ENTRETIENS

SONS OF PHILADELPHIA (Entretien avec Matthias Schoenaerts) « Pour moi, Sons of Philadelphia est aussi et surtout un film social… »

Matthias Schoenaerts est à l’affiche de Sons of Philadelphia de Jérémie Guez et en salles depuis le 26 mai dernier. Entretien avec un acteur qui construit sa carrière avec cohérence.


Te voilà à nouveau dans un film noir…

Oui, mais pour moi, le film est d’abord une tragédie humaine sur deux personnages qui doivent mener la vie qu’ils n’ont pas vraiment envie de mener. Ils ont grandi dans un certain milieu et ce milieu malheureusement, détermine leur vie. Le personnage que je joue, Peter, c’est simplement un homme déchiré entre deux réalités : sa réalité intime, ce qu’il aurait envie d’être d’un côté et de l’autre, la vie qu’il se doit de mener, à cause des circonstances.
C’est donc vraiment une tragédie sur ce que cela fait de devoir vivre sa vie sans jamais avoir la chance de pouvoir développer qui on es vraiment. Mais le film tourne aussi autour de ressentir le poids de la culpabilité d’un drame pour lequel on n’est pas coupable. Et bien sûr, tout cela est encré dans un contexte socio- criminel qui se marie très bien à l’univers du film noir. D’ailleurs, Jérémie Guez [le réalisateur. NDA] en a fait un film très puissant qui prend son temps. On n’est pas du tout dans les polars actuels avec des montage nerveux, au contraire…

En fait, le film est à hauteur d’homme, pas vraiment à hauteur de gangster ?

Oui, c’est exactement ça. Il faut bien avoir en tête que la mafia, c’est une réalité sociale, aux États-Unis. Alors, quand on dit mafia, on pense tout de suite à Al Capone, Escobar et toute cette imagerie, parce que cela a donné lieu à de grandes histoires. Mais là, on parle des mecs simples, des ouvriers. Alors, oui évidement, il y a une certaine hiérarchie, il y a le poids des générations, de certaines structures criminelles, mais ça ne brasse pas des milliards. On parle plus de 2 000 par ci, 10 000, par là. On est dans la survie, presque. Et il faut savoir que c’est vraiment un phénomène social aux USA. On ne parle pas de choses exceptionnelles dans ce film. La plupart des américains se retrouvent dans la réalité décrite par le film. La classe moyenne américaine souffre et essaye juste de se débrouiller et de s’en sortir. Pour moi, Sons of Philadelphia est aussi et surtout un film social. Ce n’est pas juste un film de genre, ou un fantasme de réalisateur, mais il parle bien d’une réalité.

Une réalité très dure…

Et très triste, surtout. Je trouve que le film montre également l’extrême solitude que cette survie engendre. On n’a pas le temps de se préoccuper des autres quand on est dans la survie. Il faut faire en sorte de pouvoir bouffer chaque jour. On a juste le temps de nourrir ses propres besoins et à la fin, ça crée un égoïsme, un individualisme qui est effectivement très dur, je trouve.

C’est drôle, car on te propose souvent des rôles de taiseux, alors que tu es assez bavard en fait…

Tu exagères, je ne fais pas que des rôles de taiseux ! Mais, c’est vrai que, dans l’art en général et donc le cinéma, j’aime bien le hors champ. J’aime bien ce que je ne vois pas, ce qui est suggéré, tous les non-dits. Dans la vie aussi, je m’aperçois que souvent j’en apprends plus sur ce que les gens ne disent pas … La plupart du temps, ce n’est pas le bruit qui m’occupe, mais le silence qui me fascine. Sans doute, intuitivement, ça doit se ressentir dans mes choix de rôles. Pour revenir à Peter, c’est vrai qu’il a plein de chose qu’on voit dans ses yeux qui sont forcément liés à l’être qu’il n’a pas réussi à être…

Jérémie Guez me disait qu’il t’avait choisi car il avait besoin d’un mâle Alpha avec un regard d’enfant. Est-ce que cette définition te convient ?

Oui, probablement. Un regard d’enfant, c’est d’avoir encore la capacité de pouvoir s’émerveiller, de ne pas être tombé dans le cynisme…. Et effectivement, un côté mâle Alpha…. Mais c’est, ce que je te disais… C’est le personnage public qu’il a développé dans le monde dans lequel il vit, dans lequel il doit se défendre. Mais à l’intérieur il y a cet enfant qui a plein de désirs et d’envies, mais qui ne peut pas s’exprimer. Et c’est ça le drame de ce personnage. D’ailleurs, avec Jérémie on parle du film depuis près de 7 ans déjà et je pense que les choses arrivent pour une raison. L’âge et la maturité étaient bienvenus pour le rôle.

Propos recueillis par Nicolas Bellet

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