Critiques Cinéma

EVENT HORIZON : LE VAISSEAU DE L’AU-DELÀ (Critique)

SYNOPSIS: 2047. Le vaisseau spatial « Lewis & Clark » s’apprète à regagner sa base quand l’équipage reçoit l’ordre de gagner la station Daylight pour embarquer le physicien William Weir, avec lequel il doit repartir en direction de Neptune. Quelques années plus tôt, Weir avait conçu un engin spatial révolutionnaire capable de se déplacer plus vite que la lumière mais qui disparut corps et biens aux abords de Neptune. La mission du « Lewis & Clark » consiste à repérer l’epave de l' »Event Horizon », à déceler les causes de sa mysterieuse avarie et à récuperer les éventuels survivants. 

Claude Lelouch ne mentait pas en disant que le temps qui passe était le seul critique digne de ce nom, car c’est lui qui permet, une fois passé les avis à chaud et les réactions épidermiques, de poser les choses au lieu de vouloir à tout prix souffler le chaud et le froid. Le troisième film de Paul W.S. Anderson (après le méconnu Shopping et le succès de Mortal Kombat) constitue un très bon exemple de réévaluation vers le haut pour un projet de série B qui, au vu de son échec en salles durant la fin des années 90, avait tout pour être oublié au fin fond d’un trou noir. Mutilé au terme d’une post-production chaotique qui aura contraint le cinéaste à sabrer quarante minutes de son montage (notamment pour cause de scènes trop gore et de projections-tests désastreuses), Event Horizon aura pourtant su se constituer un solide réseau de fans au fil des deux dernières décennies, entretenu par le bouche-à-oreille et les rééditions vidéo, au point d’accéder à un statut culte qu’il mérite toujours. Pas mal pour un projet mort-né que la Paramount avait originellement pensé comme un sous-Alien en attendant de dénicher un réalisateur détenteur d’une vision. Et plus que pas mal pour un cinéaste qui, au vu de ses films antérieurs et postérieurs, reste encore aujourd’hui assimilé à un tâcheron chez qui la subtilité et la demi-mesure sont des concepts plus que vagues. Qu’Event Horizon soit son seul bon film (pour ses détracteurs) ou son meilleur film (pour les autres), le bonhomme faisait en tout cas l’unanimité dans le cas présent.



Il n’est pas fréquent de devoir saluer Paul W.S. Anderson pour sa lucidité et son audace vis-à-vis d’un projet, alors autant le faire lorsque cela s’impose. Initialement centré sur la présence d’extraterrestres dans un vaisseau abandonné, le scénario fut considérablement remanié par Anderson afin de biffer tout détail trop proche du mythique Alien de Ridley Scott. Pensant l’ensemble comme un film de « maison hantée dans l’espace » et collant davantage aux classiques de l’horreur suggestive (Shining et La Maison du Diable furent ses principales influences), le cinéaste opte ici pour le concept casse-gueule d’un vaisseau spatial   « vivant » parce que « possédé ». Le vaisseau à la dérive est donc ici le vrai protagoniste du film, organique et glacial à la fois, conçu comme un dédale de perspectives architecturales (c’est la cathédrale Notre-Dame qui a servi de base pour la conception de l’intérieur et de l’extérieur du vaisseau !). Et au vu du résultat final, quand bien même les ombres d’Alien et du premier Star Trek se font parfois sentir, Anderson a ici le chic pour les évaporer en un rien de temps, par des choix d’axe très intelligents ou des partis pris narratifs élaborés à l’opposé. De même, au vu de ce que souligne la finalité de son intrigue (se confronter à « l’enfer »), on pourrait craindre un film à connotation trop religieuse, mais Anderson esquive habilement le piège en mettant en avant la faiblesse des mots et des concepts face à tout ce qui reste du domaine de l’inimaginable. Ce qui, en fin de compte, confère à Event Horizon un caractère ouvertement métaphysique.


Ici, toute donnée scientifique ou mathématique ne sert aucun propos sous-jacent sur la conquête spatiale, puisque c’est la mise en corrélation de deux extrémités (celle de l’espace visité et celle de la psyché humaine) qui drive l’ensemble de la trame narrative. Le film se veut donc une confrontation de l’humanité avec l’inconnu non pas extérieur mais intérieur, au stade le plus avancé de son cauchemar intime, en positionnant ce mysticisme horrifique dans un territoire spatial dont les perspectives les plus inexplorées demeurent plus que jamais source d’angoisse et d’appréhensions. Fort d’un sens graphique affirmé et d’une caméra mobile qui ne laisse aucune minute de répit (on saluera ici l’élégance des travellings), Anderson joue à fond la carte du suspense permanent, éprouve le caractère labyrinthique de son décor en laissant parler son cadre (mention spéciale à ce dédale de coursives glauques vert fluo qu’il revisitera longtemps après dans la pyramide d’Alien vs. Predator), et entrecoupe ses péripéties les plus intenses par des déchaînements sanglants assez inhabituels dans une production de cet acabit. C’est qu’Event Horizon s’impose finalement en mix assez redoutable entre l’angoisse cryptique de Shining et les visions infernales ultra-gore d’Hellraiser, dont le surgissement sous forme de flashs plus ou moins subliminaux sert à merveille le principe du film : la marge de liberté imaginative du spectateur est toujours plus forte lorsqu’on en montre le moins possible.


De là vient le dernier point capital à prendre en compte dans le jugement du film : quel regard adopter face aux contraintes imposées par la production ? Au vu de ce que l’on soulignait plus haut, on peut admettre qu’elles ont servi le film plus qu’elles n’en ont abîmé les fondations. Et du côté des fans hardcore du film, cette obsession à vouloir faire ressortir le spectre du « montage inachevé » (comme ce fut longtemps le cas à propos du 13ème Guerrier de John McTiernan) revient à déceler une oasis de clarté là où les mirages prédominent. Certes, une hypothétique director’s cut, proche du montage initial d’Anderson et surchargée de scènes inédites aux frontières du gore et de l’orgiaque, joue toujours les arlésiennes depuis des années. Mais à tout prendre, il est à craindre que l’ajout de ces scènes ne vienne produire le même effet déceptif que la fameuse version longue de Shining, à savoir prolonger l’expérience du film via des ajouts qui clarifient et explicitent au lieu d’alimenter les non-dits du montage original. Dans la mesure où Event Horizon s’ouvre sur un éventail de pistes narratives et se referme sur un trouble durablement maitrisé en l’état, où la clarification du concept et du contexte n’est pas épargnée par des zones d’ombres qui persistent après la projection, on partira du principe que le film gagnera infiniment à rester tel qu’il est. Et surtout ce qu’il est : un modèle de série B qui joue très efficacement avec notre trouillomètre.

Titre Original: EVENT HORIZON

Réalisé par: Paul W.S. Anderson

Casting : Laurence Fishburne, Kathleen Quinlan, Sam Neill …

Genre: Fantastique

Sortie le:  06 MAI 1998

Distribué par: United International Pictures (UIP)

EXCELLENT

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