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SYNOPSIS : A New York, à la fin de la prohibition, Noodles se réfugie dans une fumerie d’opium après un coup qui a mal tourné. Plus de trente ans plus tard, il est de retour en ville et se remémore son passé de gangster : de sa jeunesse de voyou dans les années 20, marquée par sa rencontre avec son ami Max et leurs nombreux trafics dans le ghetto juif de la ville, jusqu’à la période de prohibition où leur bande, liée par une profonde amitié, s’enrichit et marque son ascension dans la pègre grâce au commerce illégal d’alcool. Noodles se rappelle aussi de sa relation amoureuse échouée avec Deborah durant toute sa vie. Une oeuvre crépusculaire dense et sublime, ultime volet de la célèbre trilogie de Sergio Leone et dernier film incontournable du cinéaste dans sa version longue
Il aura fallu attendre 13 ans depuis la précédente réalisation de Sergio Leone pour découvrir le dernier film de sa filmographie (le réalisateur est décédé en 1989), Il était une fois en Amérique. Adapté de The Hoods, un livre semi-autobiographique de Harry Grey, (ancien gangster écrivant sous un pseudonyme), le film raconte cinq décennies de la vie de quatre gangsters new-yorkais, amis d’enfance et criminels sans pitié presque depuis leur plus jeune âge, mais unis par un lien de loyauté particulier. Lorsque l’un d’eux rompt ce lien, ou pense le rompre, il est hanté par la culpabilité jusqu’à la fin de sa vie. L’histoire dépeint donc de manière non linéaire trois époques aux Etats-Unis : les ghettos juifs du Lower East Side de Manhattan dans les années 1920, l’exubérance digne de la Prohibition des années 1930, puis les rues sombres et gangrenées du New York post-moderne de 1968. Sergio Leone cherche à capturer chaque époque de New York avec une vérité poétique, tant à la caméra qu’à l’esprit. Le film raconte les débuts de Noodles (Robert De Niro), un petit opportuniste qui sombre dans la petite délinquance violente à l’adolescence puis qui s’enrichit grâce au trafic d’alcool comme beaucoup de gangsters pendant la Prohibition. L’histoire nous emmène plus précisément au début des années 20 lorsque Noodles et son meilleur ami, Max (James Woods), ainsi que trois autres jeunes, font des collectes pour un caïd du Lower East Side. Tous les cinq acceptent de mettre en commun leurs butins grandissant dans une valise glissée dans un casier de gare. Alors que le jeune Noodles purge une peine pour avoir tué un rival et blessé un policier, Max et les autres prospèrent comme contrebandiers au début des années 30. A sa sortie, Noodles prône une activité plus discrète, tandis que Max cherche à accroître son influence, une certaine discorde règne au sein du groupe… Leur relation brisée mène à une trahison et une tragédie stupéfiante, mais elle nourrit également une histoire plus vaste sur l’Amérique du milieu du XXème siècle, un pays souillé par des mains impures.

L’ironie atroce de la situation réside dans le fait que le temps est peut-être (encore une fois) le thème principal du film, et le style caractéristique de Sergio Leone établit dans des classiques comme Il était une fois dans l’Ouest et Le Bon, la Brute et le Truand, consiste à étirer le temps au maximum, en extrayant chaque parcelle de tension et chaque détail des moments cruciaux. Ici la construction narrative est peut-être (ou non), un rêve d’opium, un cauchemar, un souvenir ou simplement un flashback, et où il faut suivre les personnages et leurs relations sur cinquante ans pour essayer de le comprendre. Sergio Leone joue également avec les plans, des gros plans serrés sur les yeux ainsi que des plans d’ensemble étendus dévoilant l’architecture urbaine qui sont de véritables tours de force visuel, marquant l’apogée de son style épique. Ces plans larges maîtrisés confèrent à chaque image une puissance émotionnelle palpable. La dilatation du temps (signature de Sergio Leone) est ici imparable, les scènes muettes et ralenties, renforcent l’idée d’un temps subjectif qui s’étire. Le rendu visuel est enrichi d’une palette chromatique symbolique : des teintes dorées pour les souvenirs d’enfance contrastent avec des tons plus froids dans les scènes adultes, évoquant la nostalgie. Une mise en scène majestueuse et une esthétique travaillée plan après plan nous offre une scène iconique du cinéma, celle des cinq garçons traversant Washington Street devant le pont de Manhattan.

