Critiques

SEPTIÈME CIEL (Critique Saison 1) On prend son pied !

SYNOPSIS: Quand Jacques est placé en résidence pour personnes âgées par sa fille Isabelle, il pense qu’on l’envoie dans un mouroir. Il est loin de se douter qu’il va y rencontrer Rose, la désirer et être désiré comme jamais. À presque 80 ans, tous les deux redécouvrent le plaisir physique et s’aiment comme deux ados. Cette véritable fusion des corps va bouleverser leur entourage, questionner la libido de chacun et provoquer le chaos dans la résidence. Leurs enfants respectifs sont déroutés de voir leurs parents s’amuser plus qu’eux. Et la direction panique devant ce vent de liberté et de cul.

C’est bien 10 % des résidents de maison de retraite qui ont une sexualité, et qui plus est une sexualité épanouie. Peut-être aussi, car comme le dit la série « Face au déclin, il y a urgence à s’aimer et à vivre encore plus fort « . Dans Septième ciel, les corps ridés et flasques sont magnifiés, deviennent beaux et désirables. C’est montré sans abus, et pas non plus dissimulé. C’est finalement à l’image d’une série qui touche la justesse dans tout ce qu’elle démontre. Juste, Rose et Jacques (rappel à Titanic ?) s’aiment et prolongent l’ardent sentiment par la rencontre des corps, le plaisir charnel, avec un orgasme, qui de toute façon ne connaît pas d’âge. Car assez vite, avec Septième ciel, on sort des clichés que l’on pouvait redouter avec des vannes qui auraient été tellement prévisibles et lourdes sur le grand âge et le sexe. Ce n’est pour autant jamais pathos ou larmoyant. C’est à nouveau une profonde justesse dans le maniement et l’alternance de l’ironie et de l’émotion. Et puis justement des répliques qui claquent. Au sein de la résidence, l’hilarante Elsa, stagiaire wesh wesh, qui trouve un flingue dans les buissons, en visio avec sa pote qui lui demande si le gun est chargé. Alors elle regarde dans le canon :  » Ben non je crois pas « , pointant le flingue sur elle-même !! On est dans l’immédiateté de la pensée, et sans se mettre à dos toute une génération, la vérité n’est pas très éloignée. Mais justement, le parcours d’Elsa sera ensuite particulièrement intéressant à scruter.

Dans Septième ciel, on retrouve un peu l’énergie de l’excellent Irresponsable (2016). C’est fun, sans en faire trop, la narration est réaliste mais on se marre, l’empathie est évidente. En clair, on passe un très bon moment. D’autant que les situations loufoques, notamment dans la première partie, s’enchaînent sur un beau rythme et avec une écriture mordante, entre le flingue d’Elsa qui se ballade, la médiation animale pour les résidents, avec des animateurs bien dogmatiques sur la vie intérieure des lapins de petite taille, et non des lapins nains, car ils pourraient mal le prendre… Chaque résident a son petit lapin dans les bras :   » Allez, on se reconnecte avec son lapin » qui cherche le sein car il n’est pas sevré. Quand il défèque sur Jacques, qui s’en agace, le défenseur de la cause animale lui rétorquera : « C’est un cadeau qu’il vous fait« … Finalement, tout est un peu comme ça, dans ce décalage permanent entre différentes humanités. C’est cocasse et poignant tout à la fois.

Du poignant justement quand Rose dit à Jacques : « Tu sais que y’a plein de façons de faire l’amour… Regarde moi dans les yeux, ben tu vois, là, on fait l’amour« . Il est donc question dans Septième ciel de sensualité, de romantisme, de sentiments et de corps qui ne sont pas que des objets que l’on déplace, soigne et lave. Évidemment, les autres autour, les adultes, les non vieux, vont s’agiter, s’affoler. Dérangés que nous sommes dans nos représentations, clichés et autres interdits. Et pourtant, le sexe est très certainement le grand oublié de la première écriture des besoins physiologiques de la pyramide de Maslow… C’est rectifié depuis, ouf !!!

Le lien entre Rose et Jacques fait penser aux amoureux qui se questionnent ainsi : « On va s’aimer comme des adultes ? Non, pour de vrai…« . Une autre pépite entendue qui donne de l’envie pour cette série et dit beaucoup de son éloquence : « On parle toujours de la première fois, mais on ne pense jamais à la dernière« . De la poésie qui fait du bien, en totale prise avec son époque. Au registre du casting, Féodor Atkine est un incroyable Jacques dans la variété des émotions qu’il livre entre son caractère hautement désabusé qui se sent inutile, son cynisme absolu, avant de devenir un véritable jeune premier amoureux transi. Quand on aime, on a toujours 20 ans… est une affirmation qu’il fait vivre avec une vérité bluffante et tellement plaisante. Dans le rôle de Rose, Sylvie Granotier n’est pas en reste. Son espièglerie et ses valeurs donnent un mix là aussi très authentique dans ce qu’exprime l’actrice. Elle est touchante dans sa détermination à vouloir y croire toujours. Une mention spéciale à Justine Lacroix, dans le rôle de la stagiaire Elsa, qui oscille entre superficialité et profondeur, elle devient papillon et nous éclate de sa candeur, de son sens du loufoque et du burlesque. Une vraie révélation elle aussi. Incontestablement, devant l’intelligence de Septième ciel, dans sa mise en scène (signée Alice Vial), son écriture (scénario de Clémence Azincourt, Alice Vial et Clément Marchand), sa narration, son jeu : on prend son pied !!

Crédits: OCS

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