ENTRETIENS

LE DISCOURS (Entretien avec Benjamin Lavernhe) : « Il fallait qu’on ait envie d’écouter ce personnage se plaindre pendant 1h20″…

Avec Le Discours de Laurent Tirard, Benjamin Lavernhe trouve son premier rôle principal au cinéma. Ce comédien au parcours déjà enthousiasmant (Radiostars, Le sens de la fête, Le goût des merveilles…) est désormais un de nos acteurs incontournables. Rencontre.

Le Discours, c’est surtout l’histoire d’un chieur, non ?

(Rires) Oui, on peut dire ça. C’est en effet l’histoire d’un typer bien névrosé, bien angoissé, bien pénible. Ça fait d’ailleurs aussi la saveur du film. Mais, justement, c’était aussi l’un des challenges du film, car il fallait qu’on ait quand même de l’empathie pour lui. On ne devait surtout pas passer de son côté à elle et se dire : « oh mon Dieu, qu’elle a bien fait de se barrer ! « 

On peut être acteur de la comédie française et casser sans vergogne le quatrième mur, pour son premier rôle principal au cinéma ?

Oui, c’est ironique, en effet ! Mais cette adresse au public fait la singularité de la mise en scène de Laurent Tirard. Le Discours, c’est d’abord l’adaptation d’un roman et quand on le lit le héros s’adresse et se livre tout le long au lecteur. Il nous raconte ses doutes, ses angoisses, ses joies. Ce personnage a besoin de parler et de se confier à quelqu’un et je crois que cette adresse caméra s’est en fait imposée. Quand ont voit le film, c’est d’ailleurs une évidence. Le personnage est un flot de paroles. Je pense que si le réalisateur avait choisi la voix off, cela aurait moins bien fonctionné. Après, c’est vrai qu’on a eu un peu peur. On s’est vite dits qu’il fallait que cette idée tienne tout le film : il fallait qu’on ait envie d’écouter ce personnage se plaindre pendant une heure vingt ! Heureusement d’ailleurs qu’il y a les flashbacks avec Sarah Giraudeau où on le voit heureux avec elle. Ils sont essentiels ! Cela faisait une respiration énorme avec les adresses caméra durant le diner. Le montage est très important dans le film !

D’ailleurs, c’est facile à faire ? Ce n’est pas très naturel pour un comédien, après tout ?

Oui, c’est vrai que ça peu vite devenir très formel. Bon, ce n’est pas une invention de ce film. On sait qu’on rentre dans la lignée de films qui ont su sublimer ce procédé : A bout de Souffle, Amelie Poulain, récemment Fleabag…. Du coup, faut être à la hauteur. En plus il y a un côté intimident à parler à la caméra, mais Laurent m’a beaucoup aidé. Il m’a cadré et à réussi à me libérer de cette contrainte. Il y a une petite gymnastique à chopper, un rythme à prendre entre le dialogue et l’adresse caméra. Et à la fin, elle est devenue un partenaire de jeu, une amie. Parce que parfois, ça isole de jouer tout seul. Moi j’aime jouer avec des partenaires. Après, je dois avouer qu’en temps comédien, on sait qu’on est regardé, on sent la caméra. Mais on doit normalement ne jamais croiser son regard. Bon parfois on se regarde jouer… Là en plus tu vois ton propre reflet dans la petite vitre de la caméra, et c’est une horreur : tu joues littéralement devant un miroir ! Il a fallu que je l’apprivoise…

Il y a eu aussi un travail du corps, on le sent bien engoncé, rigide…

C’est vrai qu’il y a eu un gros travail pour faire venir le personnage à moi, même si au fond, il me ressemble beaucoup aussi…

C’est vrai ?

Oui, il y a beaucoup de moi. Je suis très sensible à ses peurs et à ses manières de penser. C’est pour cela d’ailleurs que ça me fait beaucoup rire. Je ne sais pas si je me reconnais en lui, mais je le comprends ! Après, il se trouve que j’étais un peu fatigué parce que je jouais le soir au théâtre après le tournage et ça ragoute forcément à son angoisse. En fait, c’est un personnage qui est tourmenté.

Du coup, j’ose la question personnelle : vos pensez quoi, du coup des pauses, dans les couples ?

Oughh, la pause, ça ne sent pas bon ! (Rires) Moi, je suis un anti règle du jeu, j’espère qu’il n’y a pas de règles. Mais, il parait qu’il faut plus s’inquiéter d’une femme qui fait une pause que d’un homme. En général, elle se tiennent à leur décision. Après, je trouve que la pause offre quand même un champ des possibles, elle a donc beaucoup de charmes aussi.

D’ailleurs le film parle de ça.

Oui, parce ce que le film dit beaucoup de chose sur l’amour. En effet, la pause crée la peur et la peur peut provoquer une urgence à regarder son passé, ses erreurs et à faire attention à l’autre. En quelque sorte, à trembler avant l’accident. C’est aussi ça que raconte le film : Pendant une pause, il peut se passer beaucoup de choses et il faut garder espoir…

Propos recueillis par Nicolas Bellet.

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