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SYNOPSIS : Deux frĂšres, Hossam, 23 ans, fauteur de troubles, et Maro, 12 ans, vivent dans une communautĂ© marginalisĂ©e d’Alexandrie. AprĂšs la mort de leur pĂšre dans un accident de travail, ils sont embauchĂ©s par la mĂȘme usine en guise de « compensation » pour leur perte, au lieu d’intenter une action en justice. Alors qu’ils s’adaptent Ă leur nouvel emploi, ils commencent Ă se demander si la mort de leur pĂšre Ă©tait vraiment accidentelle.
RĂ©alisateur et scĂ©nariste Ă©gyptien indĂ©pendant, Mohamed Rashad s’est fait connaĂźtre grĂące Ă des courts-mĂ©trages et son documentaire Little Eagles (2016), qui sillonnait dĂ©jĂ le monde ouvrier Ă travers le parcours de son propre pĂšre. AprĂšs avoir explorĂ© l’histoire de sa famille dans ce documentaire sur la mĂ©moire politique et gĂ©nĂ©rationnelle en Ăgypte, il s’inspire ici d’un fait divers rĂ©el pour Ă©crire et mettre en scĂšne L’Entente – La Face cachĂ©e d’Alexandrie. Son premier long mĂ©trage de fiction prolonge cette obsession pour les environnements industriels, rarement mis en scĂšne avec une telle intensitĂ© dans le cinĂ©ma Ă©gyptien contemporain. Le film nous plonge dans les errements dâAlexandrie, loin des images touristiques, oĂč lâon dĂ©couvre la mort dâun homme dans une usine de mĂ©tallurgie. La direction de cette derniĂšre propose alors Ă ses deux fils, Hossam (Adham Shoukry) et Maro son petit frĂšre de 12 ans (Ziad Islam), de prendre la place de leur pĂšre, une sorte de compensation officieuse pour Ă©viter tout recours judiciaire. Un arrangement typique dans un systĂšme oĂč la loi est contournĂ©e par des arrangements informels. Hossam est un jeune homme au passĂ© trouble (drogue, absences prolongĂ©es), qui accepte lâemploi pour soutenir sa mĂšre invalide (Hanadi Abdel Khalek). Au fil des jours dans cet enfer mĂ©canique bruyant, sans mesures de sĂ©curitĂ©, les frĂšres commencent Ă douter de lâaccident. Ătait-ce vraiment fortuit ? Hossam, tiraillĂ© entre dĂ©sir de rĂ©demption et impulsions destructrices, entraĂźne le rĂ©cit vers une spirale de suspicion et de vengeance.

Ce film ne se contente pas de dĂ©peindre la pauvretĂ© ou le travail ouvrier, il en fait le théùtre dâune tragĂ©die moderne oĂč la quĂȘte de vĂ©ritĂ© et de rĂ©demption se heurte Ă une structure sociale impitoyable. En situant son rĂ©cit dans les quartiers populaires et les zones industrielles d’Alexandrie, Mohamed Rashad interroge la violence sociale, l’impunitĂ© patronale et l’hĂ©ritage traumatique laissĂ© aux enfants d’ouvriers. Lâusine devient un personnage Ă part entiĂšre, un labyrinthe de machines obsolĂštes et de meuleuses hurlantes, oĂč les corps sont constamment menacĂ©s. Lâun des plus grands atouts du film rĂ©side dans sa mise en scĂšne. Le directeur de la photographie Mahmoud Lotfi et le chef dĂ©corateur Yasser El Husseiny transforment cette usine en un espace quasi-horrifique.

Les plans longs Ă travers les machines, les gros plans sur les mains sales et les visages en sueur crĂ©ent une tension physique palpable. Cette approche visuelle rappelle le cinĂ©ma social rĂ©aliste, les couleurs ternes et les ombres industrielles oppressantes renforcent un sentiment dâenfermement. Le montage maintient un rythme contemplatif, avec des sĂ©quences Ă©tendues qui permettent au spectateur de ressentir le poids du labeur quotidien. Cela contraste avec les moments de violence ou de confrontation, plus secs et brutaux. Cependant, on dĂ©note un manque de profondeur psychologique chez Hossam, ce qui rend le personnage frustrant et limitant notre empathie. Il en va de mĂȘme pour Maro et pour la maman dont on ne sait quasiment rien. Le film aurait dĂ» profiter des quelques moments de latences pour approfondir ces personnages.

Dans un contexte Ă©gyptien oĂč le cinĂ©ma commercial domine souvent, La face cachĂ©e dâAlexandrie rappelle lâimportance du cinĂ©ma dâauteur social. Il dialogue avec des questions sur la sĂ©curitĂ© au travail, les inĂ©galitĂ©s ou encore une jeunesse sans avenir. Le film humanise sans idĂ©aliser, ce qui le rend inconfortable mais puissant. Il nâest pas facile, il est Ăąpre, oppressant, parfois frustrant dans sa noirceur. Et câest prĂ©cisĂ©ment tout cela qui fait sa force. Mohamed Rashad capture la rage sourde dâune gĂ©nĂ©ration coincĂ©e entre hĂ©ritage toxique et dĂ©sir dâascension. En refusant les clichĂ©s sur Alexandrie ou plus gĂ©nĂ©ralement lâĂgypte, le film rĂ©vĂšle une vĂ©ritĂ© universelle, dans les marges du capitalisme, les individus restent des rouages remplaçables, mais capables dâune rĂ©sistance humaine, mĂȘme vouĂ©e Ă lâĂ©chec. Câest un dĂ©but prometteur pour Mohamed Rashad, un appel Ă regarder les faces cachĂ©es de nos sociĂ©tĂ©s industrielles.

Titre Original: AL MOSTA’MERA
Réalisé par: Mohamed Rashad
Casting : Hajar Omar, Emad Ghoniem, Mohamed Abdel Hady .âŠ
Genre: Thriller
Sortie le : 6 mai 2026
Distribué par: Tahia Films

BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































