Critique DVD

LES MAGNÉTIQUES (Critique DVD)

SYNOPSIS: Une petite ville de province au début des années 80. Philippe vit dans l’ombre de son frère, Jérôme, le soleil noir de la bande. Entre la radio pirate, le garage du père et la menace du service militaire, les deux frères ignorent qu’ils vivent là les derniers feux d’un monde sur le point de disparaître. 

Pour son film, Vincent Maël Cardona parle « d’un poème filmé », notamment dans l’approche d’une période où après la désillusion des promesses de 1968, la gauche arrive enfin au pouvoir en 1981. Il nous montre alors cette envie de se lâcher, de faire la fête, qui s’estompera avec le tournant de la rigueur de 1983… A ce sujet, le réalisateur peut dire que « c’est comme si la musique devançait le politique. Comme si elle avait compris que ce qui se jouait c’était le passage d’un monde à l’autre et que dans cet autre monde à venir la notion d’avenir avait du souci à se faire, que c’était ici et maintenant qui comptait  ». Le film a obtenu le Prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques à la quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes en 2021 ainsi que le César du Premier Film en 2022. Dans Les magnétiques, d’emblée, l’énergie de la reconstitution folle de 1981 et de l’espoir soulevé par le 10 mai nous étreint charnellement avec plaisir.… L’insouciance en bandoulière, des rêves plein les poches, l’utopie en étendard. Une passion française, de la petite histoire dans la grande. Amour, drogue, rock et politique. Le lendemain de l’élection de Mitterrand, c’est la mort de Bob Marley… « Mauvais présage mon pt’it philou », dit Jérôme à son frère, reprenant ainsi la pensée première du réalisateur. On se dit que très vite, la comparaison va se tenir avec le stratosphérique Good Morning England (2009) dans la folle épopée libertaire des radios libres. Mais pas tout à fait, car malgré d’évidentes références communes, Les magnétiques va s’attacher davantage à l’influence de cette époque sur ces personnages plutôt qu’à l’époque elle-même.

© DR



Il est très intéressant de voir la fierté de Philippe de ne pas répondre aux critères du mal alpha. Pouvoir assumer une sensibilité, une singularité, hors des codes primaires et primates d’une virilité virale… Caricature appuyée et pertinente du royaume du biceps, la mise en scène de Les magnétiques incarne dans sa pop culture de l’époque une sensualité, très joliment mise en image, malgré l’âge d’or des tapisseries à fleurs marrons et oranges !! A l’image d’une bande son éminemment puissante, Teenage kicks (1978) des Undertones, pour dire à Marianne à quel point Philippe veut la prendre dans les bras, la serrer fort contre lui, se sentir jeune et immortel toute la nuit. Comme pour Le premier pas (1974) de Schönberg entendu dans le salon de coiffure, pour une scène toute en sourire et en douceur…  « La maladie de la jeunesse est de ne pas savoir ce qu’on veut, mais de le vouloir à tout prix ». Et puis, au moins une scène qui confère à la grâce, notamment quand Philippe, dans sa déclaration d’amour à Marianne, en mode génie avant-gardiste, impose à la radio une sorte de mix, avec notamment des micros qui dansent, une tasse à café sur une platine vinyle, et un montage saturé sur la voix de Marianne donnant ainsi souffle et vie à l’assertion de son pote : « C’est pas la politique qui va changer le monde, c’est la musique, c’est l’art…  ».

© DR


Souvent, chaque génération se pense dépositaire d’une passion triste poétique inégalable. Si Euphoria (2019-2022) est davantage désespéré, trouble et malaise d’une époque à l’angoisse vertigineuse, dans Les magnétiques, l’inspiration psychédélique sentimentaliste a la même odeur de liberté. Aller vérifier si derrière les murs, il y a d’autres murs. Entretenir le feu intérieur et ne jamais choisir la facilité, la fatalité. Evidemment, la playlist apporte un ancrage à l’époque et donne une musicalité folle à des scènes, dont certaines ont été pensées pour servir les morceaux, et non l’inverse. On y retrouve notamment Joy Division, Iggy Pop et son incroyable The Passenger (1977) et tant d’autres. 

© Celine Nieszawer

 

Dans le rôle de Philippe, Thimotée Robart, tout en douceur et subtilité joue la carte de l’introspection et de l’apprentissage avec une justesse très touchante. Gageons que nous reverrons ce jeune espoir très vite, car il capte l’image avec force. Pour le coup, c’est également tout un magnétisme qui opère avec Marie Colomb, qui livre une interprétation de Marianne douce et complexe. Très envie de la retrouver rapidement également. Au final, Les magnétiques dégage une authenticité dans sa reconstitution, mais vient aussi nous parler de la force des rêves, aspiration intemporelle, et à défaut de « Changer la vie », telle une promesse très politicienne jamais tenue, Les magnétiques permet un très joli moment cinéphile.

Titre Original: LES MAGNÉTIQUES

Réalisé par: Vincent Maël Cardona

Casting : Thimotée Robart, Marie Colomb, Joseph Olivennes…

Genre: Drame

Sortie en DVD le: 3 mai 2022

Distribué par: Blaq Out

EXCELLENT

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