La fidélité

LA FIDÉLITÉ – PEDRO ALMODOVAR / PENELOPE CRUZ

L’ALCHIMIE PARFAITE


Aussi fous, émouvants, drôles, dramatiques, provocants ou exubérants soient-ils, tous les films de Pedro Almodovar sont des déclarations d’amour à leurs interprètes. Le cinéaste aime ses acteurs, les filme avec passion, et les femmes ont une place de choix dans sa filmographie. Parmi ses muses, il y a la magnifique Penelope Cruz dont chacune des prestations pour Almodovar a enflammé la pellicule. Il la remarque en 1992 dans Jambon, Jambon de Bigas Luna, alors qu’elle n’avait pas encore 18 ans. Almodovar est séduit par une personnalité atypique, capable de passer de la comédie au drame avec aisance. Il a envie de la filmer. Ça tombe bien, la jeune espagnole est fascinée par l’univers du cinéaste. C’est en découvrant Attache-moi qu’elle a eu envie de devenir comédienne. La rencontre devient évidente et de l’évidence nait une complicité jamais démentie à ce jour. En 25 ans, Pedro a filmé Penelope comme personne et devant sa caméra l’actrice s’est livrée comme jamais. Que les rôles soient de premier plan ou de simples apparitions, chacune des collaborations entre le réalisateur et son actrice témoigne d’une alchimie rare entre deux artistes qui se respectent, s’admirent et s’aiment par-delà la pellicule.


EN CHAIR ET EN OS (1997)



Première collaboration entre Penelope Cruz et Pedro Almodovar. A cette époque, le cinéaste est déjà reconnu mondialement (les succès de Femmes au bord de la crise de nerfs, Attache-moi et Talons aiguilles l’ont installé sur la scène du cinéma international). En chair et en os est un film qui apparait alors comme plus posé, assez loin de la veine provocatrice de la Movida qui a fait la réputation de Pedro. Ici, nous sommes dans un thriller, une histoire de vengeance à forte tension sexuelle. Penelope apparait dans un rôle très court, en scène d’ouverture. Elle est une prostituée qui donne naissance au personnage principal. Ainsi, dès le début de leur collaboration, Almodovar donne à Penelope Cruz un rôle qu’il va souvent lui attribuer par la suite : celui d’une mère.



TOUT SUR MA MÈRE (1999)



Tout sur ma mère est un triomphe international, un film couvert de prix qui va définitivement imposé Almodovar comme un cinéaste majeur et pas seulement provocateur. Avec ce mélodrame bouleversant, le réalisateur propose une galerie de personnages féminins formidables et rend un hommage poignant aux femmes, à leur force, leur courage, leur détermination. Le film, dédié à Bette Davis, Gena Rowlands et Romy Schneider, montre l’amour d’Almodovar pour le cinéma de Cassavetes (Opening night) et de Mankiewicz (Eve) dont Tout sur ma mère reprend un peu le squelette. Mais plutôt que de parler de rivalité comme dans le film de Mankiewicz, Pedro Almodovar choisit la solidarité comme moteur de ses personnages. Il donne à Penelope un rôle plus conséquent, celui d’une religieuse fuyant une famille bourgeoise, enceinte et séropositive. Un personnage miroir de celui, principal, joué par Cecilia Roth. Une des œuvres majeures du cinéaste.

VOLVER (2005)



Avec ce film, Penelope accède au rôle principal chez Almodovar. Elle est Raimunda, une mère de famille dont la fille, Paula, assassine Paco, le compagnon de Raimunda, alors que ce dernier tentait d’abuser d’elle. Volver convoque les fantômes du passé, rend hommage au cinéma néo-réaliste italien, et, une nouvelle fois, aux actrices. Almodovar revient à un cinéma intime, profond, explore la voie du réalisme fantastique avec finesse et maitrise. La mort côtoie la vie, et derrière la noirceur du sujet, c’est pourtant de lumière dont il est question dans Volver. Encore une fois, Penelope joue une mère, ici forte et déterminée à protéger son enfant. Un rôle magnifique que la comédienne porte haut. Le film ne vole pas son prix du scénario, ni celui, collectif, attribué à ses interprètes féminines au festival de Cannes. L’auteur de ces lignes ne peut qu’avouer considérer Volver comme un de ses Almodovar préférés.


