Critiques Cinéma

BENEDETTA (Critique)

SYNOPSIS: Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs.

Il y a des films dont on se dit qu’ils arrivent comme une évidence dans la carrière d’un metteur en scène, qu’ils réunissent, en tout cas sur le papier, la plupart des thématiques qui parcourent sa filmographie. Le sexe et la religion sont des sujets centraux chez Paul Verhoeven qui n’aime rien de plus que provoquer et interroger notre rapport à l’ordre et la morale. Depuis Katie Tipple, ses héroïnes sont des femmes qui luttent contre l’ordre établi en faisant une arme de leur corps et de leur sexualité assumée. Tiré d’une histoire vraie, ce récit d’une sœur qui découvrant sa sexualité et décidant de l’assumer va se retrouver en guerre contre ses supérieures et la morale de l’époque était ainsi à priori fait pour être adapté par Verhoeven. Si la matière est là, créant une attente forcément importante, le réalisateur sulfureux, habité et inspirant que l’on a connu et admiré n’est peut-être plus tout à fait le même, comme en témoignait déjà son précédent film. Pour la première fois, Elle nous avait laisse un drôle de goût, celui des derniers films d’un Brian de Palma qui depuis Femme Fatale, avec des films totalement dans son univers, n’est pourtant plus qu’un pale copiste de lui-même. Sans aller jusqu’à dire qu’Elle est aussi faible que ces films, il n’arrive jamais à la cheville de celui qu’il aurait dû être. Il faut arriver à dépasser l’admiration que l’on peut avoir pour un réalisateur qui a tôt fait de nous rendre très indulgent, d’effacer inconsciemment les maladresses et combler tous les manques d’un film . Benedetta confirme en partie ce sentiment et si les films de Verhoeven nous ont habitué à éprouver des sentiments contradictoires, à être déstabilisés, celui-ci nous aura vraiment fait passer par tous les états.

On a pu le constater tout au long de sa filmographie Verhoeven n’aime rien de plus que de faire se côtoyer le trivial et le sacré, prendre le contre-pied de la morale, de l’ordre établi. Il ne le fait heureusement pas que guidé par un esprit provocateur. Cette volonté de dire sa vérité, de ne pas se laisser enfermé idéologiquement est profondément ancrée en lui.  Dans un film qui traite si directement du pouvoir, de la religion et de notre rapport à la morale c’est plus que jamais  perceptible. Benedetta est jusqu’à l’absurde et dans quelques uns de ses moments les plus embarrassants, un film habité par son esprit libertaire, cette volonté de démasquer les faussaires, de provoquer. C’est du pur Verhoeven, un concentré de son cinéma, de ses obsessions, de son approche de la  mise en scène et de son cheminement idéologique. Si on l’avait senti en pilote automatique sur Elle, on le sent véritablement jubiler ici mais et c’est là que le bât blesse à nos yeux, il nous perd en chemin dans un sorte de best of/worst of de tout ce qui constitue son cinéma. S’il n’a jamais été un cinéaste très subtil, il fait là, à plusieurs reprises, preuve d’une lourdeur qui nous a sorti du film au cours de scènes qui frôlent le nanar ou, au mieux, ressemblent à un sketch des Inconnus. Dans son exécution Benedetta a parfois la lourdeur du cinéma bis italien. Mais dans son propos, dans ce qu’il dit de la façon dont le pouvoir corrompt tout, du dévoiement de la parole de dieu par les hommes, du pouvoir de la mise en scène (l’ambiguïté sur la réalité des miracles de Benedetta en fait un personnage qui peut être vu comme un double de son metteur en scène), le petit dernier de Paul Verhoeven est un film subtil et assez passionnant.

Si les marqueurs de ses grands films sont bien là et le propos donc passionnant, Benedetta n’a pourtant ni leur souffle, ni leur côté sulfureux. Sans dire que tout tombe à plat, on peut dire que tout est trop souvent amené avec un mélange de lourdeur et de maladresse qui fait que l’on se surprend trop souvent à (sou)rire. C’est là que les opinions peuvent diverger et que l’on tombe, à nos yeux, dans l’indulgence et la correction automatique à l’aune de ce que l’on sait des accomplissements de Verhoeven et ce qu’on devine de ses intentions. On peut ainsi excuser le kitch des scènes d’apparition de Jesus à Benedetta, la charge érotique très relative de scènes qui ne dépareilleraient pas dans un film érotique de Joe d’Amato, la façon dont sont traités les moments de « possession » et y voir là une volonté satirique claire. Mais ces moments sont trop présents et leur articulation avec les autres scènes trop mécanique, trop prévisible à la longue pour que nous ayons pu basculer dans le camp de ceux qui y voient un nouveau signe du génie incontestable de Verhoeven.  Il faut par ailleurs, si l’on s’extrait du propos plus général du film et que l’on s’attarde sur la façon dont il traite du trouble d’une sœur qui s’éveille à la sexualité, chasser de son esprit le souvenir du chef-d’œuvre de Michael Powell et Eymeric Pressburger (Le Narcisse Noir) et  de l’interprétation de Kathleen Byron (sœur Ruth), tout comme il vaut mieux, dans un autre registre, ne pas avoir en tête l’interprétation de Deborah Kerr dans Dieu Seul le Sait (John Huston, 1957) .

Si Virginie Efira avait montré jusqu’à présent une capacité étonnante à être à l’aise dans des registres dans lesquelles on ne l’attendait pas, elle touche là les limites de son jeu. On ne peut nier son implication totale et probablement aussi, dans une époque comme la nôtre, le courage qu’il lui aura fallu pour assumer certaines scènes mais on sent, beaucoup trop souvent, le travail, l’absence de lâcher prise. Elle n’a pas la profondeur de jeu et la versatilité qu’aurait nécessité ce personnage, d’autant plus pour s’extraire du  cadre mécanique et outrancier de la mise en scène. Face à elle Daphne Patakia est une belle révélation et est même le facteur X du film, en ce qu’elle est la seule du casting à sortir un peu des rails, à parvenir à nous surprendre et ne pas sembler enfermée dans la direction voulue par son metteur en scène. A défaut de générer chez nous l’enthousiasme attendu, Benedetta nous aura au moins montré que ce cher Paul Verhoeven en a donc encore sous le pied, a encore des choses à dire, porté il est vrai par le sujet qui le passionne depuis tant d’années et aurait déjà dû aboutir à la sortie de son film sur Jesus.

Titre Original: BENEDETTA

Réalisé par: Paul Verhoeven

Casting : Virgnie Efira, Daphne Patakia, Charlotte Rampling, Lambert Wilson …

Genre: Drame Historique

Sortie le: 09 juillet 2021

Distribué par: Pathé

BIEN

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