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SYNOPSIS : De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d’une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l’étrange mal dont souffre son enfant, décide de l’accompagner sur place. Alors qu’elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d’étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu’elles touchent, cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets… Avec l’aide de Cybil, de la police locale, Rose se jette dans une quête éperdue pour arracher sa fille au monde de Silent Hill. D’indices en épreuves, elle va découvrir tout ce que Sharon risque et ce qu’elle représente dans une malédiction qui dépasse tout…
Silent Hill est une licence que beaucoup d’entre nous portent dans leur cœur depuis l’enfance. Une œuvre fondatrice du jeu vidéo horrifique, découverte manette en main, souvent trop jeunes, toujours trop marqués pour l’oublier. En 2006, Christophe Gans nous offrait son adaptation cinématographique, vue avec nos yeux d’adolescents dans une année bénie pour le cinéma d’horreur, marquée également par le remarquable remake de La Colline a des yeux d’Alexandre Aja. À l’époque, Silent Hill divise. Aujourd’hui, il est souvent cité comme l’une, sinon la meilleure adaptation d’un jeu vidéo au cinéma. Une reconnaissance un peu tardive (il suffit de voir les notes sur certains sites versus le succès d’estime réel que le film possède), renforcée par l’échec cuisant de Silent Hill: Revelation 3D, et par le constat amer qu’en près de vingt ans, la licence n’aura rien offert de convaincant sur grand écran. À tel point que le retour de Gans aux affaires avec Retour à Silent Hill est devenu l’ultime espoir d’une communauté… Revenons donc sur ce qui demeure, encore aujourd’hui, une adaptation presque parfaite, la seule de la licence.

L’intelligence majeure du film de Christophe Gans réside dans son choix fondamental : Silent Hill n’est pas seulement l’histoire d’un personnage, mais celle d’un lieu. Le film adapte librement l’intrigue du premier jeu tout en en respectant l’essence, et réussit là où tant d’adaptations échouent : faire de la ville le véritable personnage principal. Dès la première partie, l’atmosphère poisseuse, brumeuse et anxiogène s’installe, la cendre tombe, les rues sont désertes et les bâtiments semblent figés dans une agonie éternelle. Le spectateur est immédiatement plongé dans une sensation d’inconfort diffus, de menace invisible, exactement comme dans le jeu. Silent Hill n’est pas simplement hostile : elle observe, elle juge, elle attend le bon moment pour frapper. Cette approche donne au film une identité forte, presque hypnotique, et prouve que Gans a compris que l’horreur de la licence ne repose pas sur les jump scares, mais sur l’oppression permanente.

Plus surprenant encore, Silent Hill parvient à retranscrire des sensations propres au gameplay. L’exploration de la ville, son plan consulté sur un panneau, les détours absurdes, la récupération d’objets utilitaires rapidement rendus obsolètes : tout rappelle l’expérience du joueur. Même certains personnages, comme la policière incarnée par Laurie Holden, semblent tout droit sortis d’un jeu, tant leur look et leur fonction évoquent des PNJ rencontrés au détour d’une rue. Les dialogues sont souvent minimalistes, parfois cryptiques, renforçant ce sentiment d’errance solitaire. Puis vient la transformation de la ville, accompagnée de l’apparition du bestiaire. Le film épouse alors pleinement la logique du jeu, alternant phases d’exploration et surgissements cauchemardesques. Cette fidélité n’est jamais gratuite car elle sert l’immersion et prouve que Gans ne cherche pas seulement à adapter une histoire, mais une expérience.

Impossible d’évoquer Silent Hill sans parler de ses figures emblématiques. Qu’il s’agisse des fameuses infirmières (incarnées par des contorsionnistes) ou de l’effrayant et massif Pyramid Head, Gans convoque l’iconographie de la licence, parfois au prix d’anachronismes assumés. Certaines créatures n’avaient pas nécessairement leur place dans cette histoire précise, mais leur présence incarne l’identité de la saga, et le plaisir du fan l’emporte surtout lorsqu’il s’agit de faire financer un projet un peu casse-gueule. Mais là où le film marque durablement, c’est dans sa violence frontale, rare pour une production de ce type. Le lore, articulé autour d’une secte fanatique et de ses exactions, est mis en scène sans édulcoration. Des personnages brûlés vifs, sacrifiés comme exutoires d’une folie collective, ou encore cette scène désormais culte où Pyramid Head écorche un personnage avant de jeter sa peau comme un vulgaire sac-poubelle. Des moments d’une brutalité choquante, viscérale, que l’on ne retrouvera jamais, pas même dans Retour à Silent Hill. Le film est dense, oppressant, et ne laisse aucun répit. Le spectateur, comme Rose (Radha Mitchell), est seul, perdu, avançant à tâtons, esseulé, vers une vérité insoutenable.

La conclusion de Silent Hill, mélancolique et ambiguë, avec le retour avorté de Rose et Sharon (Jodelle Ferland, dont la tête enfant restera familière à toute une génération qui la voyait jouer dans diverses productions, notamment télévisées), finalement prisonnières d’une réalité parallèle, a longtemps fait débat, le fameux buisson en étant l’un des symboles le plus commenté. Mais elle prolonge parfaitement le malaise, laissant une impression de vide et de tristesse durable. Le film confirme alors ce qu’il est réellement, une lettre d’amour à la licence, réalisée par un passionné, un gamer, quelqu’un qui comprend intimement l’œuvre qu’il adapte. Le véritable regret est ailleurs. Christophe Gans n’a en effet pas su ou plutôt pas voulu (il avait déjà pour projet d’adapter l’histoire de Silent Hill 2 à l’époque mais trouvait que c’était trop tôt par rapport à ses thématiques), capitaliser sur cette réussite à l’époque. Vingt ans plus tard, son retour arrive sûrement trop tard, dans un paysage cinématographique transformé, avec un Christophe Gans lui aussi changé, et risque bien de signer le glas de Silent Hill au cinéma. Reste ce film de 2006, habité et de haute volée, qui continue de gagner en stature avec le temps. Une adaptation presque parfaite, et peut-être à jamais inégalée.

Titre Original: SILENT HILL
Réalisé par: Christophe Gans
Casting: Radha Mitchell, Sean Bean, Jodelle Ferland …
Genre: Epouvante – Horreur
Sortie le : 26 avril 2006
Distribué par: Metropolitan FilmExport
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma








































































































































