Critiques Cinéma

BLOODY MILKSHAKE (Critique)

SYNOPSIS: Sam n’est encore qu’une petite fille lorsque sa mère Scarlet, tueuse à gages, est contrainte de l’abandonner pour la protéger. Bien des années plus tard, Sam a suivi les traces de sa mère disparue et est elle-même devenue une tueuse à gages hors pair, travaillant pour la Firme. Un soir, lors d’une mission à haut risque, Sam se retrouve face à un dilemme : rester loyale à la Firme, ou sauver la vie d’une petite fille de huit ans. Commence alors une cavale survoltée qui conduira Sam à retrouver sa mère et ses anciennes associées. Mère et fille unies de nouveau, Sam et Scarlet se lanceront alors dans une lutte sans merci contre un ennemi commun redoutable. 

Le cinéma de divertissement grand public a toujours aimé baigner dans un climat de suites à rallonges, d’exploration sans limites d’univers lucratifs et de navigation à travers ses licences à succès sans jamais parvenir leur poser un point final définitif. Et si l’on se complaît à dire que cette caractéristique est une plaie inhérente à notre époque, il n’est jamais trop de rappeler que le cinéma a toujours été une industrie avant tout, et que le concept même de saga ne date certainement pas de l’Arc Kevin Feige chez Marvel Studios. De ce fait, il est toujours intriguant de voir une nouvelle proposition débarquer sur nos écrans, servant d’occasions en or pour renouveler un tant soit peu le genre très formaté de l’action/aventure à Hollywood. C’était par exemple le charme fou qu’avait réussi à dégager la très grande réussite de Matthew Vaughn lorsqu’en 2014 il dépoussiéra à coup de gadgets improbables, d’humour transgressif et de séquences hallucinantes le film d’espionnage traditionnel, plaçant son protagoniste Eggsy en direct concurrence avec James Bond ou un autre Jason Bourne dans son désormais culte Kingsman : Services Secrets. Et cette année, c’est le réalisateur israëlien Navot Papushado qui fracasse le Netflix international (et en parallèle – pour notre plus grand plaisir – les salles obscures françaises) avec son Bloody Milkshake, cocktail détonnant et surprenamment acidulé qui – bien qu’on l’ait déjà taxé d’ersatz sans ambition rien qu’en ayant vu la bande-annonce – marche sur les plates-bandes de John Wick avec assurance et un poil de girl power.


Sam est une mercenaire intrépide et froide travaillant pour une organisation appelée La Firme qui l’a recueillie, élevée et entraînée après le départ précipité de sa mère, elle aussi tueuse à gages. Lors d’une de ses missions, Sam est mise face à un dilemme : mener à bien son objectif imposé par La Firme, ou venir au secours d’une jeune fille retrouvée en plein milieu d’une prise d’otage. Sa décision entraînera une chute de dominos qui la poussera à fuir les tueurs les plus acerbes du pays en retrouvant au passage sa mère disparue et d’anciennes connaissances qui pourraient éventuellement leur venir en aide… A travers son univers de tueurs à gages lancés à la poursuite d’un membre dissident d’une association de mercenaires cruellement armé et prêt à l’impossible pour sauver sa peau, Bloody Milkshake trouve de nombreux points communs avec la saga John Wick menée par le très en forme Keanu Reeves. Mais le réduire à une simple relecture serait un immense gâchis tant le long-métrage de Navot Papushado essaye autant que possible de se construire sa propre identité visuelle et thématique, proposant dans un canevas et des codes narratifs acquis par le public une plongée inédite et particulièrement originale qui éblouit par sa fraîcheur et son peps quasiment vidéoludique dans son déroulé. Sam, héroïne d’un beat’em all sanguinolent et follement pop, se montre par ce biais un personnage à creuser durant les 2 heures que constituent le film, en la confrontant notamment à deux autres générations : celle de sa mère – son héritage – et celle de la petite Emily – son passé et son innocence perdue. A travers ce choc générationnel, le film se permet d’offrir de jolies séquences touchantes à la très fermée et en apparence apathique Sam, condamnée malgré elle à devoir traverser des émotions fulgurantes à travers un récit déversant à tour de bras des bonnes idées de mise en scène. Tellement que Bloody Milkshake pâtit par instants d’un trop plein de propositions esthétiques, enchaînant les travellings et autres mouvements libres de caméra parfois simplement pour illustrer des dialogues simples, donnant alors au film un rythme inarrêtable dans lequel on se retrouve embarqué dès son introduction. Mais malgré cette dynamique très abrupte et particulièrement pulp qui trace une route bien précise à la narration du récit, Navot Papushado insuffle à son film une dimension émotionnelle surprenante en imposant à ses personnages des contradictions, des personnalités et des objectifs bien distincts qui les rendent picturaux au possible dans ce gigantesque comic-book pop aux néons éclatants.


Mais avant tout ça, Bloody Milkshake reste un film d’action, plaçant ses cascades et ses séquences de combats en tête de gondole d’un produit qui sait constamment ce qu’il est et ce qu’il compte offrir à son spectateur : de la castagne pure et simple. En ça, le long-métrage ne mâche pas ses images en proposant une imagerie violente à souhait, composant un défouloir de luxe pour ses personnages et pour un public en recherche d’action graphique cathartique. Profitant avec imagination de leurs décors respectifs, les combats se montrent particulièrement savoureux, allant du tabassage à la boule de bowling au lancer hasardeux de tomahawk, en passant par la baston générale dans le diner américain typique.



Incarnant toute cette dimension immensément cool en donnant corps et voix à ces personnages, le casting – très prestigieux qui plus est – du film se présente également comme un atout non négligeable de la proposition. En tête, on retrouve la géniale Karen  » Doctor Who  » Gillan qui semble s’éclater dans ce bac à sable nerveux et explosif lui permettant de trouver un statut de protagoniste très agréable à suivre dans toutes ses contradictions. A ses côtés se trouve la jeune Chloe Coleman dans le rôle de la petite fille dont Sam devient la protectrice, surprenante de justesse dans un ensemble pas facile à gérer. Au reste du casting, on retrouve les brillantes Lena Headay, Michelle Yeoh, Angela Bassett et Carla Gugino dans des seconds rôles marquants à souhait qui imbibent le film de leurs auras et de leurs personnalités respectives malgré un temps d’écran pas toujours énorme. Jonglant avec les codes du genre avec panache, énergie et un maximum d’hémoglobine dans tout ce qu’elle peut avoir de plus jouissive, Bloody Milkshake se présente donc comme un plaisir acidulé dont on ressort comblés malgré ses quelques défauts de constitution et son envie constante de trop en faire. En résulte alors un produit stylisé acerbe et ultra-efficace qui compte sur sa BO détonante et sur ses ravissantes séquences d’action pour poser un récit à l’atmosphère singulière et particulièrement innovante. John Wick semble finalement bien loin de ces milkshakes ensanglantés, de ces tenues on-ne-peut-plus pop et de ces injections paralysantes qui viennent offrir à ce Bloody Milkshake une place bien méritée et très plaisante dans le tableau des nouvelles propositions de style audacieuse au sein de ce très formaté cinéma d’action qu’il convient de temps à autre de dynamiter à coup de canon.

Titre original: BLOODY MILKSHAKE

Réalisé par: Navot Papushado

Casting: Karen Gillan, Lena Headey, Chloe Coleman

Genre: Action, Thriller

Sortie le: 21 juillet 2021

Distribué par : StudioCanal

EXCELLENT

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