ÉTREINTES BRISÉES (2009)



Véritable film dans le film, construit tel un puzzle captivant, Étreintes brisées voit Almodovar revenir au mélodrame dont il épouse ici parfaitement les enjeux, rendant un hommage à de nombreux cinéastes dont Hitchcock et Douglas Sirk pour lequel le réalisateur voue une véritable admiration. Visuellement, le film est splendide et Almodovar y glisse, comme à son accoutumé, des thématiques qui lui tiennent à cœur : la création, la famille, les secrets, mais surtout il nous parle des femmes et du cinéma. Penelope y joue Lena, un personnage complexe, arriviste et pourtant honnête, montrant même une certaine noblesse, incarnation de l’amour passionné. Avec son look à la Audrey Hepburn, Penelope incarne une égérie, celle du réalisateur (personnage principal du film) et donc celle d’Almodovar lui-même. Une grande mise en abime.

LES AMANTS PASSAGERS (2013)


Simple caméo ici pour Penelope sur ce film délirant d’Almodovar où, à bord d’un avion, des personnages pensent vivre leurs dernières heures. Un prétexte royal pour permettre à Almodovar de s’amuser avec une galerie de portraits dont il a le secret. Lors d’une petite scène surprise, Penelope apparait en bagagiste. Le caméo est d’autant plus savoureux qu’elle donne la réplique à Antonio Banderas, autre acteur phare de l’univers Almodovar.

DOULEUR ET GLOIRE (2019)



Douleur et gloire est un récit oscillant entre fiction et autobiographie. Almodovar s’y livre beaucoup sous les traits d’un Antonio Banderas absolument formidable. Pour incarner la mère de ce personnage miroir du cinéaste, le réalisateur va chercher Penelope. Ce choix en dit long sur leur relation. L’actrice dit d’ailleurs s’être inspirée de la propre mère d’Almodovar pour sa prestation. Pour Pedro, Penelope incarne définitivement la figure féminine que le réalisateur vénère le plus : la mère.

MADRES PARALELAS (2021)



Dernière collaboration en date entre le cinéaste et sa muse. Penelope est Janis, une photographe. Lors de son accouchement, elle croise la route d’Ana (interprétée par Milena Smit) également en train de mettre au monde son enfant. Ces maternités parallèles vont bouleverser le destin respectif des deux héroïnes. Avec ce film, Almodovar parle de nos origines et questionne la filiation. Surtout il offre à Penelope ce qui est sans doute l’un de ses plus grands rôles. Bouleversante, l’actrice compose un personnage tout en retenu, laissant filtré un panel d’émotions incroyables. Almodovar choisit d’être sobre dans son traitement, laissant ses interprètes transmettre au mieux les questionnements, émotions et bouleversements de cette histoire. Un très beau film et, encore une fois, un véritable cadeau du cinéaste à son actrice.

S’il fallait prouver que Penelope Cruz est une actrice belle et talentueuse, ses passages devant la caméra d’Almodovar suffiraient à l’attester. Au fil des films, les spectateurs que nous sommes avons vu la jeune fille devenir femme et l’actrice explorer des personnages de plus en plus complexes. Almodovar a souvent donné à Penelope des rôles de mères, sans doute parce que, à ses yeux, l’actrice a les traits de l’amour absolu. Quels que soient les visages qu’elle prend, Penelope Cruz offre force et sensibilité aux personnages imaginés par Almodovar. Leur collaboration a enfanté de superbes films (certains comptant parmi les meilleurs de leurs carrières respectives) qui sont autant de preuves d’amour et de confiance réciproques entre un cinéaste et son interprète. Depuis 25 ans, ces deux-là écrivent leur histoire artistique ensemble. Nul doute que d’autres pages viendront s’ajouter. C’est tout ce qu’on souhaite.

Madres paralelas est disponible en DVD et Blu-Ray chez Pathé Distribution à partir du 6 avril 2022.

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