Critiques Cinéma

NINJA KIDS (Critique)

SYNOPSIS: Les trois enfants de Sam Douglas, agent du FBI, sont kidnappés par le redoutable Hugo Snyder, notoire trafiquant d’armes. Mais c’est sans compter sur les ressources des jeunes gens, initiés par leur grand-père a l’art guerrier des Ninjas. 

Là, pour l’occasion, on passe en mode «  retour en enfance « . Une époque bénie pour les trentenaires d’aujourd’hui, longtemps biberonnés aux nanars 90’s pour mioches, aux mangas les plus décomplexés et aux vieux jeux de baston sur les premières consoles Nintendo. Et parmi tous les divertissements honorés par Sa Sainteté la VHS, quelques-uns n’ont pas manqué de faire chauffer le magnétoscope plus que de raison. Devenu instantanément culte pour sa jaquette rouge et sa popularisation des « Ayaaa ! » dans les cours de récréation, Ninja Kids en fait fièrement partie, à la fois remake supposé d’un obscur film taïwanais de 1986 (Kung-Fu Kids) par l’une des filiales du groupe Disney et premier épisode d’une saga qui en comptera quatre (on vous supplie à genoux d’éviter le dernier, où une Loni Anderson avec fouet et cuir mettait à genoux Hulk Hogan !). Revoir le film dans sa VF d’origine (bon sang, ces doublages !) et dans des conditions on ne peut plus idéales (une copie HD traîne toujours sur YouTube !) a quelque chose d’une très rigolote madeleine de Proust sur laquelle toute objectivité risque fort de ne pas peser bien lourd. Du coup, autant laisser fissa à cette dernière l’honneur d’entamer le combat sur le tatami critique, histoire de s’échauffer sur les défauts évidents d’un nanar bon enfant – rien de péjoratif là-dedans.



Inutile de passer des heures à essayer de saisir pourquoi le mot « ninja » apparaît dans le titre et se retrouve répété un mot sur cinq tout au long du scénario, puisque la véritable définition du mot ne prend ici jamais racine. Que le ninja soit avant tout un mercenaire-espion-assassin issu de la période de Sengoku, que sa mission consiste moins à distribuer des coups de latte qu’à s’infiltrer et à se faufiler (traduction littérale du mot « shinobi », synonyme de « ninja ») et qu’il n’ait rien à voir avec de jeunes karatékas en kimono coloré entraînés par un vieux sage qui prétend former des ninjas et pas des assassins (rires), tout ça, les scénaristes n’en avaient cure. Esquiver le zéro pointé en ninjutsu au profit d’un sous-Karate Kid était donc la règle de base d’un spectacle bon enfant qui exhibe sans honte sa vision niaise – et clairement américanisée – de la culture asiatique et des arts martiaux. Les « noms de ninja » des trois mioches n’ont ici rien de nippon (Rocky, Mustang et Ram-Dam !), la philosophie imposée au forceps est de ne pas se battre quand on n’est pas sûr de gagner (ce que la scène du match de basket et l’esquisse du duel face à un molosse ne cessent de contredire), et bien sûr, toute violence est expurgée au profit du seul spectacle enfantin. Ici, on apprend le karaté en explosant des pots de fleurs, on bricole du nunchaku avec les moyens du bord, on castagne du vilain pas sympa à grands renforts de CD et de pizzas, on se la joue Maman j’ai raté l’avion quand trois loubards avec le QI d’une moule tentent de nous kidnapper à la maison, on encourage le sous-Pat Morita qui nous sert de grand-père quand il doit se farcir le bad guy de l’intrigue, et on finit par défoncer le pif des cailleras qui jouent les terreurs sur le chemin de l’école.



Mais que valent de telles remarques dans la mesure où le résultat, exempt de toute prétention et modeste à tous les niveaux de fabrication, ne cherchait en aucun cas à tromper son public ? Est-il trop facile de vanter le facteur sympathie d’un film avec la seule condition de débrancher son cerveau et de ne pas chercher à théoriser quoi que ce soit ? En l’état, on ne se sentira pas coupable d’un quelconque déni de l’exercice critique, et ce parce que le résultat tient encore étonnamment la route. Mis en scène et monté avec juste ce qu’il faut de dynamisme, Ninja Kids est le travail d’un réalisateur appliqué – et pourtant encore débutant – qui mise tous ses jetons sur la gestion constante du rythme (trépidant) et de l’humour (omniprésent). Deux critères face auxquels toute velléité d’analyse se mange le gong en pleine face, qui plus est dans un récit archétypal en trois parties (initiation + mise à l’épreuve + climax) au-dessus duquel plane assez souvent l’esprit décontracté et enfantin de certaines productions John Hughes. A titre subjectif, l’ajout de bruitages cartoonesques pendant les scènes de baston et la configuration du troisième acte tout entier (un énorme cargo revisité à la manière d’un jeu de plateforme grandeur nature) ne trompent pas sur la nature du projet. Il convient donc de juger et de savourer Ninja Kids pour ce qu’il est : un spectacle pour gosses karatékas en herbe qui compresse en 1h30 tout ce que l’on en droit d’attendre de lui. Son joli score au box-office ne fut que justice.



La suite ne fut hélas pas des plus glorieuses pour ses participants, surtout si l’on s’intéresse au casting. Autrefois remarqué chez Michael Cimino (L’Année du Dragon), Bernardo Bertolucci (Le Dernier Empereur) et même John Carpenter (Les Aventures de Jack Burton, Prince des Ténèbres), le regretté Victor Wong finira sa carrière en jouant à nouveau ce papy formateur de ninja dans les trois films suivants de la saga. Quant à ses trois jeunes disciples, aucun n’aura réussi à percer hors de cette saga, même si Max Elliot Slade (interprète de Mustang) se fera remarquer en fils de Tom Hanks dans Apollo 13. A l’inverse, le réalisateur Jon Turtletaub a depuis fait bien du chemin. Suite à ce premier succès, il aura poursuivi avec l’inoubliable Rasta Rockett (autre exemple de comédie ultra-culte où l’humour et le rythme sont en équilibre redoutable), les très oubliables Phénomènes et Instinct, trois nanars avec Nicolas Cage (L’Apprenti Sorcier et les deux Benjamin Gates) ainsi que l’inénarrable The Meg avec Jason Statham ! Drôle de parcours, c’est sûr…

Titre Original: 3 NINJAS

Réalisé par: Jon Turteltaub

Casting : Victor Wong, Michael Treanor, Max Elliott Slade …

Genre: Aventure, Action, Comédie

Sortie le: 02 Juin 1993

Distribué par: –

BIEN

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