Sergio Leone filme cette déchéance avec une profonde tristesse, sans jamais glorifier la violence. Au contraire, les meurtres et les viols sont montrés dans leur brutalité crue, souvent sans musique, et toujours avec un malaise pesant. Il montre les protagonistes pour ce qu’ils sont : des hommes faillibles, parfois monstrueux, dont les choix sont lourds de conséquences. Dans le rôle de Noodles adulte, Robert De Niro livre une performance magistrale. Tout passe par ses regards et les silences d’un homme rongé par la culpabilité, c’est un personnage profondément ambigu, à la fois criminel et romantique, brutal et mélancolique. Ses interactions avec Deborah (Elizabeth McGovern) incarnent l’idéal inaccessible. James Woods, dans le rôle de Max, incarne à la perfection l’ambition dévorante, et le cynisme de ceux qui sacrifient tout pour le pouvoir. La tension entre Noodles et Max forme l’axe tragique du film, comme une amitié qui se transforme en trahison irréversible. La particularité connue de ce film c’est qu’il en existe plusieurs montages majeurs, chacun ayant une histoire propre. Lors de sa création, Sergio Leone disposait de huit à dix heures de pellicule. Il envisageait deux films de trois heures, mais les producteurs s’y opposèrent. Il réalisa alors une version de 269 minutes mais dut la réduire à 229 minutes pour la présentation au festival de Cannes 1984. C’est cette coupe non linéaire, riche en flashbacks entre les années 1920, 1933 et 1968, qui a reçu une standing ovation de 15 minutes en plus d’être acclamé par la critique européenne. Mais pour le public américain, les distributeurs remodelèrent le film contre la volonté du réalisateur, le montage fut raccourci à 139 minutes, et remis dans l’ordre chronologique, tout en amputant des séquences d’enfance et plusieurs scènes cruciales. Il fut descendu par la critique et le public, certains le qualifiant de pire film de l’année. Même l’incroyable bande originale d’Ennio Morricone fut coupée au montage, ce qui la disqualifia pour les Oscars. De fait, le film lui-même n’a reçu aucune nomination aux États-Unis.

Dans les années 2000, une version de 229 minutes restaurée fut commercialisée en VHS puis en DVD (2003), désormais reconnue comme l’édition de référence. Ce n’est qu’en 2012 et grâce à la fondation de Martin Scorsese ainsi qu’à l’implication de la famille de Sergio Leone, qu’une version Director’s Cut de 251 minutes fut montrée au Festival de Cannes. Il réintégrait environ 24 minutes supplémentaires, mais pas les 269 minutes initialement imaginées, en raison de problèmes de droits et d’images perdues. Cette coupe bien plus complète, bien que certaines scènes restaurées souffrent d’une qualité visuelle inégale, demeure la plus proche et la plus complète de la vision initiale du réalisateur. Impossible d’évoquer le film sans parler de la musique sublime d’Ennio Morricone, véritable cœur émotionnel du film. Le thème principal agit comme un fil conducteur entre les époques, entre l’innocence perdue et les regrets du présent. Collaborateur de toujours du réalisateur, il compose ici l’une de ses partitions les plus poignantes, mêlant tendresse et tragédie. Il était une fois en Amérique est une œuvre unique dans le paysage cinématographique. Ambitieuse et exigeante, mais d’une richesse émotionnelle et visuelle inouïe, il s’impose comme l’un des plus grands films. Sergio Leone nous livre son film testamentaire, en ne cherchant pas à glorifier des hommes violents, mais à raconter l’échec d’un rêve, la perte de l’innocence et le poids du passé. Véritable citadelle cinématographique, mélancolique et monumentale, c’est un chef-d’œuvre absolu et intemporel.

Titre Original: ONCE UPON A TIME IN AMERICA
Réalisé par: Sergio Leone
Casting : Robert De Niro, James Woods, Elizabeth McGovern …
Genre: Policier, Drame
Sortie le : 23 mai 1984
Distribué par: –
CHEF-D’ŒUVRE
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 80








































































































































