Critiques Cinéma

MARCHE NOIR (Critique)

SYNOPSIS: Expulsé de France, Amir retourne vivre chez sa famille en Iran. Par solidarité avec son père, il se retrouve impliqué dans un crime et va devoir fréquenter le traffic de devises étrangères au marché noir. Mais la culpabilité le ronge… 

L’Iran, par les situations économiques clivantes qu’il traverse, est devenu le berceau moderne incontournable d’un cinéma social cru, brut et d’un réalisme latent pour mettre en image les inégalités, les injustices systémiques et autres drames qui parcourent un pays ravagé par son histoire. Scruté d’un point de vue humain sous la caméra d’Asghar Farhadi à l’image de son dernier film en date Un Héros, ou sous l’angle empoisonné de la consommation exponentielle d’héroïne à travers le pays dans le salué La Loi de Téhéran, l’Iran a beaucoup à dire de son instabilité, caméra au poing, en filmant ses protagonistes se débattre comme ils le peuvent à leurs échelles. C’est cette année le cinéaste Abbas Amini qui allume sa caméra pour débarquer dans ce froid et morbide abattoir où la viande bovine dépecée et les corps humains ne font qu’un. Marché Noir (ou The Slaughterhouse) commence lorsque le gardien d’un abattoir découvre trois corps gelés dans une de ses chambres froides. Son patron, pour s’éviter toute complication, lui impose de se débarrasser des cadavres. Il fait alors appel à Amir, son fils revenu d’un séjour après avoir été emprisonné en France, pour l’aider dans sa tâche. Lorsque les enfants de l’un des disparus toquent à sa porte, l’engrenage s’enclenche.  Dans une plongée redoutable et noire à travers la situation économique iranienne, la vente illégale de dollar américain au marché noir sous-terrain et la pauvreté extrême des classes sociales les plus démunies, Marché Noir fait l’étalage des maux d’un pays qui souffre de sa politique sous la forme d’un polar sombre et rugueux suivant façon film noir nerveux un fils coincé entre son sens moral et les erreurs commises sous le pouvoir de son système.

Grâce à sa mise en scène énervée au rythme appuyé qui souligne la panique et la mise en route terrifiante de l’engrenage où sont enfermés les protagonistes, Marché Noir balaie les codes classiques du manichéisme en retournant ses cartes continuellement pour dépeindre toujours plus fort et toujours plus précisément la fatalité de la situation, en effaçant systématiquement les notions de bien et de mal dans son récit. Si Amir doute souvent de la tournure des évènements en étant tenté de dire la vérité, les conséquences que ses actes pourraient avoir l’en dissuadent toujours. Il est comme le film, bloqué dans un entre-deux morbide dont personne n’a l’air de pouvoir sortir indemne.


Interprété par le comédien iranien Amirhosein Fathi, Amir est un personnage relativement fort dans la place de repère que lui laisse le récit, autant victime que cause directe de la situation insoutenable exposée par l’histoire du film. En développant en parallèle de ses remises en question et de sa plongée en plein dans le marché noir économique sa relation avec les deux enfants de l’un des ouvriers dont il a aidé à la disparition du corps – Baran Kosari s’offre le rôle féminin le plus important, et probablement l’un des personnages les plus nécessaires et clés du film – Marché Noir fait naître des fils entre ses protagonistes, des fils tellement fins qu’il suffit d’un rien pour tout détruire. Film noir au suspense redoutable derrière un travail affuté dans le développement de sa mise en scène caméra au poing, Marché Noir est un polar acéré et haletant qui se montre parfait miroir du talent du cinéma iranien à se plonger dans les affres et les autodestructions de son pays pour en sortir des histoires toujours plus prenantes aux directions inattendues. Œuvre subtile autant qu’elle est impressionnante de maîtrise, The Slaughterhouse évoque l’abattoir éponyme, scène de crime parfaite, en même temps que la politique sanguinolente que le film pointe du doigt avec rugosité et violence. Tout ça pour laisser la parole en fin de parcours, non pas aux décisionnaires et aux dirigeants, mais entre les mains des principaux concernés, à savoir les innocents.

Titre Original: KOSHTARGAH
 

Réalisé par: Abbas Amini

Casting : Amirhosein Fathi, Mani Haghighi, Baran Kosari …

Genre: Thriller, Policier, Drame

Date de sortie : 05 janvier 2022

Distribué par: L’Atelier Distribution

TRÈS BIEN

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