Critiques Cinéma

TOOTSIE (Critique)

SYNOPSIS: Michael Dorsey, acteur exigeant sur le déclin, désespère de décrocher à nouveau un rôle. Sans trop y croire, il décide alors de se créer une nouvelle personnalité : il sera Dorothy Michaels, une femme dotée d’une forte personnalité. Or son déguisement va non seulement lui permettre de jouer dans une série télévisée, mais même lui attirer un vrai public de fans. Si ce nouveau statut n’est pas pour lui déplaire, il se trouve bientôt confronté à un dilemme difficile : comment avouer à sa collègue Julie Nichols, qui a fait de lui sa confidente, qu’il est en réalité un travesti amoureux d’elle ?

Tootsie est de ces comédies rares qui dépassent très largement leur dispositif pour atteindre une forme d’évidence cinématographique. Le film de Sydney Pollack, écrit par Larry Gelbart et Murray Schisgal d’après une histoire de Don McGuire et Larry Gelbart, enrichi de contributions non créditées de Barry Levinson, Robert Garland et Elaine May, s’impose comme un modèle d’écriture et de rythme, où chaque scène semble portée par une mécanique interne d’une fluidité étourdissante. Au cœur du film, Dustin Hoffman livre une performance absolument fabuleuse. Au sommet de son art, il construit un personnage double sans jamais céder à la facilité du travestissement comme simple ressort comique. Tout repose sur la précision du jeu, sur les micro-décalages, sur cette manière de faire coexister deux identités sans jamais forcer le trait. Une composition d’une intelligence et d’une maîtrise remarquables.

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Face à lui, la distribution est tout simplement éblouissante. Jessica Lange, prodigieuse, impose une présence d’une justesse rare, récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Dabney Coleman et Charles Durning, dans des registres très différents, se livrent une véritable partition en contrepoint, donnant à leurs personnages une profondeur bien plus grande qu’il n’y paraît au premier regard. Bill Murray, Teri Garr et Sydney Pollack lui-même complètent ce casting avec une précision et une efficacité remarquables. Quant à Geena Davis, elle fait ici une apparition dans son tout premier rôle. La mise en scène de Sydney Pollack, d’une apparente discrétion, épouse parfaitement la dynamique du récit. Elle laisse respirer le texte, s’efface derrière les acteurs, tout en assurant une fluidité narrative exemplaire. Le film joue avec une grande intelligence des codes du soap opera quotidien, qu’il détourne avec malice, tout en pointant avec une acuité réelle les travers de l’industrie du spectacle. Cette précision, cette justesse constante, doivent aussi beaucoup aux tensions qui ont traversé le tournage. Sur Tootsie, les rapports entre Dustin Hoffman et Sydney Pollack furent particulièrement conflictuels, marqués par de nombreux affrontements, sur le plateau comme au montage. Comme le rappellera Hoffman lui-même : « J’ai entendu Sydney (Pollack) dire à la télévision qu’il pensait que j’étais névrosé, que j’avais besoin de stress et d’affrontements pour jouer, mais c’est faux. […] Nous avons eu des accrochages mais j’aimerais bien qu’il fasse un effort pour se souvenir de la façon dont les choses se sont réellement passées« . 1 L’acteur, également producteur du film, revendiquait pleinement son implication : « Ce qui est sur l’écran, c’est le résultat de nos discussions, de nos disputes, de nos luttes. Si je n’avais rien discuté, je pense que le film serait différent de ce qu’il est à 50 %. » 1 Une vision du travail fondée sur la confrontation constructive, qu’il résume ainsi : « Alors, oui, je me bats. Et quand je suis à l’origine d’un projet, je veux avoir le contrôle de son avenir. […] Quand on sait qu’un film sera un succès ou un échec selon telle ou telle décision, il est essentiel de poser des questions, de défendre son point de vue. C’est ainsi qu’on tire le meilleur de chacun de nous. » 1

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La séquence finale, en particulier, s’impose comme un modèle de comédie, d’une précision et d’une efficacité que les années n’altèrent en rien. Elle résume à elle seule l’équilibre du film : drôle, tendue, et profondément révélatrice. Succès critique et public majeur à sa sortie — deuxième plus grand succès de l’année 1982 — Tootsie a été nommé pour dix Oscars, dont celui du meilleur film. Jessica Lange est la seule récompensée, pour la meilleure actrice dans un second rôle.

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Au-delà des récompenses, le film figure aujourd’hui au panthéon de la comédie américaine. Tout, dans sa réalisation, son écriture et son interprétation, concourt à en faire une œuvre en tous points exceptionnelle, d’une intelligence et d’une humanité rares. Enfin, pour le public français, il convient de rappeler que la version doublée bénéficie de la voix de Jean-Pierre Cassel, dont l’élégance accompagne parfaitement celle de Dustin Hoffman. Un chef-d’œuvre pur jus, étincelant dans son rythme, d’une justesse remarquable, qui continue de briller, intact.

1 In Studio n°23, février 1989

Titre Original: TOOTSIE

Réalisé par: Sydney Pollack

Casting : Dustin Hoffman, Jessica Lange, Teri Garr …

Genre: Comédie, Romance

Sortie le: 02 mars 1983

Distribué par: –

CHEF-D’ŒUVRE

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