

SYNOPSIS ; Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.
Les 11 derniers jours de Samuel Paty. Un nom qui résonne aussitôt et forcément nous bouleverse pleinement. Le scénario s’appuie librement sur l’ouvrage Les Derniers jours de Samuel Paty de Stéphane Simon (2023), avec la collaboration de Mickaëlle Paty, sœur de Samuel. Au-delà du drame que l’on sait, on en connaît moins la funeste mécanique. Le film a l’intention de déployer l’engrenage d’une solitude institutionnelle et numérique qui a conduit à l’horreur de l’impensable. A la réalisation, Vincent Garenq auteur entre autres de Présumé Coupable (2011) et de L’Enquête (2015) a déjà montré son sens de la narration et de la mise en scène pour, sur un mode implacable, démonter avec sa caméra pièce après pièce les machines, elle mêmes broyeuses des femmes et des hommes.

Clairement, il n’est rien de dire que l’on sort de L’abandon sonné et le cœur déchiré. Juste avant, on aura eu envie d’hurler dans la salle de cinéma. Mais on ne peut pas. Alors on pleure. Le film est glaçant et nous brule, fort et longtemps. C’est tout cet engrenage funeste qui méticuleusement est reconstitué. Et où, comment chacun à son échelle va participer aux abandons moraux qui conduira à l’abject. L’abandon a cette intelligence de ne pas jouer avec le feu du facile poujadisme, mais ce titre est simplement comme au pluriel. Parfois sans le vouloir, avec une forme d’inconséquence pour certains collégiens. C’est au départ un banal mensonge d’une collégienne à ses parents. Micro drame générateur d’une terrifiante tragédie. Avec une poutre dans l’œil pour toute une série de nos institutions qui a davantage peur des retombées publiques que des conséquences réelles et factuelles. Très souvent dans la bêtise crasse pour beaucoup. Se nourrissant du terreau de haine et des discours nauséabonds relayés par la bête immonde que prend dans ces moments-là la forme des réseaux sociaux. Et pire encore que les réseaux la peur des réseaux par celles et ceux qui normalement nous en protègent.

La capuche, cette capuche de son sweat que Samuel enfile, comme si elle seule avait le pouvoir de protéger de la violence quotidienne et de la lâcheté ordinaire des dits réseaux dans cette polarisation délétère et délirante. Tous les drames de ce que notre société contemporaine transpirent et vomissent sont là. On a tout cassé. Et c’est terrible. Et cette folie des sigles et des procédures, particulièrement propres à l’éducation nationale, forme de dictature bureaucratique toute Kafkaïenne, qui ne servent qu’à générer une insoutenable inaction et abandonne les acteurs de terrain, les héros anonymes d’un service public qui dans toutes ses missions s’effondrent un peu plus chaque jour. Et c’est terrible. Bien sûr, Samuel ne voulait tellement pas être un héros public, d’autant qu’il l’était déjà mais ne le savait pas. Comme tant d’autres. Ses élèves l’aimaient comme on peut aimer son professeur. Il était comme tant d’autres un homme engagé, bienveillant, doux, qui a fait honneur à son métier, à son institution malgré tout, à son pays bien sûr et à la liberté surtout. C’est définitivement vrai qu’il est dur d’être tué par des cons.

L’histoire est terrifiante et la mise en scène appuie d’autant plus l’horreur de la narration. Il y a des sonneries de téléphone dont le bruit nous fait déjà savoir avant de décrocher qu’elle annonce la fin des temps. Il fallait cette mise en scène, il fallait nous bouleverser ainsi. L’abandon c’est aussi la sobriété puissante d’Antoine Reinartz, qui sur le papier semblait comme profilé pour ce projet. Il le confirme incontestablement à l’écran. Il porte en lui cette humilité, cette douceur qui donne encore plus de relief et d’abime au récit. Impressionnant. Il dit notamment de Samuel : « Malgré cette nervosité et cette peur grandissantes, Samuel Paty ne renonce pas. Il se questionne, s’interroge, mais jamais, à aucun moment, il ne ressent de culpabilité. En revanche, il se sent très seul. » Emmanuelle Bercot, dans le rôle de la principale du collège incarne tout en nuances une composition où elle fait passer toute une série de grandes ambivalences. Elle soutient, fait ce qu’elle peut, inonde son bureau de post-it tant elle doit appeler la terre entière. Elle fait vivre le trouble et les doutes de son personnage avec toute la force qu’on lui connaît. Et pourtant, il paraît que tuer un être c’est tuer toute l’humanité. L’abandon est plus qu’une funeste reconstitution forcément à portée historique, car il y Il réussit aussi pleinement le pari de l’intime. C’est immensément difficile tout autant que c’est à voir absolument, et pour tellement de raisons.

Titre Original: L’ABANDON
Réalisé par: Vincent Garenq
Casting: Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali …
Genre: Drame
Sortie le: 13 mai 2026
Distribué par: UGC Distribution

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Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2020








































































































































