Critiques Cinéma

VENOM LET THERE BE CARNAGE (Critique)

SYNOPSIS: Possédé par un symbiote qui agit de manière autonome, le journaliste Eddie Brock devient le protecteur létal Venom. 

Le premier Venom, est un CBM anachronique échappé des années deux mille par on ne sait quelle faille spatio-temporelle où les comics étaient traités par dessus la jambe, chassant sur les terres de Deadpool copiant le The Mask de Chuck Russell avec une esthétique de téléfilm sans direction artistique, s’achevant dans une bouillie de CGI  (en dépit d’un design de Venom assez fidèle), seule la « performance » complètement azimutée de Tom Hardy jouant face à lui-même, doublant aussi le symbiote, émergeant du marasme. Pourtant le film a rencontré un succès considérable (un milliard de dollars de recettes mondiales) déclenchant évidemment la mise en œuvre d’une suite. Tom Hardy acteur et producteur conçoit les bases de l’intrigue qui sera développée par la scénariste Kelly Marcel (Fifty Shades of Grey) et fait appel au réalisateur – acteur Andy Serkis (le Gollum du Seigneur des anneaux et Cesar des Planète des Singes) pour apporter un renouveau visuel à cette suite. Ce dernier enrôle le grand directeur de la photographie Robert Richardson sociétaire chez Quentin Tarantino ou Oliver Stone. Woody Harrelson (déjà présent dans la scène post-générique du précédent) prend la place du méchant dans le rôle d’un super-vilain emblématique des comics : Carnage le serial-killer Kletus Cassady  lié lui aussi à un symbiote meurtrier engeance de celui de Eddie Brock. Habituée de productions plus sérieuses Michelle Williams rempile malgré tout et le casting s’enrichit même de l’excellente Naomi Harris (Skyfall). Tous ces noms prestigieux et ces bonnes intentions laissaient espérer une suite plus solide gardant les quelques aspects intéressants du premier tout en élevant ses ambitions narratives et artistiques. La surprise est encore plus saumâtre face à ce film qui réussit à être pire dans toutes quasiment toutes ses composantes – écriture, mise en scène, effets visuels ou interprétation- mais surtout affreusement cynique : tout ce qui pouvait relever de la spontanéité et de l’expérimentation dans le premier est ici froidement calculé  pour maximiser les profits sans mettre une once d’effort ou d’âme dans le projet.

Hardy reprend son rôle d’Eddie Brock, un ambitieux journaliste d’investigation de San Francisco qui  partage  son corps avec Venom, un parasite extraterrestre ondulant, noir d’huile  et perpétuellement en colère qui lui donne des capacités surhumaines, mais à un coût important : Venom, veut dévorer les criminels (en particulier leur cerveau) et Brock tente de le refréner ses appétits en substituant à la chair humaine des poulets et du chocolat. Afin d’établir une  motivation pour ses antagonistes, le film s’ouvre en 1996 dans une maison de correction  où les versions jeunes  de Cletus Kasady (Woody Harrelson) et Frances Barrison (Naomie Harris) sont séparés dans une  séquence ouvertement mélodramatique rendue ridicule par  la décision de faire doubler les personnage adolescent par leurs interprètes adultes. Frances également connue sous le nom de Shriek a le pouvoir d’émettre des cris surpuissants. Elle endommage le tympan d’un jeune officier de police le soir où elle est emmenée à l’Institut Ravencroft (un analogue grossier de l’asile d’Akham de Batman qui existe aussi dans les comics Marvel). Cet officier devenu de nos jours,  le détective Mulligan (Stephen Graham) – qui semble exister uniquement pour inciter Brock à retrouver les restes des victimes des meurtres de Kasady – victimes dont les spectateur se soucie peu, n’ayant jamais rencontré ou entendu parler de ces personnes. Car Kasady, tueur en série brutal, est aujourd’hui en prison et passe un accord avec Brock pour raconter l’histoire de sa vie en échange de la publication par ce dernier d’un message destiné à être vu par son amour de jeunesse. Brock s’exécute et la révélation de l’emplacement du corps de ses victimes accélère l’exécution de la condamnation à mort de Kasady.L ors d’une dernière visite, Kasady mord Brock/Venom, ingérant une partie du symbiote extraterrestre. Carnage est ainsi né, Kasady entreprend alors de retrouver Frances/Shriek  avant de tenter de détruire son Venom et son hôte. Au même moment, après de nombreuses disputes donnant lieu à des scènes de burlesque ridicules Venom « quitte » Brock et tente de se trouver un nouvel hôte. Face au danger que  représente Carnage, Brock fait appel à son ex-petite amie Anne (Michelle Williams) pour retrouver le symbiote.

