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THOSE ABOUT TO DIE (Critique Saison 1) Un sens affuté du grand spectacle…

SYNOPSIS : Rome en 79 après Jésus-Christ : Le centre de l’Empire romain est la ville la plus riche du monde, et l’on assiste à un afflux massif d’esclaves venus de l’empire en expansion pour prendre en charge le travail. La population romaine – ennuyée, agitée et de plus en plus violente – est maintenue dans le droit chemin principalement par deux choses : de la nourriture gratuite et des divertissements spectaculaires, sous la forme de courses de chars et de combats de gladiateurs. Les courses du Circus Maximus sont contrôlées par quatre corporations appartenant à des patriciens, les factions bleue, rouge, blanche et verte, et les actions de ces quatre factions sont les choses les plus précieuses de Rome. Les goûts de la population en matière de divertissement devenant de plus en plus blasés et assoiffés de sang, un stade spécialement conçu pour les combats de gladiateurs s’impose : le Colisée. L’ampleur du stade, des combats de gladiateurs et d’animaux est énorme, tout comme le monde souterrain et ses paris florissants. Sous terre, sous les gradins, des milliers de personnes travaillent et vivent, parmi lesquelles des milliers de personnes qui mourront pour les jeux.

Alors que les dragons des clans Targaryen se font la guéguerre sur HBO dans la saison 2 de House of the Dragon, c’est au tour de Peacock de rentrer dans l’arène des grosses productions épiques combinant trahisons sanglantes, joutes verbales manipulatrices et twists chocs. Tirant son origine du livre de Daniel P. Mannix, remaniant les écrits historiques pour en faire une grande tragédie romanesque, le showrunner Robert Rodat invite les deux réalisateurs Roland Emmerich et Marco Kreuzpaintner à mettre en boîte ce qui promet de marcher sur les plates-bandes du Gladiator de Ridley Scott et de l’héritage de Game of Thrones.

Those About to Die raconte, façon récit choral autour de Rome en 79 après JC, le règne de Vespasien (fondateur de la dynastie Flavien). L’Empereur, vieillissant, doit choisir lequel de ses fils lui succèdera à sa mort. Titus, le militaire, amant notoire de la princesse Bérénice de Judée, ou Domitien, le politique, intellectuel et sadique ? Pendant que le sénat est sous pression, les choses bouillonnent dans la ville. Un certain Tenax, ambitieux gérant des paris liés aux différents jeux offerts par l’Empereur, tente de faire tourner le vent en sa faveur par la création de sa propre faction. Cette révolution dans l’ordre des jeux intervient au moment où trois frères débarquent d’Hispanie pour faire fortune en vendant leurs chevaux, et qu’une famille numidienne se déchire lorsque les deux filles sont vendues comme esclaves à des factions différentes, que le fils est poussé à devenir gladiateur et que la mère les suit à Rome pour tenter de tous les libérer. Dans un climat sensible, à deux doigts du coup d’état, les courses prenant place dans le Circus Maximus puis les combats initiés dans le flambant neuf Amphithéâtre Flavien, centralisent alors l’attention de la foule et des tout-puissants dans un cercle fermé de corruption, de mensonges, d’espoirs et de tragédies…



Tourné dans les célèbres studios de Cinecittà à Rome, Those About to Die offre un spectacle à grande ampleur qui promet monts et merveilles aux fans de Rome ou de Spartacus. A la façon d’une fresque chorale et épique à travers la population romaine et son appétit pour les jeux, Rodat élève les enjeux du genre en proposant à Roland Emmerich (grand habitué des films catastrophes, on lui doit Independance Day, 2012, Le Jour d’Après ou plus récemment Moonfall) de réaliser la moitié des épisodes. La série multiplie alors, le long des 10 épisodes d’1h qui composent cette saison, les séquences de courses de char et les combats de gladiateurs impressionnants, ne lésinant ni sur le sang ni sur la violence graphique. Oui, Those about to Die est un héritier de Game of Thrones, et donne parfois l’impression d’être de retour au temps des premières saisons de l’adaptation de George R. R. Martin tant la série apprécie s’étaler en long, en large et en travers dans différentes représentations de nudité et de représentations charnelles pas forcément indispensables. L’on ressent alors parfois un certain male gaze dans son exécution et dans l’écriture de certaines séquences, ce qui donne à quelques instants un léger mauvais goût de circonstance que l’on finira par excuser…



Car Those About to Die s’avère être une proposition assurément massive, profitant de ses larges décors (même si l’illusion de ses paysages en CGI ne fonctionne que rarement et révèle souvent le pot aux roses du tournage en studio) pour y faire vibrer ses personnages et leurs storylines respectives. En traitant à la fois d’intrigues politiques (l’Empereur Vespasien est face à des décisions primordiales pour le futur de Rome, alors que ses deux fils se tirent la bourre), de relations fraternelles (la famille numidienne de Cala est scindée par la violence de Rome, les trois frères Corsi sont aussi amenés à se confronter au sujet de leur place au sein des jeux), de liens personnels tissés envers et contre tous (les deux gladiateurs Kwame et Viggo deviennent des frères d’armes) et de desseins calculés dans l’ombre de l’autorité de l’Empire (Tenax tire les ficelles des paris à son avantage, fait face à son passé tragique puis s’ambitionne pointure de la puissance de Rome), Those about to Die s’épanouit sur tous les tableaux avec plus ou moins de réussites (certains passages de l’intrigue semblent parfois un peu cousus de fils blancs ou romancés pour tenir en 10 épisodes sans demander à son spectateur d’être un doctorant en étude de l’Antiquité) grâce à son sens affuté du grand spectacle, à ses propositions visuelles sidérantes, à son rythme tendu et à son appétit pour les tragédies déchirantes. A la fois poétique, cruelle, impressionnante et too much, cette saison saisit les excès de Rome avec intérêt et ampleur, même s’il on ressent parfois un manque de panache qui aurait pu l’élever au rang d’héritier non négociable de Rome ou de Game of Thrones.


Néanmoins, la tâche des comédiens et comédiennes qui viennent construire le forum romain est accomplie haut-la-main, sous l’égide évidemment grandiose d’un très bon Anthony Hopkins dans la peau de cet Empereur en fin de course. On trouve, dans la peau de ses deux fils aux caractères opposés, Tom Hughes et Jojo Macari (le premier est calme et réfléchi, le second est imprévisible et manipulateur), mais c’est bien Iwan Rheon qui tire son épingle du jeu – troquant l’horrible Ramsay Bolton de Game of Thrones pour venir ici tenir le rôle du chef-d’orchestre et narrateur Tenax d’une main de maître. Le reste du casting s’appuie sur une recherche multi-ethnique et pluriculturelle pour représenter le melting-pot romain, et on y retrouve pêle-même la franco-portugaise Sara Martins, les américain Moe Hashim et Lara Wolf, l’islandais Jóhannes Haukur Jóhannesson, l’italienne Gabriella Pession, le britannique Dimitri Leonidas et les espagnols Pepe Barroso, Gonçalo Almeida et Eneko Sagardoy… Si Those about to Die manque d’équilibre à de nombreux égards et semble un peu fragilisé par l’ampleur de sa propre ambition, elle offre également un spectacle rare et précieux, aussi vertigineux que saisissant, une sorte de Game of Rome baignant dans le sang et les coups bas. On pourrait attendre d’une telle promesse encore plus que ce que cette saison nous a offert, mais cela serait cracher dans la soupe, et l’attente curieuse et anxieuse de Gladiator II nous a ouvert un appétit que Rodat, Emmerich et Kreuzpaintner se font un malin plaisir à combler.

Crédits : Prime Video

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