Critiques Cinéma

TIRAILLEURS (Critique)

SYNOPSIS: 1917. Bakary Diallo s’enrôle dans l’armée française pour rejoindre Thierno, son fils de 17 ans, qui a été recruté de force. Envoyés sur le front, père et fils vont devoir affronter la guerre ensemble. Galvanisé par la fougue de son officier qui veut le conduire au cœur de la bataille, Thierno va s’affranchir et apprendre à devenir un homme, tandis que Bakary va tout faire pour l’arracher aux combats et le ramener sain et sauf.

Tirailleurs est présenté en ouverture de la section Un Certain Regard du Festival de Cannes. Second long métrage de Matthieu Vadepied après La vie en grand  (2015), le tout neuf réalisateur s’est pour le moment brillamment illustré en tant que directeur de la photographie, notamment pour Sur mes lèvres  (2001), Intouchables (2011) ou encore Le sens de la fête  (2017). Il a également mit en scènes quelques épisodes de la série En thérapie . Il semble donc fortement lié artistiquement aux « transmetteurs » de bonne humeur Nakache / Toledano, souverains incontestables du royaume du « Feel Good Movie  ».  Il retrouve également Omar Sy, et c’est un plaisir non dissimulé que de croiser ce dernier dans ce type de propositions, après le vide abyssal vu récemment dans le produit de consommation jetable Loin du périph (2022). Autant dire qu’entre un premier long métrage assez conventionnel pour Matthieu Vadepied et une impression plus que nuancée laissée par Omar Sy, la curiosité est ici totale de les retrouver dans un film qui semble sur le papier afficher une certaine exigence. L’impatience était donc intense.  

Autant dire de suite que nous nous sommes heureusement loin de Loin du périph  sans approcher non plus de Il faut sauver le soldat Ryan (1998), il existe certes une marge entre les deux. Pour autant, la trame du film est somme toute assez prenante et l’idée de départ audacieuse. Il est ici comme une variation sur le thème de l’injustice, d’une rage ancrée avec notamment la guerre dans la guerre, quand on rampe pour et sur une terre qui n’est pas la sienne.  Le seul qui respectera au final Thierno et Bakary, le lieutenant Chambreau sera surtout un fou de guerre, obsédé par l’idée de « prendre cette colline  ». Un peu comme le Major Howard dans Le jour le plus long  (1962) qui se répète en boucle, dans une obsession lancinante « Vous tiendrez jusqu’à ce qu’on vous relève ».  Toute l’absurdité d’un conflit armé se définit par cette sempiternelle guerre de positions. Le lieutenant explique d’ailleurs dans une ironie bien sentie qu’une future victoire de demain sera la défaite du jour d’après, générant ainsi au final de l’immobilisme. Moment qui fait penser dans son absurdité guerrière à la métaphore de la tenaille, tournée en dérision dans le mémorable Mais où est donc passée la 7ème compagnie  (1973). 

Tirailleurs, c’est aussi cet amour paternel, plus que celui de la patrie non reconnaissante, et les actes héroïques d’un Bakary prêt à tout pour sortir Thierno de cet enfer, alors que lui commence à y trouver un intérêt manifeste. Ainsi, contre toute attente, pour Bakary, c’est une lutte intense car à engagement multiples contre l’ennemi allemand, contre son propre arrachement naturel, et donc contre cette obstination imprévue d’un fils qui de surcroît va devenir son supérieur. L’ennemi allemand, il en est d’ailleurs finalement très peu question, au-delà bien sur des sifflements de ses bombes, tant ici le mal est déjà partout ailleurs, dans la condition abjecte de la vie dans les tranchées, d’autant plus pour des Sénégalais, littéralement capturés de leur terre natale. Une double peine qui, malgré parfois un manque de souffle et quelques répétitions et longueurs, est constamment arboré dans le film. Il s’inscrit dans la veine d’Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb, sur une forme de déni d’un bout d’histoire. « On a pas la même mémoire, mais on a la même histoire  » affirme pourtant autour du film légitimement Omar Sy, s’appuyant sur ce vieux débat loin d’être réglé ce jour. La mise en scène met en avant ces contrastes notamment dans les couleurs de la peau noire sur le bleu du costume, et sur une terre qui semble décolorée tant elle est le théâtre du sang qui ruisselle, qui lui ne varie jamais de teinte. Au-delà des couleurs, il convient de souligner que l’ensemble de la reconstitution est une réussite, avec également un son, celui des sifflements, des bombes, des balles qui sans être assourdissant est toujours bien placé et participe avec puissance et force au message violent du film.  

Même si les chiffres peuvent varier, il est plus que jamais utile de rappeler que parmi les 200 000 tirailleurs dits »sénégalais », mais en fait de tout le continent Africain, 30 000 sont morts. Omar Sy livre une très belle prestation avec ce père fou d’amour et prêt à tout pour son fils. Il est convaincant et habité par un personnage et une histoire auxquels il croit, et ça fait du bien de le voir ainsi. Jonas Bloquet, dans le rôle du lieutenant Chambreau est saisissant de folie et lors de ses apparitions, son interprétation porte le film quand celui-ci s’essouffle un peu. Alassane Diong est bouleversant en Thierno traversé par les meurtrissures de la contradiction. Entre l’appartenance à sa terre natale, à sa filiation, il porte avec une grande sensibilité les nombreux questionnements qui jalonnent le film. Au final, si d’un point de vue purement filmique, Tirailleurs  se perd un peu parfois, le récit demeure puissant, pour un film d’utilité publique, qui doit pouvoir compter dans l’histoire cinéphile hexagonale, à défaut que l’histoire n’ait fait une place à ces héros oubliés que sont les tirailleurs… 

Titre Original: TIRAILLEURS

Réalisé par: Matthieu Vadepied

Casting : Omar Sy, Alassane Diong, Jonas Bloquet…

Genre: Drame, Historique, Guerre

Sortie le: Prochainement

Distribué par: Gaumont

BIEN

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s