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SYNOPSIS : PJ et Josie, deux lycéennes homosexuelles et impopulaires, créent un club de combat pour perdre leur virginité auprès des pom-pom girls. Le club de combat prend de l’ampleur et bientôt les filles les plus populaires de l’école se battent les unes contre les autres au nom de l’autodéfense. Mais le duo se retrouve dépassé et doit trouver un moyen de s’en sortir avant que leur plan ne soit dévoilé.
En 2023, le succès populaire américain n’est pas venu de là où on l’attendait, et pourtant… Lorsqu’en 2020 la réalisatrice Emma Seligman met en boîte son premier long-métrage Shiva Baby – une comédie épileptique filmée comme une crise d’anxiété d’une heure lors d’une cérémonie funéraire juive – son nom est instantanément remarqué à la fois par le public et par la critique. Révélation de sa tête d’affiche également, la comédienne et humoriste Rachel Sennott (que l’on reverra par la suite dans Bodies Bodies Bodies ou encore The Idol), avait d’ailleurs déjà tourné avec Seligman le court étudiant qui a servi d’origine à ce Shiva Baby. Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice américaine retourne sur les bancs du lycée, puisqu’elle retrouve Sennott (cette fois également à la co-écriture du scénario) pour un teen movie camp flamboyant qui, à l’instar de Shiva Baby, a très vite réussi à conquérir le cœur de son public.

Le bien nommé Bottoms raconte l’histoire d’amitié entre PJ et Josie (respectivement Sennott et Ayo Edebiri), deux lycéennes de Rockbridge Falls. Elles sont – et l’on cite le proviseur de l’établissement – des « lesbiennes laides et sans talent« , mais elles ne débordent pas d’ambitions. Quand les deux meilleures amies développent des crushs sur des pom-pom girls, qu’elles se mettent à dos l’équipe de football américain star du lycée et que les rivaux du lycée voisin commencent à s’en prendre aux filles de leur classe, PJ et Josie conçoivent un projet complètement absurde : un fight club 100% féminin pour apprendre à leurs camarades la sororité et la self-défense. Mais la vraie raison d’être de ce fight club n’a rien de féministe, puisque PJ et Josie espèrent séduire les jolies filles du campus pour pouvoir enfin perdre leur virginité…

Bottoms raccroche avec les grands classiques du registre, parmi lesquels la filiation Mean Girls paraît plus qu’évidente, que ce soit dans l’énergie foutraque de ce groupe de personnages féminins comme dans sa suite de situations absurdes et plus folles que nature qui construisent un univers balisé par la bêtise de ses règles de fonctionnement. On y retrouvera aussi un peu du génialissime Booksmart d’Olivia Wilde, ce Supergrave féminin mené par un fantastique duo Kaitlyn Dever/Beavie Felstein, que l’on ne se lasse pas de revoir en boucle depuis sa sortie. De la même façon que ces inspirations, Bottoms s’octroie la possibilité de devenir un objet culte dans le futur, un monument de la comédie camp et queer, notamment grâce à la force colossale de son casting et à la mitraillette de répliques hilarantes dégainées par un scénario brillamment foutraque. Pour son deuxième film, Emma Seligman (28 ans à peine) lâche les chevaux et signe un long-métrage sans paraître et complètement décomplexée, une comédie infaillible et démesurément absurde, conférant un duo au potentiel culte aux deux comédiennes Rachel Sennott et Ayo Edebiri, absolument prodigieuses dans des performances à la fois hilarantes, pathétiques et jubilatoires, qui se servent dans leurs talents comiques, dans leurs timings d’improvisation et dans leur folle alchimie qui ne s’arrête pas une seule seconde durant l’heure trente du film. Bottoms est un pur produit de sa génération dans ce qu’elle a de merveilleux et de détestable, filmant une tempête d’absurde et de trash, racontant l’heure du passage à l’âge adulte en montrant des lycéennes se rouer de coups dans un gymnase. Seligman et Sennott signent un scénario amplement jouissif, s’épanouissant entre les frontières des genres et retournant les codes du traditionnel teen movie pour livrer ce qu’il peut se faire de meilleur dans le registre.

Sennott et Edebiri jouent de leur complicité pour nourrir l’équilibre au centre du film, et pour accompagner le reste du casting qui en a aussi pour son compte puisque tout le monde aura son petit moment de » gloire « . Ruby Cruz ferme le trio qui n’en est pas réellement un (puisque sa Hazel est la voix de la raison du duo de tête, mais elles ne prennent jamais le temps de l’écouter), tandis que Havana Rose Liu et Kaia Gerber sont absolument géniales dans la peau de ces deux pom-pom girls populaires sur qui PJ et Josie lâchent leur dévolu (la première a d’ailleurs le droit à une scène à pleurer de rire dans le diner, lorsque Josie lui annonce la trahison de son petit copain). Le film n’oublie pas non plus les trouvailles narratives côté garçon, puisque Marshawn Lynch campe le prof cool du lycée (mais traumatisé par un divorce récent qu’il prétend cacher alors que tout le monde est au courant), tandis qu’on retrouve un Nicholas Galitzine à hurler de rire dans la peau de Jeff, éternel abruti décérébré à la tête de l’équipe de foot. Au final, le public ne s’y est pas trompé, Bottoms brille dans un genre qui se montre plutôt terne ces dernières années, dégainant une énergie nostalgique 90s dans un contexte moderne habité par les obsessions de la Gen Z pour livrer la comédie la plus pulp et farouche que la génération actuelle pouvait signer. Emma Seligman balance un concentré de cinéma aussi burlesque que dégénéré, empilant des montages sur Avril Lavigne/Bonnie Tyler/King Princess et des scènes de baston au ralenti sur la BO de Charli XCX et Leo Birenberg. Grâce à la photographie impeccable de Maria Rusche et au montage effréné de Hanna Park, Bottoms incarne la comédie queer moderne idéale, un morceau stupide et addictif au potentiel cultissime et à la mémorabilité déjà évidente. Nourri par l’énergie sensationnelle de son casting au diapason qui permet à chaque ressort comique de fonctionner (on pense notamment à cette scène où Josie, après avoir écouté les filles du club livrer leurs émotions, s’invente une vie en prison pour mineurs en reprenant le scénario de Hunger Games sous le regard ému d’Havana Rose Liu), Bottoms est une petite merveille chaotique et inépuisable, qui termine son teen movie dans le feu et le sang avec l’irrévérence fantasque d’une nouvelle génération qui cherche un nouveau souffle dans ses propres inconforts. C’est camp, c’est pop, c’est queer, c’est crade, c’est bête et c’est irrésistible : bref, c’est Bottoms et c’est déjà mythique.

Titre Original: BOTTOMS
Réalisé par: Emma Seligman
Casting : Rachel Sennott, Ayo Edebiri, Ruby Cruz…
Genre: Comédie
Sortie le : 21 Novembre 2023
Distribué par: Prime Video
TOP NIVEAU
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































