Critiques Cinéma

ARI (Critique Fiction Unitaire) Un regard précieux sur le malaise d’une jeunesse en quête de repères

SYNOPSIS : En plein doute existentiel, Ari (Andranic Manet), instituteur débutant, mis à la porte par son père, renoue avec ses amis.

Diffusé sur Arte et déjà disponible en ligne sur arte.tv, Ari est un téléfilm qui explore avec finesse, mais parfois aussi avec hésitation, les failles intimes et existentielles d’une génération en quête de sens. Centré sur un jeune homme de 27 ans, enseignant en primaire, le film brosse le portrait d’une dérive douce-amère, entre lucidité crue et tentatives maladroites de réenchantement. Ari, le personnage principal, est interprété avec beaucoup de justesse par Andranic Manet. Avec ses grands yeux bleus, son corps fin et une fragilité palpable, il incarne un jeune homme en rupture, aspiré dans un tourbillon intérieur dont il ne parvient plus à s’extraire. Dès les premières scènes, le ton est donné : alors qu’il doit simplement lire un poème devant sa classe, Ari s’effondre brutalement, physiquement et mentalement à bout. Transporté à l’hôpital, il se retrouve rapidement confronté au rejet de son père, qui, incapable de comprendre cette nouvelle défaillance, lui demande de quitter la maison familiale.

À partir de ce point de rupture, le récit se structure comme une errance initiatique, rythmée par une série de retrouvailles avec des amis de jeunesse qu’Ari avait perdu de vue, lui qui a tendance à disparaître subitement. Chacune de ces escales se déroule dans un lieu différent et offre l’occasion d’un face-à-face entre Ari et une figure de son passé. À première vue, ses anciens amis semblent avoir « réussi » leur vie : couple, carrière, projets… Mais ce vernis d’apparent bonheur s’effrite rapidement. À mesure que les masques tombent, Ari découvre que ses compagnons ne sont pas aussi épanouis qu’ils le prétendent. Eux aussi sont à la dérive, englués dans leurs contradictions, piégés dans des existences qu’ils ne questionnent plus, par peur ou par confort.

Le dispositif narratif du film repose donc sur une répétition assumée : à chaque escale, Ari affronte une nouvelle désillusion, qui le pousse un peu plus loin dans sa propre quête intérieure. Si ce schéma permet de maintenir une certaine tension, il présente aussi ses limites. Le film, par moments, semble s’essouffler ou se perdre dans des digressions métaphoriques parfois trop appuyées. C’est notamment le cas lors d’un passage assez étrange dans une maison en bord de mer, où la narration semble suspendue, comme flottante, et où les symboles s’accumulent sans toujours trouver de résonance claire.

Par ailleurs, la manière dont Ari aborde la question de la sexualité et de l’orientation sexuelle peut surprendre. Par moments, le traitement semble maladroit, voire artificiel, comme s’il peinait à trouver le bon ton ou la juste distance. Là encore, l’exemple de la maison sur la côte illustre ces flottements : ce qui pourrait être un moment de révélation glisse vers l’incongruité, sans qu’on sache très bien ce que le film cherche à dire.

Malgré ces hésitations, Ari reste un téléfilm touchant, porté par un casting remarquable. Outre la performance très crédible d’Andranic Manet, on saluera notamment celle de Théo Delezenne, impressionnant de justesse dans un rôle secondaire mais marquant. La mise en scène, discrète mais soignée signée Léonor Séraille (Jeune femme, Un petit frère), laisse la place aux regards, aux silences, aux non-dits, ce qui donne au film une sensibilité certaine.

En conclusion, Ari est une œuvre inégale mais sincère, qui touche par son ambition et sa volonté d’explorer des territoires intimes souvent passés sous silence. Si le film ne tient pas toujours ses promesses et laisse une impression de frustration en fin de parcours, il propose néanmoins un regard précieux sur le malaise d’une jeunesse en quête de repères, tiraillée entre le besoin de se reconstruire et l’envie de croire encore à un bonheur possible.

Crédits : Arte

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