Critiques Cinéma

SANS FILTRE (Critique)

SYNOPSIS: Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de vénements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

Déjà dans The Square (2017), le réalisateur Ruben Östlund s’en prenait bien méchamment aux ultra-riches, et avec une telle maestria qu’il en avait reçu la Palme d’Or au Festival de Cannes, l’année de sa sortie. Triangle of Sadness ou Sans filtre pour le titre français qui va fort à propos porter son nom car il va déployer une férocité qui pourrait bien devenir légendaire, tant le film est d’une extravagance détonnante, et complètement fêlé dans son propos. Sans filtre est un véritable délire hallucinatoire visuellement, un OVNI fou pour notamment une orgie de vomi inoubliable. Sauf qu’ici ce vomi à l’odeur du Chanel Numéro 5, pour des grands bourgeois et autre jet setteurs incultes, tournés en ridicule sur un mode bravache et sadiquement vache. A défaut d’être contaminés par le phénomène en chaîne gastro buccal, grâce au pare-feu de l’écran de cinéma, on explose de rire chaque seconde, pour ce qui demeure certes une vaste blague, mais aussi et surtout une fantastique dénonciation anarchique punko-marxiste de la hiérarchie sociale. Complètement jubilatoire de voir ainsi crassés les tenants absolus du paraître excessif, qui n’est pas autre chose que le plaisir des vrais moches. Dans le Yacht, transformé en bateau ivre, façon pugilat flottant, le spectateur va être mis à presque autant rude épreuve que les passagers, car le délire sera vomitif, mais pas uniquement, sans entrer dans trop de détails scatos.


Entre les maux multiples qui vont faire au sens littéral mais non propre du terme, exploser les toilettes, et les échanges géo politiques à la pince à épiler sur le fonctionnement du monde au service de la classe dominante, le tout, micro du yacht ouvert, entre un client russe capitaliste et le commandant américain communiste… la crise de rires est inarrêtable, inaltérable, inratable… L’irrévérence est crasse, un peu dégueu, mais le sens du subversif déployé par Ruben Östlund, est un bonbon goût dégueulis à la truffe. Ce qui se passe sur le yacht ne restera pas sur le yacht. Un ensemble complètement prolifique en terme de running gags qui n’est pas sans rappeler le style burlesque et l’apologie du non-sens des Monty Python, notamment dans Le sens de la vie(1983). Sans spoiler la divulgation de la mort qui tue, certains passagers se retrouvent sur une île et vont mettre en pratique le débat internationaliste entendu plus haut, sur précisément les enjeux de pouvoir. Une fois le bateau au fond de l’eau, la bascule est une régalade, quand la cheffe de la navigation tente de ramener à sa condition la responsable de la propreté des WC sur le yacht… cette dernière lui répond : « Il est où là le yacht ? » C’est l’abolition des privilèges une fois le yacht six pieds sous mer, la fin de la hiérarchie, le commandement d’une dictature revancharde.


Un peu comme quand Rick Grimes dans l’épisode 13 et dernier de la saison 2 de The Walking dead (2010), d’une série dans son meilleur moment, balance : « Si vous décidez de rester, sachez que ce n’est plus une démocratie« . Un apprenti dictateur était né, marquant un tournant. Ici c’est l’ancienne prolo femme de ménage du Yacht qui nous fait trop marrer et flipper dans l’émergence d’un totalitarisme sous forme d’une vengeance de classe, faisant passer le père de la nation Kim Jong-Un pour un playmobil dans un évier… Un autre pouvoir va s’installer, réduit à l’état animal, de la bouffe contre du sexe, retour aux fondamentaux, au basique, on est à Lascaux !! Le reste se vivra plus qu’il ne se raconte, mais clairement, nous sommes ici devant un film qui ne se prend évidemment pas au sérieux, de par sa glorification du gore qui sort par tous les pores, mais par la virtuosité d’une mise en scène ultra foisonnante qui envoie grave du pâté dans un message internationaliste sacrément révolutionnaire, audacieux et diablement fort dans la proposition.


Évidemment, le film est choral avec un casting désopilant et foutraque dans des propositions variées. C’est arbitraire, mais il faut donc extraire. On retrouve passionnément dans un plaisir sans fin Woody Harrelson, qui joue un capitaine démissionnaire, alcoolique, imperturbable, quand tout se casse la gueule dans son bateau, que le bourgeois (très aérodynamique d’ailleurs) vole dans tous les sens, quand différentes abominables déjections l’assaillent, Woody est stoïque, irascible tant il semble il s’en foutre , et il fait avec une grâce inoubliable. Harris Dickinson et Charlbi Dean Kriek, le couple iconique Carl et Yaya est impayable dans sa niaiserie, démontrant une partition plus sensible dès lors que l’on passe de terre à mer. Au final, Triangle of Sadness, on a envie de dire que c’est fin, que c’est très fin, et que ça se mange sans fin, et même que c’est goûtu et que ça a du retour. C’est clairement une merveille d’énorme farce lunaire, qui donne un plaisir bête et méchant, et comme quand on est contents, on vomit, la chronique a sa chute….

Titre original: TRIANGLE OF SADNESS

Réalisé par: Ruben Östlund

Casting: Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Woody Harrelson …

Genre:  Comédie dramatique, Drame, Comédie

Sortie le: 28 Septembre 2022

Distribué par : Bac Films

4,5 STARS TOP NIVEAU

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