Critiques Cinéma

FREAKS OUT (Critique)

SYNOPSIS: Rome, 1943, sous occupation nazie, la Ville éternelle accueille le cirque où travaillent Matilde, Cencio, Fulvio et Mario comme phénomènes de foire. Israel, le propriétaire du cirque et figure paternelle de cette petite famille, tente d’organiser leur fuite vers l’Amérique, mais il disparaît. Privés de foyer et de protection, dans une société où ils n’ont plus leur place, les quatre « Freaks » vont tenter de survivre dans un monde en guerre… 

Alors que ce mois de Mars est super-héroïquement représenté par la figure de la chauve-souris chez DC et chez Sony-Marvel (The Batman et Morbius à quelques semaines d’intervalle) ainsi que par l’arrivée du Chevalier Lune sur Disney+, une nouvelle tentative de transfiguration des super-pouvoirs se fraye son chemin vers nos cinémas en nous venant tout droit d’Italie. Alors que son Jeeg Robot avait fait sensation à sa sortie en 2015 en racontant le parcours d’un homme qui, après être entré en contact avec des substances radioactives, va devenir aux yeux des gens l’incarnation vivante du personnage de manga éponyme, Gabriele Mainetti revient s’attaquer au genre super-héroïque sous un nouveau prisme : celui des freak-shows et de la Seconde Guerre Mondiale. Freaks Out nous présente quatre artistes de cirque, chacun doté d’une capacité unique. Fulvio est recouvert de poils et possède une force surhumaine ; Cencio communique avec les insectes (sauf les abeilles) ; Mario peut manipuler les objets métalliques ; Matilde diffuse de l’électricité avec son corps et envoie une décharge à quiconque la touche. Sous la bienveillance d’Israël, un magicien vieillissant faisant figure de père de substitution pour ces êtres peu communs, les quatre «  frères et sœurs  » s’épanouissent dans leur cirque, quand la Seconde Guerre Mondiale débarque jusque devant leur chapiteau. Obligés de fuir, Fulvio, Cencio, Mario et Matilde vont être contraints de se débrouiller seuls dans un monde hostile, avant de se diriger par un coup du destin vers le Cirque de Berlin et son gérant, un nazi nommé Franz, pianiste à six doigts et témoins de visions particulièrement étonnantes…



C’est après l’excursion de Guillermo del Toro dans l’univers des cirques itinérants et de la figure du freak dans Nightmare Alley que Mainetti débarque avec son film de super-héros d’époque à l’inventivité totale. Dans un tour de magie d’une fraîcheur revigorante, le metteur en scène italien s’approprie le genre avec une structure et des idées qui font directement références à ses classiques pour encore plus s’amuser de son intrigue et du parcours de ses personnages, aussi magnifiquement étranges que brillamment attachants. En empruntant un parcours où les clins d’œil aux X-Men, à l’univers de Batman et à Captain America sont légion, Freaks Out plante son chapiteau dans un univers particulièrement méconnu, rendant l’aventure aussi familière que frontalement originale. Aussi, chacun de ses protagonistes, s’ils évoquent à leur façon des figures de DC et Marvel (on voit dans Fulvio le Fauve et Wolverine, dans Cencio un peu du Ratcatcher, dans Mario du Magnéto, et dans Matilde une fusion thématique de Malicia et de Jean Grey), se détachent rapidement de ces personnages que l’on connaît désormais sur le bout des doigts en insufflant un regard à hauteur d’Homme sur ces êtres extraordinaires autant de par leurs pouvoirs que de par leurs apparences et leurs passés troubles. En se concentrant sur ces « freaks » qui deviennent de plus en plus attachants au fur et à mesure de leur traversée de l’Italie malgré leurs instabilités, leurs maladresses sociales et leur méconnaissance du monde, Mainetti parvient à concevoir une série de personnages principaux extrêmement justes et très engageants, rendant l’arrivée de la pleine puissance de leurs pouvoirs encore plus plaisante.


Le réalisateur choisit alors de découper son film en plusieurs parties sous plusieurs points de vue qui se succèdent. L’ouverture de Freaks Out est à ce compte une des entrées en matières les plus dingues vues sur grand écran depuis quelques temps déjà, en troquant le flottement paisible de la poésie et de la magie pour la violence brute et destructrice du chaos qui s’effondre sur ses personnages. Lorsque Matilde et les autres sont séparés par le cours du film, la première nous emmène dans une troupe de résistants menés par un bossu à la détermination à tout épreuve, alors que les trois autres rentrent en contact avec ce fameux Franz. Ce dernier est probablement l’idée qui résume le mieux la folie douce et la liberté d’imagination totale du film par son apparence de doux loser mixé à une facette terrifiante de sociopathe qui font de lui un bad guy en tout point parfait. Nous vous laisserons le plaisir de découvrir sur grand écran la façon dont ses pouvoirs s’expriment et comment ils sont représentés, car les choix de mise en scène, le mixage son et le jeu génial avec les anachronismes sont particulièrement brillants – si vous avez, pour une raison très étrange, déjà rêvé de voir un nazi jouer du Radiohead au piano, Freaks Out est pour vous. Son interprète Franz Rogowski est un exemple d’interprétation, constamment dans la retenue à la frontière du too much pour pouvoir mieux accompagner la folie vers laquelle tire son personnage dans sa folle quête de la survie du Troisième Reich.



Au reste du casting, Aurora Giovinazzo est le cœur du film, sa magnétique et électrisante Matilde faisant figure de personnage principal aux pouvoirs mystérieux en guise de malédiction dans cette aventure mouvementée en pleine Italie en guerre. L’accompagnent dans cette monstrueuse parade Claudio Santamaria, Pietro Castellitto, Giancarlo Martini et Max Mazzotta, tous parfaitement en harmonie dans ce chaos global qui englobe et emporte le spectateur dans un ouragan d’improbable et d’explosions. Car Freaks Out, au-delà de faire exploser la guerre dans une bataille finale à en décrocher la mâchoire (on n’a rien vu de tel depuis longtemps), fait exploser à la chaîne les procédés narratifs classiques du genre super-héroïque pour concevoir un bijou de mise en scène dans un écrin de film d’époque et de drame social. Tout y passe dans une avalanche de folie douce et d’inventivité sans limites au cœur d’une expérience filmique rarissime et précieuse qui vient se placer sans aucun débat à la hauteur des plus grandes réussites du genre (s’il existe d’autres films de ce genre-là). Pour sa trajectoire jouissive au climax exponentiel, pour ses personnages brillamment écrits et interprétés, pour sa richesse scénique totale qui vient nous secouer dans certaines séquences particulièrement impressionnantes et pour son amour indéniable et profond du super-pouvoir, de la différence et de l’humain, Freaks Out est une pépite à en retourner le cerveau qui ravit aussi bien les yeux que les oreilles. Mainetti signe une expérience grandiose, barjo et pleine de cinéma qui s’agite dans tous les sens avec une liberté jubilatoire où la folie et la démesure sont les maîtres-mots d’un spectacle total et géant à voir absolument.

Titre original: FREAKS OUT

Réalisé par: Gabriele Mainetti

Casting: Franz Rogowski , Claudio Santamaria , Pietro Castellitto …

Genre:  Aventure, Drame, Fantastique

Sortie le: 30 mars 2022

Distribué par : Metropolitan FilmExport

4,5 STARS TOP NIVEAU

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