

SYNOPSIS : Antoine est un écrivain raté et dépressif. Fred ne fait pas grand-chose de sa vie et semble s’en contenter. Tous deux partagent un appartement et vivent de petites combines foireuses. Les aventures et surtout mésaventures de ces deux copains un brin loosers, leur permettront de s’apercevoir que l’amitié est bien la plus grande des richesses.
Deuxième film de Pierre Salvadori, après Cible émouvante en 1993, Les apprentis restera légitiment dans les mémoires, pour la puissance de son récit d’amitié, pour ses dialogues au couteau, et des scènes parfois foutraques mais d’une empathie folle tant c’est une forme de désespoir qui côtoie joyeusement l’hilarité. « J’aime bien pisser au milieu, ça me donne un sentiment de puissance ». Avec cet air ahuri, en mode ravi de la crèche, ou quand chaque saillie verbale de Fred nous éclate au sol. Son duo avec Antoine est de ceux qui nous traversent, nous bouleversent et vient comme humaniser un monde qui toujours et de plus en plus depuis les plus de 30 ans de la sortie du film, semble comme tourner le dos aux utopies. Une bataille culturelle largement remportée par le capital et ses tristes et sombres sbires. Les apprentis, c’est déjà ce drame social, c’est un film de crise, l’on pensera d’ailleurs à celui de Coline Serreau du même nom sorti en 1992. Finalement Les apprentis, c’est beaucoup sale temps pour les rêveurs. C’est un film sur les bosses, sur l’amour d’un réalisateur pour les grands cabossés. C’est un grand film de tendresse, à la fois jamais dupe et en même temps immensément poétique.

C’est comme si depuis 1995, il n’avait pas pris une ride, venant souligner les talents d’avant-garde de Pierre Salvadori. Les apprentis, c’est un grand bonheur, c’est du très grand cinéma de la mélancolie, du désespoir parfois, et d’une joie que l’on peut finir par retrouver. Car ils sont beaux autant que paumés ces deux attachants loosers. C’est le paroxysme de la galère perpétuelle, celle où l’on met dans des pots « l’argent en cas de coups durs », pourtant composé uniquement de pièces de centimes. C’est aussi et surtout une merveille de mise en scène, avec un enchaînement très jubilatoire et des scènes qui précisément, sont fouillées, sacrément écrites avec générosité et férocité. Un film intelligent dans ce qu’il raconte et dans comment il le fait. Et puis c’est un film sur l’amour !! L’amour indéniable d’un cinéaste pour ses deux acteurs, tant il les magnifie. L’amour entre ces deux potes avec l’inconditionnalité de l’amitié dont on mésestime trop souvent la puissance affective. L’amour déraisonnable, insensé, brulant de Fred pour Agnès. Il ira jusqu’à se mettre torse nu dans la rue juste pour la joie de l’avoir rencontrée. Et enfin l’amour total des apprentis pour la liberté. Le film est une ode à cette liberté, à l’insouciance des grands romantiques. C’est œuvre infinie de tendresse pour une caméra qui déborde de tous ces amours !

Avec aussi ces grands drames ! Surtout quand la réalité refait surface. Comme lorsque Fred iconise et mythifie Agnès, en disant d’elle qu’elle est si pure et que quand elle est là, il a envie de prendre un bain ! Et quand, enfin il lui déclare sa flamme avec toute la poésie dont il est capable, qu’en effet elle lui manque alors qu’elle est là, mais qu’il suffit qu’elle regarde ailleurs. Et elle, dont on se dit que cette déclamation si ardente et si romantique pourrait la faire vaciller, elle… elle lui propose un plan à 3 avec son mec !! Une vitre se brise derrière, symbole du monde qui s’effondre, de la fin des rêves, elle était pure surtout dans son imaginaire. Puis le rêveur deviendra pragmatique, quand quelques temps après, finalement il acceptera la proposition ! Autres moments iconiques qui disent beaucoup de l’inventivité, de la créativité et des incessantes drôleries des apprentis, quand Fred, qui avec Antoine doit faire bonne impression face à la sénile logeuse pour rester dans leur appart, faisant croire qu’il est en études supérieures nous sort : « Maths sup, Maths spé, j’hésite encore. » Phrase culte. Ou certaines autres pépites : « On n’a pas une vie saine, Fred, on boit trop, faut qu’on se reprenne.’ Et la scène d’après, défoncés à la Vodka, ils feront du ski dans l’escalier. A la question « Mais vous mettez où votre linge sale ? » Réponse : « Ben on le porte ! ». Tout est comme ça, et chaque scène peut être une bande annonce.

Au casting, c’est le duo Guillaume Depardieu François Cluzet qui emporte tout. Le premier est beau comme un dieu, solaire, habité, d’une sensualité troublante, à nouveau celle des grands romantiques. Il est déroutant de grâce et occupe tout l’espace. Ce n’est pas pour rien que pour ce rôle de Fred, il obtiendra en 1996 le César du meilleur jeune espoir masculin. Regrets éternels pour cet abimé si profond. Il le porte dans ce rôle où il est inoubliable. François Cluzet lui aussi d’une immense beauté, quand notamment ses pensées s’envolent. Ses extrêmes névroses, on le voit déraper et progressivement dégoupiller, décompenser comme à petits feux. L’acteur incarne cet homme en crise avec une flagrante authenticité. Judith Henry est cette petite fée qui veut sauver celui qui ne veut pas l’être. A ce jeu-là, sa douceur nous étreint, elle nous embarque. Et quelle émotion de revoir même assez furtivement Marie Trintignant à l’écran. Au final, Les apprentis est indispensable à tout rêveur. Et il est sans doute indispensable encore plus aujourd’hui, 30 ans après, pour réhabiliter nos utopies tant contrariées. Au-delà, purement cinématographiquement, c’est une régalade absolue, qui se délecte qu’on le découvre où qu’on le revisite sans cesse !

Titre Original: LES APPRENTIS
Réalisé par: Pierre Salvadori
Casting: Guillaume Depardieu, François Cluzet, Judith Henry …
Genre: Comédie
Sortie le: 20 décembre 1995
Distribué par: Les Films du Losange
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Catégories :Critiques Cinéma, Les années 90








































































































































