

SYNOPSIS : Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…
Sixième long métrage de Guillermo Del Toro, avec ce Labyrinthe de Pan, il renoue avec ses grandes inspirations et une personnalisation du récit que l’on trouvait avec force dans L’Echine du diable (2001) dont il signe en quelque sorte ici la suite. Il s’affranchit ici des studios américains qui avaient sans conteste chloroformé quelque peu son inventivité. Le Labyrinthe de Pan, c’est aussi l’histoire de la liberté de son auteur ! Si c’est un classique pour bon nombre, c’est comme s’il y entrait officiellement puisqu’il rejoint d’illustres pairs dans la catégorie Cannes Classics pour cette édition 2026.
Le labyrinthe de Pan, c’est d’emblée la candeur de l’enfance, qui va venir en contraste constant avec des temps troublés, générant fatalement souffrance, cruauté et désolation. On pressent et espère un hymne à l’enfance, ce moment où l’on n’est jamais aussi prêts de la vérité. Cet instant où les contes de fées permettent de faire oublier la dégueulasserie des ignobles réalités.

C’est ici que Del Toro touche au Graal dans un mélange des genres sacrément signifiant. Car tourné vers l’imaginaire, attendu que pour Le labyrinthe de Pan, oui il faut savoir où regarder, mais pour autant ce film souvent à hauteur d’enfants peut difficilement être regardé par eux, vu qu’on y trouve aussi un film éminemment politique, à teneur fantastique, souvent horrifique et surtout un véritable conte poétique au final. Comme presque deux films en un, entre le conte de fées que vit Ofélia et un récit d’une profonde violence, celui de l’histoire franquiste. Des parallèles qui finiront évidemment par se croiser, et qui permettent de rester tellement en haleine. Un exemple : trois femmes, Carmen, Mercedes et Ofelia, qui incarnent la sororité avec en miroir trois hommes, Capitaine Vidal sans cesse accompagnés de deux autres abominables militaires, qui sont une représentation du pouvoir fasciste. Evidemment, l’esthétisme de la mise en scène est fou, et le style Del Toro tellement reconnaissable. Comme une succession de toiles surréalistes. Le cinéma est partout, une expérience visuelle et sonore à vivre en salle. On est comme tout de suite fascinés car la splendeur formelle est donc totale, avec tout le reste à côté qui suinte le cinéma, l’inventivité du scénario, l’engagement impressionnant des acteurs, la captivante progression du récit. On se sent vite tellement bien dans Le labyrinthe de Pan.

Le déchaînement soudain de violence de l’abominable Capitaine Vidal, avec un terrifiant Sergi Lopez dans l’incarnation, vient comme nous prendre à contre-pied en appuyant sur ce contraste avec l’innocence et infantile indolence d’Ofélia. C’est tout ça Le labyrinthe de Pan, la création foisonnante, des inventions féériques et des trouvailles sur un fol imaginaire, c’est la création de tout un univers. Sauf qu’il va au-delà, qu’il ne rend pas son cinéma uniquement tributaire de cette puissance formelle et fantastique, ce qui serait par ailleurs tout à fait respectable. Simplement, en insérant, mélangeant, mixant la terreur historique, c’est comme un geste de cinéaste qui nous explique que tout est complexité et que nos vies sont bien souvent coincées entre nos aspirations profondes du petit enfant jamais éteint en nous et la dureté du réel dans des vies d’adultes qui se prennent sûrement bien trop au sérieux.

Avec le vrai monstre de cette histoire qui fait comme le lien entre réel et imaginaire sous les traits du Capitaine Vidal. En contrepoint, le conte fantastique que vit Ofélia est une véritable allégorie de la résistance, de l’espoir. Le casting est porté par Ivana Baquero et Sergi Lopez, qui dans les mondes parallèles, s’offrent comme un duel souvent à distance. Elle incarne la candeur, autant que lui nous terrifie. Sergi Lopez est impressionnant de charisme dans la saloperie qui constitue pourtant son personnage. Au final, maîtrisé, d’une rare élégance, ce conte de fées pour adultes ensorcèle toute bonne étagère cinéphilique qui se respecte. Il demeure de toute façon inoubliable et comptera tout le temps. Œuvre indélébile, marque des très grands films !

Titre Original: EL LABERINTO DEL FAUNO
Réalisé par: Guillermo Del Toro
Casting : Ivana Baquero, Sergi López, Doug Jones…
Genre: Epouvante-Horreur, Fantastique
Sortie le: 1er novembre 2006
Distribué par: Wild Bunch Distribution

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2000









































































































































