

SYNOPSIS : Dans un camp d’été, la rumeur d’une peste se propage. Quand Ben refuse d’y croire, les frontières de la réalité se brouillent et un jeu impitoyable se déclenche entre les garçons.
Réalisé par Charlie Polinger, The plague s’impose comme l’un des films les plus saisissants de ces dernières années dans le registre du thriller psychologique adolescent. Présenté en avant-première à Cannes en 2025 dans la section Un Certain Regard où il a reçu une très belle ovation, le film explore avec une acuité glaçante les mécanismes de la cruauté juvénile et les angoisses existentielles du passage à l’adolescence. Loin d’être un simple drame scolaire, il emprunte les codes du body horror et du thriller atmosphérique pour transformer une histoire de harcèlement en une expérience viscérale et profondément inconfortable. L’intrigue se déroule durant l’été 2003 dans un camp de water-polo réservé aux garçons. Ben (Everett Blunck), un enfant socialement maladroit, arrive plein d’espoir et d’anxiété pour s’intégrer dans ce microcosme masculin. Rapidement, il se heurte à une hiérarchie impitoyable dominée par Jake (Kayo Martin), un leader charismatique et tyrannique. Au centre de cette dynamique toxique se trouve Eli (Kenny Rasmussen), l’exclu du groupe, affligé d’une affection cutanée visible (probablement un eczéma, bien que le film reste délibérément vague). Les garçons ont inventé « la peste », un mythe selon lequel toucher Eli transmet une maladie contagieuse qui transforme le cerveau en bouillie. Ce jeu cruel, qui commence comme une blague enfantine, s’infiltre progressivement dans la réalité psychologique de Ben, le plaçant face à un dilemme cornélien, risquer l’exclusion pour défendre Eli, ou participer à sa persécution.

Charlie Polinger excelle dans la construction d’une tension lente et inexorable. La « peste » reste ambiguë jusqu’au bout, on se demande s’il s’agit uniquement d’une construction sociale, d’une métaphore du rejet, ou d’une menace physique qui est bien réelle. Cette incertitude est le moteur principal du malaise. Le spectateur oscille constamment entre rationalité et paranoïa. Le cœur battant du film réside dans les interprétations des jeunes comédiens. Everett Blunck livre une performance remarquable, son visage expressif est un mélange de vulnérabilité et de désir désespéré d’acceptation, il porte une grande partie du poids émotionnel. On ressent physiquement son anxiété avec ses tics nerveux et ses regards fuyants. Il incarne un garçon ordinaire, ce n’est ni héros ni une victime absolue, c’est simplement un humain. Kayo Martin, est, quant à lui, terrifiant de justesse, son personnage possède un charisme magnétique qui rend crédible son emprise sur le groupe. Il capture parfaitement cette cruauté adolescente qui se pare d’humour noir et de rituels codifiés. Kenny Rasmussen complète le trio principal en interprétant Eli, un garçon à la fois pitoyable et étrangement résiliant. Les interactions entre Ben et Eli constituent les moments les plus touchants et les plus tendus, un geste de compassion devient un acte de trahison potentielle envers le groupe, avec des conséquences dramatiques. Joel Edgerton, dans le rôle du coach apporte une présence adulte bienvenue mais très limitée. Son personnage est souvent impuissant ou aveugle face aux dynamiques souterraines, il incarne l’échec des autorités face à la cruauté enfantine.

The Plague transcende le simple récit pour devenir une méditation sur la formation de l’identité masculine et la contagion des idées toxiques. La « peste » fonctionne comme une allégorie puissante de multiples phénomènes, la propagation des rumeurs, la stigmatisation des différences physiques et la peur irrationnelle de la contamination. Elle évoque aussi les mécanismes du harcèlement scolaire, où la victime n’est pas choisie au hasard mais désignée par des marqueurs visibles. Cette mécanique est d’autant plus puissante qu’elle est ancrée dans une période spécifique, l’été 2003, juste avant l’explosion des réseaux sociaux. La contagion de la peste préfigure de la manière dont une rumeur peut détruire une réputation en quelques heures aujourd’hui.

Le scénario, également écrit par Charlie Polinger, est remarquablement dense pour un premier film. Il évite les clichés du genre. Mais malgré ses immenses qualités, The Plague n’est pas exempt de tout reproche. Certains spectateurs pourraient trouver le rythme trop lent dans sa première moitié, où l’installation des dynamiques de groupe prennent le temps nécessaire à l’immersion. The Plague est une œuvre qui nous rappelle que l’horreur la plus terrifiante n’est pas souvent surnaturelle, mais profondément humaine. Charlie Polinger a réussi le pari risqué d’un premier film ambitieux, intelligent et émotionnellement dévastateur.

Titre original : THE PLAGUE
Réalisé par: Charlie Polinger
Casting: Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan…
Genre: Thriller
Sortie le: 3 juin 2026
Distribué par : Originals Factory

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































