

SYNOPSIS : En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.
Peut-être le film le plus attendu de ce cru 2026 de la sélection officielle de Cannes, et c’est dire la promesse sur le papier, tant l’édition est de qualité. Tant attendu, donc forcément trop car : Asghar Fahradi… Rien que le nom. Le cinéaste Iranien, obsessionnel sur les détails, ultra précis dans son génie a reçu deux Oscars du meilleur film étranger, pour Une Séparation en 2012, et Le Client en 2017. Il a également reçu le César du meilleur film étranger pour Une séparation, et le Prix du scénario au Festival de Cannes 2016 pour Le Client, sans oublier son dernier film, Un héros qui a obtenu le Grand Prix à Cannes en 2021, a à nouveau tourné en français. Le casting, complètement fou… Isabelle Hupert, Pierre Niney, Virginie Efira, Vincent Cassel, Catherine Deneuve qui passerait aussi par là… Il sera notamment question de fantasme de fiction et comment la fiction peut devenir un virus de la réalité. Fahradi s’inspire du Décalogue (1987) de Kielowski et clairement, le réalisateur iranien sait tenir un récit, construire une narration sans rupture tant pendant les 2H19 du film, on ne va rien lâcher. Avec aussi évidemment la puissance du jeu des acteurs susnommés qui nous amèneraient partout avec eux.

Dans Histoires parallèles, ce n’est pas la fiction qui s’inspire de la réalité mais la réalité qui va être influencée par la fiction. Et c’est bien sûr cette base que tout va être chamboulé.. Et clairement le film nous distrait, et même sur les dénouements de certains nœuds et de puissants non-dits, majorés par un cabotinage soft des acteurs, va nous faire beaucoup sourire et rire. Et toujours subtilement, c’est cette marque du cinéma de son auteur, un certain raffinement que l’on s’amuse ou que l’on pleure. Puis, pour nous tenir en haleine sur le parallélisme de ces histoires, c’est aussi le décor intérieur des personnages qui est ici décrypté sous bien des angles et c’est assez captivant. Sans nous l’expliquer outre mesure, avec un sens comme inné de l’ellipse, on n’entre pas forcément en empathie mais en pleine compréhension des différents protagonistes. A l’image du personnage de Sylvie, totalement névrosée, je m’en foutiste total, qui ne s’embarrasse pas dans le lien, et qui est totalement fascinante. Elle engloutit des boites de thon qu’elle ne range jamais, elle prend 20 secondes pour taper chaque lettre sur une machine à écrire de deux siècles en arrière. Histoires parallèles, c’est beaucoup de nuances, aucune lourdeur, c’est aussi toute la puissance très induite de ce cinéma-là.

Et puis comment des histoires d’inconnus, quand on s’y intéresse, par hasard ou par intérêt (ici c’est l’écriture d’un roman) vont à tous les coups faire écho chez nous. Histoires parallèles, c’est aussi cette humanité d’un cinéaste qui vient nous dire que la femme ou l’homme que l’on vient de croiser, ou qui vit sur notre pallier, derrière juste un mur, ou comme ici dans l’immeuble d’en face, recèle des trésors de romanesque. Histoires parallèles vient justement nous dire à quel point l’on pourrait écrire un livre sur la vie de tout le monde, qu’on la romance, ou carrément qu’on l’invente comme dans le film, ou qu’on s‘en tienne à une stricte vérité. Tout peut faire passion si on prend le temps de s’y arrêter. La vie ce n’est que des histoires ! Et alors quand les parallèles finissent par se croiser, la vie commence. Et puis, c’est un art de la mise en scène, une bande son assez magnétique, des mélodies simples mais en parfaite corrélation avec la photographie. Un enchaînement comme naturel de l’image, de la narration, où on insiste sur une histoire en particulier pour mieux tout imbriquer ensuite. Pour faire écho au travail du cinéaste évoqué plus haut, c’est millimétré et ça nous embarque.

Même si paradoxalement, presque un petit gout de trop peu dans l’exploitation de toute cette trame narrative passionnante, presque trop de sagesse parfois, tant par moment, on attend que ça décolle davantage dans un éventuel pétage de câble de la plupart des personnages. Comme un sentiment de matière première impressionnante, mais qui tourne un peu trop mollement parfois. Après, le talent du cinéaste et des acteurs qui gesticulent dans son univers font le reste. Et justement ce casting !!! Les individualités font chorale. Pierre Niney est remarquable dans une sobriété qui lui sied à merveille, et qui pourrait largement continuer à le faire avancer. Il est toujours aussi magnétique, même justement dans le rôle du mec le plus moyen des histoires parallèles. Vincent Cassel, tout en douceur est passionnant à regarder et écouter aussi. Tant d’humanité en lui. Adam Bessa est très touchant et se plie parfaitement à l’exercice du candide. Toujours un plaisir de retrouver l’icône Catherine Deneuve pour un rôle en périphérie de ces histoires, mais dont le duo avec Huppert est assez jubilatoire. Virginie Efira est toujours aussi vivante et vibrante dans l’authenticité qui la caractérise. Du très grand jeu également. Et alors Isabelle Huppert, encore un immense numéro. Elle sait tout faire, veut sans doute tout faire, elle est partout, tout le temps, elle est. C’est un bonheur de chaque instant et ce rôle tout à la fois fait d’excentricité et sur un mode acariâtre est juste parfait pour cette immense actrice, cette immense dame du cinéma français. Clinique, jouissif. Au final, Histoires parallèles est un vrai pur moment de cinéma comme notamment le Festival de Cannes sait en produire. A voir comme il vivra en dehors de cette bulle. Sans crier au génie ou se poser des questions existentielles profondes, tous ces talents derrière et devant la caméra nous font passer un très bon moment de cinéma !

Titre original : HISTOIRES PARALLÈLES
Réalisé par: Asghar Farhadi
Casting: Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney …
Genre: Drame
Sortie le: 14 mai 2026
Distribué par : Memento

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2020








































































































































