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ALICE & STEVE (Critique) Une merveille de délicatesse, d’humour et d’intelligence…

SYNOPSIS : Alice est dévastée lorsque son meilleur ami Steve commence à fréquenter sa fille Izzy, âgée de 26 ans. En un instant, elle risque de perdre à la fois son ami le plus proche et sa fille. Alice tente alors tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à cette relation. Mais Steve est plus que prêt à riposter, et ce qui était initialement une amitié parfaite, se transforme peu à peu en guerre ouverte. Alice finira‑t‑elle par pardonner à Steve ? Steve et Izzy parviendront‑ils à faire fonctionner leur relation ? Une chose est sûre : leurs vies ne seront plus jamais les mêmes.

Certains pitchs donnent immédiatement envie. D’autres inspirent une certaine méfiance. Alice & Steve appartient sans doute aux deux catégories à la fois. L’idée de départ est pourtant redoutablement séduisante : Alice découvre que Steve, son meilleur ami depuis de nombreuses années, entretient une relation amoureuse avec sa fille Izzy. Une situation potentiellement explosive qui pouvait aussi bien déboucher sur une grande comédie romantique que sur une série artificielle reposant uniquement sur son concept. La bonne nouvelle est qu’Alice & Steve évite tous les pièges qui la guettaient.

Créée par Sophie Goodhart, scénariste notamment passée par Sex Education, la série se distingue d’abord par la qualité de son écriture. Les dialogues sont d’une précision remarquable, souvent hilarants, parfois vachards, toujours justes. L’humour est omniprésent mais ne cherche jamais à écraser l’émotion. Au contraire, il l’accompagne, la nuance et lui donne souvent encore davantage de relief. Lorsqu’une scène menace de basculer dans le drame, une réplique bien sentie vient désamorcer la tension sans jamais la nier. Cet équilibre délicat constitue l’une des plus grandes réussites de la série.

Sophie Goodhart réussit surtout à donner à l’ensemble un rythme quasi métronomique. Les six épisodes filent avec une fluidité impressionnante. Rien ne semble forcé, rien ne paraît superflu. La série avance avec une élégance rare, portée par une écriture qui fait constamment confiance à ses personnages plutôt qu’aux artifices du scénario.

Et quels personnages.

Nicola Walker est absolument formidable dans le rôle d’Alice. Entre colère, ironie, tendresse, désarroi et lucidité, elle compose un personnage d’une richesse remarquable. Face à elle, Jemaine Clement apporte à Steve une maladresse, une douceur et une humanité qui le rendent immédiatement attachant. Quant à Yali Topol Margalith, elle impressionne par la justesse avec laquelle elle incarne Izzy. Son personnage aurait facilement pu être réduit à une simple fonction narrative. Il devient au contraire l’un des cœurs battants de la série. Ensemble, les trois comédiens forment un trio d’une cohérence et d’une évidence rares.

L’une des plus grandes forces d’Alice & Steve réside d’ailleurs dans sa manière d’aborder la relation entre Steve et Izzy. Sur le papier, celle-ci pouvait susciter le malaise ou apparaître déséquilibrée. La série choisit une voie beaucoup plus subtile. Elle prend le temps d’installer leur rapprochement, leurs hésitations, leurs maladresses et leur sincérité. Résultat : cette histoire d’amour devient non seulement crédible mais profondément touchante. Jamais la série ne cherche la provocation. Elle s’intéresse avant tout aux sentiments de ses personnages.

Mais réduire Alice & Steve à une simple romance serait une erreur.

Car derrière son intrigue amoureuse, la série raconte avant tout une magnifique histoire d’amitié. Le lien qui unit Alice et Steve constitue le véritable socle du récit. Leur complicité, leur affection réciproque, leurs blessures et les bouleversements provoqués par cette nouvelle situation donnent à la série sa profondeur émotionnelle. Alice & Steve parle finalement autant de l’amour que de ces amitiés essentielles qui traversent parfois plusieurs décennies et que la vie oblige soudain à se réinventer.

Si l’on devait formuler une réserve, certaines intrigues secondaires, notamment autour du frère de la famille, apparaissent légèrement moins passionnantes que le reste. Mais ce léger déséquilibre demeure anecdotique face à la qualité générale de l’ensemble.

Présentée au Festival Canneseries, où elle a remporté plusieurs récompenses dont le prix de la Meilleure série, Alice & Steve confirme pleinement les espoirs placés en elle. Rarement une série aura réussi avec autant de naturel à conjuguer humour, émotion, tendresse et intelligence.

À l’heure où tant de productions cherchent à séduire par leurs rebondissements ou leurs concepts, Alice & Steve rappelle qu’il suffit parfois de personnages admirablement écrits, de comédiens inspirés et d’un regard juste sur les relations humaines pour créer une œuvre mémorable.

La fin, volontairement ouverte, pourrait parfaitement servir de conclusion. Mais elle laisse aussi entrevoir de nouvelles possibilités pour des personnages que l’on quitte avec un regret sincère. Et c’est sans doute le plus bel hommage que l’on puisse rendre à une série : lorsque le générique de fin apparaît, on n’a pas seulement apprécié l’histoire. On a déjà envie de retrouver ceux qui l’ont vécue.

Crédits : Disney+

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