Critiques Cinéma

OXYGÈNE (Critique)

SYNOPSIS: Une jeune femme se réveille seule dans une unité cryogénique. Elle ne sait plus qui elle est, ni comment elle a pu finir enfermée dans une capsule de la taille d’un cercueil. Tandis qu’elle commence à manquer d’oxygène, elle va devoir recomposer les éléments de sa mémoire pour sortir de ce cauchemar. 

Si l’on peut discuter de la qualité de tel ou tel film, qu’il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a aucun accro dans sa filmographie, la carrière d’Alexandre Aja, son parcours depuis qu’il s’est révélé avec Haute Tension et a réveillé aussi quelque part un cinéma de genre français en état d’hyper sommeil, sont passionnants à suivre et témoignent film après film de sa très grande cinéphilie. Qu’il se lance dans le remake d’un film culte (La Colline a Des Yeux, 2006), redonne vie à la saga des Piranha (Piranha 3D, 2010) ou au film de crocodile tueur (Crawl, 2019), Aja a jusqu’à aujourd’hui toujours réussi à déjouer les chausses-trappes de ces projets et balayer les grosses réserves que nous pouvions avoir avant de découvrir de quel façon il avait su s’approprier des univers dans lesquels nous n’avions pas forcément envie de retourner. Avec Oxygène, thriller de science-fiction produit par Netflix sur la promesse du scénario très côté de la pourtant débutante Christie Leblanc, adossant une prémisse en forme de high concept (une femme se réveille amnésique, enfermée dans un caisson cryogénique) à un récit de survie, Aja continue de prendre des risques et de revisiter des genres qui ont nourri notre cinéphilie mais aussi généré de nombreuses déceptions ces dernières années.  Qu’ils s’inscrivent dans l’horreur, le fantastique, la science fiction ou encore le thriller, les films qui se reposent sur ce qu’on nomme un high concept, sur une idée de départ très forte, qui engage immédiatement le spectateur dans le récit, peuvent se révéler passionnants, nous tenir en haleine pendant toute la durée du récit, comme avoir une durée de vie très limitée qui nous fait regretter que leur réalisateur ne se soit pas cantonné au court-métrage. L’exercice est à nos yeux très périlleux et impose au metteur en scène de ne pas se satisfaire de son postulat de départ, de réinjecter régulièrement des enjeux et du suspense et de tirer le meilleur parti des contraintes que lui impose le cadre du récit. Entre les parois de cette unité cryogénique, soutenu par un scénario qui multiplie peut être un peu les twists mais a le mérite de nous tenir en haleine, Alexandre Aja déjoue les pièges de ce drôle d’exercice et réalise son film le plus ambitieux, à défaut d’être le plus réussi.

Oxygène part d’une idée terrifiante qui a une résonance forte dans l’imaginaire collectif en ce qu’elle fait appel à une peur qui y est profondément inscrit: celle d’être enterrée vivant.  En soit, cela n’a toutefois rien de très neuf, quand cette peur a été exploitée par de précédents films dans des scènes restées en mémoire, de Vampyr (Carl Dryer,1932),  La Chute de la Maison Usher (Roger Corman, 1960),  The Premature Burial (Roger Corman, 1962) Blood Simple  (Joel et Ethan Coen, 1982), La Chiesa de Michele Soavi (1989), jusqu’à Kill Bill 2 (Quentin Tarantino, 2004).  C’est évidemment à priori à Buried (Rodrigo Cortes, 2010) que l’on pense immédiatement au début de ce récit, lorsque l’on découvre sa condition en même temps qu’Elizabeth (Mélanie Laurent) et que le programme de la suite du récit apparaît ainsi clairement.  C’est la peur, le désespoir, l’instinct de survie d’Elizabeth qui irriguent ce récit qui ressemble à un cauchemar éveillé et, pour faire un peu de mauvais esprit, aurait pu l’être aussi pour le spectateur quand il propose 1h40 en immersion avec une actrice contre laquelle nous ne sommes pas braqués mais qui, reconnaissons-le, a tendance à tomber dans un « sur-jeu » qui peut être très crispant. Si l’on ne niera pas que l’on aurait sans doute préféré retrouver Noomi Rapace (ne serait-ce déjà que pour faire le lien avec son inoubliable scène dans le Med’Pod de Prometheus) initialement castée quand Aja ne devait que produire et laisser la réalisation à Franck Khalfoun, que plusieurs scènes auraient mieux fonctionné avec un jeu moins « show off » , Mélanie Laurent ne suffit pas à parasiter le réel plaisir pris devant un film qui ne reste pas sur des rails et parvient à maintenir une tension constante et un réel intérêt pendant toute sa durée.

S’accommodant des contraintes du lieu unique et très exigu dans lequel il peut faire évoluer sa caméra (à l’exception d’une seule scène, pour un effet qui ne nous paraît pas justifié), Alexandre Aja joue de tout son décor, des interactions avec l’ordinateur de bord dont la voix humaine (Mathieu Amalric) désarçonne d’abord mais est probablement un choix judicieux pour ouvrir le film vers autre chose que le thriller de SF mettant aux prise l’homme à la machine. On aurait pu imaginer un traitement plus à l’os, plus viscéral, moins bavard.  On aurait aussi pu le préférer quand Mélanie Laurent exprime ici souvent à voix haute ce que la mise en scène se dispense de transmettre mais là encore le parti pris s’entend par l’ambition claire de rattacher le film à autre chose. Les flashbacks sont aussi une béquille sur laquelle Oxygène s’appuie beaucoup. S’il est question de survie à travers le compte à rebours initié par la baisse constante du niveau d’oxygène de l’unité cryogénique, il est aussi beaucoup question de quête d’identité, de même qu’Oxygène se rattache à des thèmes très actuels, sans qu’il soit possible toutefois d’en dire plus sans divulgâcher une partie du récit. L’ouverture constante du récit vers d’autres pistes, d’autres thématiques et même d’autres genres est à la fois une bonne surprise, un moteur qui relance constamment l’intérêt et une forme de facilité selon l’endroit où l’on place ses attentes au regard de la promesse initiale. La barque nous a paru un peu trop chargée pour conserver un plaisir constant durant toute cette traversée. Plutôt très convaincant lorsqu’il reste dans le pur exercice de survival, on aurait souhaiter plus suffoquer, que le scénario comme Alexandre Aja tiennent la note initiale  plus longtemps.  Quitte à s’ouvrir vers autre chose, à nous emmener ailleurs, ce qui est toujours plaisant finalement, Oxygène aurait sans doute gagner à le faire plus tardivement et avec plus de simplicité, quand il finit là par diluer ses effets et basculer vers un récit trop bavard et trop dans l’air du temps pour être totalement sincère et, en tout cas, efficace.

Titre Original: OXYGEN / O2

Réalisé par: Alexandre Aja

Casting:  Mélanie Laurent, Mathieu Amalric …

Genre: Thriller, Science Fiction

Sortie le:  12 mai 2021

Distribué par: NETFLIX

BIEN

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