ENTRETIENS

Entretien avec Félix Lefebvre pour La Passagère : « On était dans un cadre de grande bienveillance avec Héloïse. »

Révélé au grand public par Été 85 de François Ozon, Félix Lefebvre trouve un très beau rôle face à Cécile de France dans La passagère d’Héloïse Pelloquet. Rencontre avec un jeune homme talentueux qui prend son temps.

Comment êtes-vous arrivé sur La Passagère ?

J’avais entendu parler du projet mais Héloïse m’avait vu dans Été 85 et comme le personnage est très différent elle ne m’imaginait pas dans le rôle. Avec un peu de temps j’ai réussi à passer le casting, elle a vu mes essais et ça lui a plu, on s’est rencontrés et c’est allé assez rapidement… Jouer en face de Cécile de France ça ne se refuse pas et Héloïse j’avais vu ses courts métrages avant et ils sont extrêmement doux, sensibles et beaux et ça donne envie d’être filmé par cette réalisatrice et le scénario était très fin et sensible et ça m’a emballé.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans le personnage de Maxence ?

Son courage, son audace et je n’avais jamais joué jusqu’ici un personnage qui a autant d’assurance et de témérité et d’envie. Il a envie de croquer le monde, il découvre la vie et il fait preuve d’un véritable aplomb. C’est un personnage auquel j’aimerais bien ressembler dans ma vie de tous les jours.

Maxence est issu d’une famille bourgeoise et il se confronte à un travail physique très difficile. Est-ce que vous y avez vu un sous texte sur la lutte des classes ?

Ce n’est pas le sujet principal mais c’est quelque chose qui est traité et c’est aussi quelque chose qui impacte leur jeu de séduction. C’était intéressant de voir comment par leurs différences de classe, ils peuvent avoir des préjugés les uns sur les autres et comment quand l’amour arrive, on oublie la différence de classe. Ça montre que leur amour est plus profond que les à priori qu’on peut avoir.

Justement Maxence est jeune et on peut s’attendre à le voir vouloir s’amuser alors que pas du tout…

C’est un personnage qui est très sensible, qui ne triche pas sur ce qu’il ressent. Cette sincérité là m’intéressait car elle permettait de donner plus de profondeur au personnage que ce ne soit pas juste un petit minot qui va draguer et qui va s’arrêter à un besoin de séduction.

Comment s’est déroulé le tournage ? Vous avez dû apprendre des gestes précis à reproduire à l’écran par exemple ?

On a fait un stage avec un marin-pêcheur qui nous a montré les vrais gestes. C’est très difficile, c’est dur physiquement et en fait on se rend compte de la difficulté de ce métier. Nous on faisait ça à trois mais lui dans la vie il est tout seul. Il y avait aussi un enjeu de danger qui faisait qu’il fallait être extrêmement concentré car un accident est très vite arrivé. J’ai également préparé de mon côté le hautbois dont je ne jouais pas du tout. C’est un instrument très complexe et c’était hyper important pour moi que ce soit crédible, d’autant qu’elle m’a demandé de jouer du Schumann donc il fallait aussi être à la hauteur. J’ai aussi fait du sport pour me sentir bien dans mon corps pour avoir l’aisance physique de me dire que j’ai cette audace-là et ce courage qu’il a lui.

Vous appréhendiez au moment où vous avez décidé de faire le film, les scènes sur le bateau. Vous ne vous êtes pas dit que vous vous embarquiez dans une galère ?

Au contraire, c’est un des trucs qui m’a le plus excité, d’être dans le feu de l’action. Ça sort vraiment du quotidien et justement moi c’est ça qui m’attire et ça m’a excité beaucoup.

La rencontre à l’écran avec Cécile de France semble couler de source. Comment s’est passée votre collaboration ?

On a une manière de travailler qui est similaire qui est de se donner à 100% pour nos personnages et de ne pas se poser de questions et d’être vraiment au service du metteur en scène. C’est venu naturellement et elle est tellement humble et travailleuse… On était tellement investis on aimait tellement chacun nos personnages et cette histoire que c’était hyper naturel et agréable.

Vous vous êtes senti en symbiose avec elle professionnellement ?

