Critiques Cinéma

PAPY FAIT DE LA RESISTANCE (Critique)

 

 

SYNOPSIS: En 1943, les Bourdelle se voient eux aussi envahis par les Allemands, et se retrouvent logés à la cave. Le fils, GuyHubert, dissimulé derrière les traits d’un coiffeur homosexuel, est en fait Super-Résistant, sorte de Zorro du moment, et qui complote contre les nazis.

Il y a des comédies qui font rire. Et puis il y a celles qui s’imposent comme des monuments, des œuvres totales où le rire devient un art majeur. Papy fait de la résistance appartient sans discussion à cette seconde catégorie : une réussite éclatante, jubilatoire, et d’une intelligence comique rare. Adapté de la pièce éponyme co-écrite par Christian Clavier et Martin Lamotte, le film de Jean-Marie Poiré réussit un tour de force : transformer une mécanique théâtrale déjà redoutable en une fresque cinématographique d’une richesse et d’une ampleur impressionnantes. Produite par Christian Fechner, cette œuvre revendique d’emblée une ambition rare dans la comédie française : celle de la véritable énorme production, pensée comme une fresque chorale. « C’est la première super-production d’une génération. Il y a là tous les gens qu’on dit venus du café-théâtre, mélangés à d’autres comédiens qui ont eu, curieusement, des itinéraires similaires même si à leur époque, ça ne s’appelait pas du café-théâtre. » (Première, n°79, octobre 1983)

Le projet repose ainsi sur un postulat aussi simple que génial : faire se rencontrer deux générations d’humoristes. Et cette idée trouve sa traduction parfaite à l’écran, où chaque rôle, même le plus bref, est confié à un visage immédiatement identifiable : « C’est Fechner qui nous a dit un jour : “Mais si voulez retrouver le côté Paris brûle-t-il ? ou Le Jour le plus long, il faut que même les tout petits rôles soient tenus par des acteurs connus.” » (Jean-Marie Poiré, Première, n°79, octobre 1983). Au cœur de cette mécanique, les interprètes sont tout simplement exceptionnels. Michel Galabru incarne un Papy irrésistible, mêlant malice, fragilité et fantaisie avec une humanité désarmante. À ses côtés, Jacqueline Maillan est impériale, d’une précision comique sidérante, transformant chaque réplique en moment d’anthologie. La troupe du Splendid insuffle une énergie décisive : Christian Clavier excelle dans l’excès jubilatoire, Gérard Jugnot joue avec une finesse irrésistible sur la maladresse attendrissante, tandis que Thierry Lhermitte apporte une élégance ironique qui enrichit encore la palette comique. Martin Lamotte, également co-auteur, livre une composition subtile et parfaitement maîtrisée avec le double rôle de Super-Résistant et de Guy-Hubert, indéniable vecteur comique du film.


Le film regorge également de performances mémorables : Dominique Lavanant et Roland Giraud forment un duo savoureux, oscillant entre absurdité et précision, tandis que Pauline Laffont apporte une fraîcheur lumineuse. Et puis il y a Jacques Villeret, absolument génial dans sa parodie de Julio Iglesias : une scène irrésistible, d’une drôlerie infinie, devenue culte. Même les participations relèvent du luxe : Jean-Claude Brialy, Bernard Giraudeau, Julien Guiomar, Jacques François, sans oublier Michel Blanc et Josiane Balasko, tous participent à cette sensation d’abondance jubilatoire. Il n’y a ici aucun maillon faible, mais au contraire une cohésion remarquable, chaque comédien trouvant sa place dans une partition collective d’une richesse rare. Au-delà du casting, le film impressionne par son intelligence de ton. Poiré le résume parfaitement : « Papy… est beaucoup plus un film sur la vision qu’on a de la résistance aujourd’hui qu’un film sur la résistance. Nous sommes d’une génération qui ne connait la guerre de 40 qu’à travers une flopée de mauvais films […] Nous, on a préféré faire un chef-d’œuvre en imitant ces mauvais films. » (Première, n°79, octobre 1983<). Et cette approche fonctionne à merveille, notamment parce que le film ne trahit jamais son sujet, comme le souligne Clavier : « Les personnages de Papy… ont des ambitions de courage face aux allemands. Ils ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions mais il n’y a aucune ambiguïté quant à la position de cette famille […] ils sont contre et ils sont bien dans le coup…  » (Première, n°79, octobre 1983)

 

Les dialogues virtuoses sont des gourmandises pour les esthètes du genre, servis par des interprètes de haut vol. Certaines séquences atteignent ainsi un niveau de grâce comique exceptionnel. On l’a dit, la scène de Jacques Villeret pastichant Julio Iglesias est un sommet absolu. Et que dire du final, situé dans l’émission Les Dossiers de l’écran, animée par le vrai présentateur de l’époque Alain Jérôme ? Une séquence en roue libre totale, modèle de comédie anarchique, procurant un plaisir de spectateur intense. Il faut aussi rappeler que le film est dédié à Louis de Funès, qui devait initialement incarner Papy. Son accord avait été déterminant pour lancer le projet : « S’il n’avait pas accepté de le faire, on n’aurait pas commencé à l’écrire. » (Jean-Marie Poiré). Sorti en octobre 1983, Papy fait de la résistance rencontre un immense succès avec plus de quatre millions d’entrées, s’imposant immédiatement comme un phénomène populaire. Drôle, ambitieux, brillamment interprété et d’une richesse folle, le film dépasse largement le simple statut de comédie. C’est une œuvre chorale, généreuse, inventive, qui prouve avec éclat que le rire peut atteindre des sommets d’intelligence et de mise en scène. Un classique absolu du cinéma français.


Titre Original: PAPY FAIT DE LA RÉSISTANCE

Réalisé par: Jean-Marie Poiré

Casting : Martin Lamotte, Gérard Jugnot, Christian Clavier…

Genre: Comédie
 
Sortie le: 26 octobre 1983
 

Distribué par : Agence Méditerranéenne de Location de Films (A.M.L.F.) 

CHEF-D’ŒUVRE

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