Critiques Cinéma

LA POUPÉE (Critique)

SYNOPSIS : Rémi ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée, c’est plus simple. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia, une nouvelle collègue, arrive dans l’entreprise de Rémi, Audrey va mystérieusement prendre vie.

Premier long-métrage pour la réalisatrice Sophie Beaulieu, à mi-chemin entre la comédie burlesque populaire et le conte fantastique absurde, La Poupée se présente d’abord avec un pitch très singulier. On y rencontre Rémi (Vincent Macaigne), salarié d’une entreprise de faux gazon, et ses frasques romantiques partagées avec sa petite-amie actuelle – une certaine Audrey dont il est follement amoureux mais que pourtant personne n’a encore jamais rencontré. Et pour une bonne raison : c’est en réalité une poupée humaine à taille réelle ! Lorsque la détonante Patricia (Cécile de France) est engagée pour remplacer l’intérimaire de la boîte, Rémi va vite se montrer troubler par sa nouvelle collègue. Et ce qui pourrait démarrer comme une jolie comédie romantique insouciante va en fait tourner au conte fantastique quand Audrey (Zoé Marchal) va prendre subitement vie entre deux blanquettes de veau…

Pas si loin d’un dispositif de Dupieux (sobriété esthétique, absurde surligné, personnages grotesques et quiproquos en cascades), Sophie Beaulieu accroche d’abord son film à des codes familiers – pour mieux réussir à s’en détacher par la suite. Ce qui aurait pu laisser penser à une énième comédie potache vaguement maladroite qui sous-utilise un concept intéressant, s’avère en fin de compte être une proposition étonnamment plaisante, une drôlerie aussi inventive que pinçante dans un petit monde où l’émotion est trouvée dans le tordu. Ce « triangle » principal, à la fois amoureux et situationnel – à savoir le loser éperdument romantique, la nouvelle arrivante amatrice de sensations fortes et la poupée sexuelle devenue humaine – trouve dans son absurde la force de trois interprètes au diapason qui tirent leurs jeux respectifs avec justesse vers un chaos intérieur source de beaucoup de gags très réussis. Vincent Macaigne est dans sa partition idéale, un doux rêveur sympathiquement pathétique, Zoé Marchal s’empare d’un rôle « fonction » pour livrer une performance nuancée et très pertinente avec sa Audrey figure d’émancipation féminine, et Cécile de France est – comme à son habitude – le cœur du film, déroulant tous les moments les plus touchants de son récit par son authenticité, transformant cette étrange comédie hybride en un feel-good movie plein de bonnes intentions.

Sophie Beaulieu compose une farce aussi délicate qu’extravagante, une presque satire plus maligne que ce qu’elle dégage aux premiers abords, trouvant une empathie certaine à l’intérieur de personnages qui auraient été moqués chez d’autres cinéastes.

En utilisant le trope du « poisson hors de l’eau » (une poupée utilisée pour assouvir les fantasmes des hommes prend vie et apprend les nuances du monde et le chemin vers la réappropriation de sa féminité) tout en peignant l’imperfection de son personnage principal (Rémi ne s’est jamais remis de sa précédente séparation, et comble la solitude avec l’artifice d’une relation qui ne peut pas se finir en cœur brisé – une poupée en plastique – avant qu’elle aussi, de manière ironique, ne finisse par se barrer), La Poupée est une comédie douce et intelligente qui navigue hors des clichés attendus, composant un récit drôle et pertinent sans trop en faire et sans avoir la prétention de réinventer son genre à chaque seconde. Bref, on aurait pu croire, mais Sophie Beaulieu ne fait pas du Dupieux, et c’est bien plus chouette comme ça.

Titre original : LA POUPÉE 

Réalisé par: Sophie Beaulieu

Casting: Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France …

Genre: Comédie, Romance

Sortie le: 22 avril 2026

Distribué par : Ad Vitam

TRÈS BIEN

Catégories :Critiques Cinéma

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