées dans une réalité sociale qui fait mouche. Parmi les nombreux personnages qui peuplent ce village de vacances, celui de Bobo occupe une place particulière. Interprété par Luis Rego, ancien membre des Charlots, il apporte une saveur unique à l’ensemble. Son parcours possède même une dimension symbolique : l’un des représentants de la génération précédente de l’humour populaire trouve ici sa place auprès de ceux qui vont rapidement devenir les nouveaux maîtres de la comédie française. Car c’est bien ce qui se joue sous nos yeux. Les Bronzés n’est pas seulement une réussite comique. C’est l’une des premières pierres d’un édifice qui va marquer durablement la culture populaire française. Film après film, les membres du Splendid vont s’imposer comme des figures incontournables du cinéma hexagonal, multipliant les succès publics et façonnant plusieurs décennies d’humour français.

Si le film fonctionne parfaitement pris isolément, son statut devient encore plus impressionnant lorsqu’on le regarde aux côtés de sa suite. Les Bronzés font du ski ne se contente pas de prolonger l’aventure : il l’enrichit, la prolonge et transforme l’ensemble en un diptyque exceptionnel. Les deux films se répondent, se complètent et constituent sans doute l’une des plus grandes réussites de la comédie française.Près d’un demi-siècle après sa sortie, Les Bronzés conserve intacte sa capacité à faire rire. Mais au-delà de ses répliques passées dans le langage courant, il demeure surtout le témoignage d’un moment unique où une bande d’anciens saltimbanques du café-théâtre a dynamité les codes établis pour réinventer durablement la comédie populaire française. Mission accomplie.

Titre Original: LES BRONZES

Réalisé par: Patrice Leconte

Casting:  Christian Clavier, Gérard Jugnot, Michel Blanc,

Thierry Lhermitte, Josiane Balasko et Marie-Anne Chazel

Genre: Comédie

Sortie le: 1er novembre 1978

Distribué par: CCFC

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