ENTRETIENS

SLALOM (Entretien avec Charlène Favier) « J’ai privilégié une réalisation très sensorielle… »

Avec Slalom, Charlène Favier signe un premier film important qui trouve enfin le chemin des salles, prêt à rencontrer le public. Entretien avec une réalisatrice qui nous en dit plus sur ce projet fort et nécessaire.

© NB

 

Comment est né Slalom ?

Charlène FAVIER : Ce film je l’avais en moi depuis très longtemps. Depuis toujours, je pense. J’ai commencé à l’écrire à l’atelier scénario de la Fémis en 2014-2015, soit bien avant la vague Metoo. J’avais à la fois très envie de partager une partie de mon histoire personnelle, d’emmener le public dans les montagnes où j’ai grandi et aussi raconter le parcours d’une véritable héroïne. Ce sont les 3 ingrédients fondateurs du film. Après, de façon plus anecdotique, j’avais également la volonté de faire un film visuellement très fort. Un film qui embarque le spectateur dans un voyage sensoriel et visuel duquel il ne sortirait pas indemne : qu’il vive de l’intérieur l’histoire de Liz !

Vous avez choisi comment vos deux interprètes ?

Pour Noée, cela a été une évidence. Je l’ai découverte dans Ava, à Cannes et je me suis tout de suite dit qu’elle avait un je ne sais quoi d’animal, de spontané. De très corporel, même. Et c’est ce que je recherche dans les comédiens. Pour moi, la matière première des acteurs, plus que le dialogue, c’est le corps. D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de dialogue dans le film. Et bien sûr, je connaissais Jérémie comme acteur, j’ai très vite pensé à lui. Ce que j’aimais bien en lui c’est que c’est un acteur caméléon au sens propre du terme. Il change de corps, de posture dans chaque film. 

Si je vous suis bien, ce sont deux acteurs corporels ?

Oui, mais les deux personnages aussi, de toutes façons. Il y a dans le personnage de la skieuse et du coach, corporellement quelque chose de très intéressant et de très particulier. La manière dont ces gens-là marchent, regardent la montagne, parlent… Il y a plein de petites choses -qui pour moi, qui ai vécu dans ces montagnes et fait énormément de ski de compétition– était des supports de travail très intéressants. J’avais donc besoin d’acteurs qui puissent travailler sur cela et qui aient surtout envie de le faire.

Effectivement, peu de dialogues, mais aussi beaucoup de plans séquences. Vous avez fait le choix d’une mise en scène particulière…

Oui j’avais envie d’une mise en scène radicale, car on est tout le temps du point de vue du personnage de Liz. Les plans séquences obligent en effet le spectateur à suivre le rythme de l’action. J’avais vraiment envie qu’on soit dans la même temporalité que ce que Liz est en train de vivre. Mais ça n’a pas été systématique, car ça peut vite être bloquant. Après, j’ai également beaucoup utilisé des plan fixes de montagne qui sont un peu une vision des choses que Liz pourrait imaginer, des choses qui auraient un impact sur sa psyché. Mais j’ai surtout essayé de faire au mieux, car le tournage fut extrêmement rapide. 5 semaines, c’était très, très court (rires).

C’est un film sur l’emprise, mais à aucun moment on ne juge les personnages et ils ne se jugent pas eux même.

Oui, c’était très important pour moi que les personnages ne se jugent pas. Moi-même, je ne juge pas mes personnages. D’ailleurs la mise en scène va dans ce sens. C’est pour cela que j’ai privilégié une réalisation très sensorielle où on est toujours avec Liz. Je n’avais pas du tout envie d’être loin de mes personnages : dans un rapport analytique sur ce qui est en train de se passer à l’écran. J’avais plus envie de montrer la complexité, l’ambivalence qui va se nicher à l’intérieur de chacun. On n’est jamais tout noir ou tout blanc, on est un mix de plein de choses et on n’a pas forcément les bonnes réactions au bon moment. On se surprend parfois nous-même…. J’avais très envie de montrer tout cela à la fois. Le sujet de l’emprise et de la zone grise est un sujet très complexe. A un moment, le personnage peut avoir l’impression d’être amoureux. A d’autres, il se rend compte qu’il y a un abus. A un autre, il est dans la peur de l’abandon…  C’est toute cette palette de sentiments que j’avais envie de représenter.

Et justement, vous n’avez pas eu peur que cette vision non manichéenne d’une emprise puisse être mal perçue ? 

Oui. Mais j’ai surtout eu peur d’écrire sur ce sujet. J’ai d’ailleurs mis un moment avant d’accepter de le faire. Mais c’était pour moi une vraie nécessité. Après, il y a eu un véritable questionnement collectif entre moi, les co-scénaristes, le producteur, puis ensuite avec les comédiens, et même l’équipe au moment du tournage… sur ce qu’est le consentement, l’emprise… Il était très important pour moi de trouver le bon dosage, le bon équilibre, afin d’être le plus juste possible face à un sujet si important. Il ne fallait pas se tromper !  Mais en même temps, il était hors de question que je simplifie les chemins qui menaient au message que je voulais délivrer avec le film.

Propos recueillis par Nicolas Bellet

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