Si le grand Robert Richardson ouvre la palette de couleurs du film et s’éloigne de la caméra portée à l’épaule du premier, Venom 2  Let there be Carnage a une esthétique d’une grande pauvreté  et ressemble à une série télévisée de la CW avec ses décors de ruelles, habillées de bâches et ses effets spéciaux numériques première génération loin du niveau attendu pour un film de cette nature. Andy Serkis qui aspire à une esthétique gothique entre Notre Dame de Paris et King Kong  parvient à distinguer les deux créatures du film à travers des couleurs dominantes (noir et rouge), mais dés qu’elles sont réunies dans un final qui repompe outrageusement le Spider-man 3 de Sam Raimi, on retrouve un affreux salmigondis de pixels et une action tout aussi illisible que dans le premier film. L’élément narratif le plus cohérent reste la rupture de la bromance entre Venom et Brock, le conflit père-fils avec Carnage aurait pu être une piste intéressante mais elle n’est jamais développée. En fait Venom 2  Let there be Carnage budgété à seulement 110 millions de dollars, dont la seule grâce est de ne durer qu’une heure trente, ne semble avoir été conçu sans d’autres objectifs que celui de gonfler le compte en banque des participants. Ses défenseurs  insisteront sur le fait que le film est  une comédie d’action et de super-héros, en mettant l’accent sur le fun et le second degré mais Venom Let There Be Carnage est surtout  le film de tous les cynismes. Cynisme de Sony qui utilise un personnage adjacent à Spider-Man pour détourner l’ image des films du MCU et lancer sa propre machine à  billets, cynisme de Tom Hardy acteur jadis exigeant dont la spontanéité semble s’être envolée, qui reproduit mécaniquement les effets du premier comme en pilotage automatique. Le  message semble avoir été bien reçu par l’ensemble du casting, inutile de fournir le moindre effort, on mettra le dilettantisme du jeu sur le compte du « second degré ». Sous sa perruque rousse, Harrelson, yeux fous et mâchoires serrées bricole la photocopie d’une photocopie d’une photocopie de son rôle de Natural Born Killers, Naomie Harris grogne, seule Williams jouant de manière simple garde un semblant de dignité. Un moment du film particulièrement embarrassant voit un un Venom frustré détaché d’Eddie, se déclarer dans une  rave party être « sorti du placard d’Eddie Brock » en guise de clin d’œil appuyé à la communauté LGBTQ +,  là encore une manœuvre cynique car rien d’autre dans le film ne vient aborder  ce sujet. Dans l’univers  du cinéma de super-héros, il y a de la place pour des propositions malines et à plus petite échelle, tous les films n’exigent pas la mécanique de la machine Marvel Studios ou la gravité des films de DC  mais si  le premier Venom  aurait pu être considéré comme le  brouillon d’un film plus accompli, ce deuxième volet renonce à toute prétention artistique allant chercher le plus petit dénominateur commun pour remplir les caisses de ses concepteurs.

Titre Original: VENOM  LET THERE BE CARNAGE

Réalisé par: Andy Serkis

Casting : Tom Hardy, Michelle Williams, Woody Harrelson…

Genre: Science fiction, Action

Sortie le: 20 octobre 2021

Distribué par: Sony Pictures Releasing France

ASSEZ MAUVAIS

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