Oui dans le jeu c’était une évidence alors que quand j’ai reçu le scénario je me disais comment préparer mon personnage pour que ce soit crédible et quand je suis arrivé sur le plateau c’était évident. C’est la plus belle chose qui puisse nous arriver sur un tournage.

Comment avez-vous appréhendé les scènes d’amour ?

On était dans un cadre de grande bienveillance avec Héloïse. Elle a un regard très doux, très sensible, très pudique et elle avait décrit beaucoup les scènes d’amour, on savait exactement ce qui allait se passer et il n’y avait pas de malaise de savoir ce qu’on allait faire de nos corps, de comment on allait se toucher. On savait exactement le déroulement et ça nous a permis de nous lancer totalement avec tous les deux cette même envie de réussir ces scènes qui ont une importance dramaturgique fondamentale et qui racontent en plus quelque chose, il y en a trois, quatre et à chaque fois ça raconte quelque chose qui est très précis au moment de leur relation et après on met son ego de côté, on ne se juge pas. Il y a une petite appréhension au moment de la première et après c’est bon, on se fait confiance et on y va.

Comment définiriez-vous Héloïse Pelloquet comme réalisatrice ?

Unique, singulière, sensible, élégante et extrêmement talentueuse. Elle a un regard sur l’acteur qui est posé et qui n’appartient qu’à elle et je pense que tout acteur va rêver de travailler avec et Cécile et moi, on rêve déjà de retravailler avec elle.

Qu’est-ce que vous attendez personnellement d’un metteur en scène ?

J’attends qu’il me déplace en tant que comédien. Moi je vais ramener ma vision et j’attends qu’il me transporte dans son univers. En tant que comédien, j’ai toujours envie d’arriver le plus modulable possible, j’ai extrêmement travaillé et j’ai une vision très précise du personnage, mais après j’ai envie d’être une sorte de matière que le metteur en scène peut modeler comme il l’entend. J’ai envie qu’ensemble on découvre quelque chose de nouveau sur moi…

Comment s’est passé la collaboration avec les acteurs non professionnels ?

Ils ont moins d’expérience mais ils ont été castés parce qu’ils arrivent à être naturels devant une caméra. C’est à nous de nous greffer à leur univers, ça demande une écoute encore plus précise et c’est vraiment une leçon de jeu. Ils ont préparé ce rôle toute leur vie…

Depuis 2019 on ne vous a pas vu à l’écran à outrance puisque vous avez tourné seulement 5 films. On a l’impression que vous prenez votre temps en choisissant avec soin vos projets. Comment s’opère vos choix et avez-vous un plan de carrière ?

Je n’ai pas de plan de carrière car on ne sait jamais les scénarios que l’on va recevoir, mais la seule chose à laquelle je fais vraiment attention c’est de ne pas m’enfermer dans un rôle. Dès que je recevais quelque chose qui pouvait être une redite, je n’avais pas envie d’y aller. Je préfère prendre mon temps et continuer à créer moi-même mon envie de tourner et attendre le bon projet pour y aller à 100%. Sinon je préfère attendre.

En 2023 vous retrouvez François Ozon pour Mon Crime. Qu’est-ce que vous pouvez nous en dire ?

Déjà François c’est quelqu’un de tellement important pour moi que j’y serais allé pour faire n’importe quoi. C’est un film choral avec plein de comédiens tellement excitants, c’est une grosse comédie dans la veine de Potiche et Huit femmes. C’est un registre très théâtral que je n’avais jamais fait au cinéma donc ça me faisait un peu peur mais ça m’excitait énormément de sortir un petit peu du naturalisme. Ce n’est pas un gros rôle mais c’est un personnage hyper espiègle et ça m’intéressait vraiment de le faire et je n’ai pas hésité.

Quels sont vos autres prochains projets ?

J’ai tourné un film avec Virginie Efira de Delphine Deloget. Physiquement je n’ai jamais autant changer mon corps que pour ce rôle. Sinon je tourne fin janvier un film de Morgan Simon avec Valeria Bruni.

Propos recueillis par Fred Teper

Un grand merci à Marie Queysanne et Samuel qui ont permis à cette interview de se faire.

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