Critiques Cinéma

CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGÈRE (Critique)

SYNOPSIS: Une mère célibataire et un homme marié deviennent amants. Engagés à ne se voir que pour le plaisir et à n’éprouver aucun sentiment amoureux, ils sont de plus en plus surpris par leur complicité… 

L’inspiration de son réalisateur provient d’Eric Rohmer, car tout comme son maître, Emmanuel Mouret excelle sur la tentation, le désir, la littérature dans les dialogues et l’épure dans la mise en scène. Emmanuel Mouret est sur son thème, déjà largement disséqué dans notamment Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait  (2020) avec entre autre ce qu’il semble ériger comme une rare vérité dans un abyme d’incertitudes, à savoir que l’amour c’est toujours un peu l’envie de ce que l’on ne peut avoir. Une assertion qui va forcément compliquer les situations affectives et provoquer des mensonges, des tromperies. Emmanuel Mouret aime bien les titres programmatiques et donner de la profondeur à la légèreté. Sauf que dans cette Chronique d’une liaison passagère, l’histoire va se resserrer et se jouer dans une triangulation amoureuse assez surprenante, dont on dira peu, mais qui repose de toute façon là aussi sur l’adultère de Simon (Vincent Macaigne), ça on le sait de suite. En effet dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait , c’était un chassé-croisé amoureux impliquant de multiples protagonistes, ex, actuels et futurs. Ici, ils seront deux puis au final peut-être trois… vous verrez… Le style est toujours aussi direct, les personnages de Mouret disent à voix haute tout ce qu’ils pensent de l’amour, du sentiment amoureux, de la passion. Pour autant, il demeure cette force du non-dit et du dialogue plus corporel. A plusieurs reprises, Simon va affirmer des choses et son corps dire le contraire. Au-delà des qualités stylistiques littéraires bien identifiées d’une véritable » patte Mouret« , le film s’inscrit aussi dans un cinéma physique, dans notamment un mouvement permanent. Le couple aime être juste tous les deux, intellectuellement et physiquement. Ils aiment beaucoup se retrouver, parler et aiment aussi beaucoup la façon dont « ensemble« , ils font l’amour.


Ce qui est ici particulièrement intéressant, se situe dans l’évolution de cette relation, entre une forme de banalisation badine initiale, et une montée progressive du sentiment passionnel ensemble, et de manque séparément. Ils continuent à nier l’importance de la place de cette relation dans leurs vies respectives, se mentent bien sagement à eux même, avec le spectateur comme témoin privilégié de ces auto-accommodements avec la vérité du cœur. Il y avait l’engagement de ne pas s’engager. C’est alors la valse-hésitation, l’indécision en étendard, le non choix permanent, tellement peur de faire mal, de faire du mal. C’est comme une maladresse touchante. La mise en scène est à cette image, le mouvement est quasi permanent, pour une succession de vignettes, de promenades urbaines, de plan multiples sur les deux muses. Avec toujours ce sens du rythme très poétique propre au réalisateur, qui nous fait à nouveau goûter le sel de l’amour tout en douceur classique musicalement. En effet, beaucoup de Mozart, et notamment ce qui musicalise singulièrement la romance du couple, la sonate numéro 11… Du bonheur léger si essentiel… Ce qui n’empêche pas d’entendre très vite dans le film La javanaise version Gainsbourg Greco (1963) et aussi Je t’aime moi non plus (1969), toujours de l’ami Serge, avec cette fois ci la délicieuse Jane Birkin.


Sur le casting, Emmanuel Mouret, sans avoir écrit les rôles sur mesure, ne pouvant savoir à l’avance si le scénario allait parler à Sandrine Kieberlain et Vincent Macaigne, ou même s’ils seraient tout simplement disponibles, mais avait la grande envie de voir les fantaisies respectives des deux acteurs fonctionner ensemble. Sandrine Kiberlain magnifie ici ce qu’elle sait tellement bien faire. Sensible et drôle à la fois, légèreté et profondeur en même temps, avec comme le soulignait son cinéaste une fantaisie bien à elle. Une présence charnelle et chaleureuse, comment ne pas tomber amoureux d’elle en général et de son personnage dans ce film en particulier…. Vincent Macaigne continue à envahir l’écran et d’irradier dans tout ce qu’il fait. Sa sensibilité est extrême, il ne donne plus l’impression de jouer, mais d’être, c’est impressionnant. Sa maladresse est ici une arme de séduction massive, il est terriblement séduisant et attendrissant. Le duo avec Sandrine est magnétique, total.


Si on ne dévoilera pas réellement l’identité de ce personnage pour vous laisser pleinement bénéficier de ce que le film apporte à peu près à mi-chemin de rebondissement, l’interprétation de Georgia Scalliet est d’une grande élégance. Très délicate, c’est également un petit bonheur. Au final, Chronique d’une liaison passagère s’il ressemble et rassemble dans sa mise scène a tout ce qui a pu nous faire chavirer dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, ne touche pas à la même complexité, du fait notamment sans doute du caractère plus resserré de son récit. Pour autant, le moment est harmonieux, subtil, et véritablement très charmant.

Titre original: CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGÈRE

Réalisé par: Emmanuel Mouret

Casting: Sandrine Kiberlain, Vincent Macaigne, Georgia Scalliet …

Genre:  Comédie dramatique, Romance, Drame, Comédie

Sortie le: 14 Septembre 2022

Distribué par : Pyramide Distribution

TRÈS BIEN

 

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