Critiques Cinéma

FERRARI (Critique)

SYNOPSIS : C’est l’été 1957. Derrière le spectacle de la Formule 1, l’ancien coureur Enzo Ferrari est en crise. La faillite menace l’usine que lui et sa femme, Laura, ont construite à partir de rien dix ans plus tôt. Leur mariage instable a été ébranlé par la perte de leur fils, Dino, un an plus tôt. Ferrari a du mal à reconnaître son fils Piero avec Lina Lardi. Pendant ce temps, la passion de ses pilotes pour la victoire les pousse à la limite alors qu’ils se lancent dans la périlleuse course de 1 000 miles à travers l’Italie, la Mille Miglia.

Dans la série « Adam Driver avec un accent italien à la tête d’un biopic mis en scène par un réalisateur de renom« , Ferrari fait la part belle au Ferrari originel, à savoir Enzo, « Il Commendatore », fondateur de la célèbre firme automobile et de ses premiers exploits mécaniques. Projet de cœur pour Michael Mann, qui aura erré dans le « Development Hell » depuis 2015, ce nouveau long-métrage s’intéresse à une période précise de la vie de son protagoniste éponyme. Galvanisé par le succès du Ford Vs Ferrari de James Mangold et habité par la structure du House of Gucci de Ridley Scott, ce Ferrari finit alors par rouler en ligne droite, malgré quelques crashs. Le film raconte l’année 1957 de la firme automobile. Enzo Ferrari est en crise avec sa femme Laura depuis le décès de leur seul fils, Dino, alors que leur entreprise tourne en semi-régime. En parallèle, Enzo élève un fils, Piero, qu’il a eu quelques années auparavant d’une liaison avec son amante Lina Lardi, mais qu’il hésite à reconnaître. Alors que les difficultés financières se font cruellement ressentir et mettent à mal l’empire Ferrari, Enzo rassemble une équipe de pilotes pour concourir pendant la mythique Mille Miglia.


Par son contexte temporel qui le limite à une courte période de quelques mois seulement, il est difficile de catégoriser ce Ferrari comme un biopic, tant il essaye moins de dépeindre le parcours de son protagoniste que de représenter un tournant majeur de l’industrie automobile. La mise en scène de Michael Mann accompagne cette idée, restant particulièrement sobre et à hauteur de personnages lorsqu’elle n’embarque pas de caméras lors des quelques séquences de course. Au final, mis à part quelques pics émotionnels et narratifs qui ponctuent le récit, ce Ferrari tourne selon une mécanique bien rodée – probablement trop rodée – qui empêche le film de faire plus qu’un résumé exhaustif des évènements de l’été 57. Et pourtant, le scénario de Troy Kennedy-Martin (qui s’inspire du livre Enzo Ferrari de Brock Yates) touche souvent du doigt des perspectives intéressantes, notamment lorsqu’il traite de la relation houleuse entre Enzo et Laura, de la perte de leur unique fils et des ressorts toxiques qui mènent à la fameuse scène tragique du dernier tiers. Ferrari essaye de dépeindre tous les aspects de la vie de son personnage principal pendant ce court laps de temps, mais peine à soulever in fine un véritable propos, si bien qu’on a souvent du mal à voir où le film veut en venir.


Mais loin d’être complètement inutile, ce nouveau Michael Mann – s’il laisse malheureusement en demi-teinte – explore un certain rapport à la mécanique, à la fois dans sa structure narrative et dans le traitement de ses personnages. Certains comédiens se retrouvent alors plus ou moins à la merci de cette machine (Adam Driver et Shailene Woodley, qu’on adore évidemment, manquent d’une vraie perspective dans leurs performances), alors que d’autres en profitent pour élever le sens du récit (on pensera notamment à Penélope Cruz, aérienne dans ce rôle complexe et torturé).

Sous la tutelle d’une photographie exécutée avec soin par Erik Messerschmidt (collaborateur de Fincher depuis Mank), qui s’intéresse également à une certaine texture visuelle, à la fois graineuse et organique, Ferrari s’avère quelque peu dans une impasse, malgré ses pistes relativement fraîches et ses séquences mémorables. Michael Mann signe un film somme toute agréable, mais malheureusement pas assez porté d’une vraie perspective narrative. On se retrouve face à un objet presque statique, poussé par un dispositif implacable qui s’incarne presque essentiellement dans le mécanique. Par la peinture parfois austère qu’il fait de son Commandatore et de la chute anticipée de son empire en filmant les déboires de sa vie personnelle, Ferrari fournit une carrosserie d’une qualité presque indiscutable bien qu’elle dérange par son manque de patine et son aspect cyclique qui oublie parfois que son essence se trouve dans l’humain plus que dans la voiture.

Titre Original:  FERRARI

Réalisé par: Michael Mann

Casting: Adam Driver, Penélope Cruz, Shailene Woodley …

Genre: Biopic, Drame

Sortie le: 8 Mars 2024

Distribué par:  Prime Video France

BIEN

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