Critiques

A TEACHER (Critique Mini-Série) Trop hybride pour trouver sa voie…

SYNOPSIS: Insatisfaite de son mariage avec un homme rencontré à l’université, et éloignée de sa famille, Claire, solitaire, fait son entrée dans une nouvelle école, au Texas. La vie de la jeune femme est bouleversée lorsqu’Eric, un charmant élève de sa classe, s’intéresse à elle de façon inattendue. Capitaine de l’équipe de foot de l’établissement, l’adolescent est populaire et extraverti. Si sa vie semble parfaite, Eric jongle en réalité entre la pression de l’école, son objectif d’intégrer l’université et un emploi à temps partiel, tout en aidant à prendre soin de ses deux jeunes frères afin que sa mère Sandy puisse subvenir aux besoin de sa famille. Claire et Eric se découvrent une connexion indéniable qui leur permet d’échapper à leurs dures réalités respectives. Cette relation interdite entre un professeur et son élève mineur pourrait bien avoir de douloureuses répercussions.

Ce jeudi, A Teacher débarque sur Canal+ et myCANAL avec Kate Mara (connue notamment pour House of Cards et Les 4 Fantastiques) et Nick Robinson (Love, Simon) en tête d’affiche. Adaptée du film éponyme de Hannah Fidell, de retour à la création et l’écriture de cette nouvelle mouture, la mini-série nous emmène au cœur d’un « amour » impossible entre une professeure et son élève de terminale. Disons-le tout de suite, A Teacher est une étrange mini-série, de par son écriture et surtout de par sa structure versus son format. Si les 6 premiers épisodes sont majoritairement extrêmement prévisibles, linéaires, clichés et sans grand intérêt, ils laissent bientôt place aux épisodes 7 à 9, très différents (mais pas exempts de défauts) et beaucoup plus intéressants, puis à l’épisode 10 qui provoque une nouvelle cassure de rythme et de contexte. Afin de ne pas spoiler le peu d’événements intéressants qui parsèment le show, nous resterons volontairement évasifs sur le contenu réel mais nous sommes obligés de nous attarder un minimum sur la construction de la série.



Nous évoquions ainsi les 6 premiers épisodes qui nous proposent concrètement tout ce que nous nous imaginions attendre en lisant le synopsis de la série. La mini-série nous le sert certes mais précisons qu’elle le fait à un rythme effréné. Pas le temps de niaiser semblerait-t-il, surtout avec un format 20-24 minutes, dès lors la relation entre Claire (Kate Mara) et Eric (Nick Robinson) va vite s’envoler. Trop vite sûrement. Le contenu des épisodes en question représente grosso modo ce que nous imaginions étalé sur la quasi-entièreté de A Teacher. Cette dernière n’est pas du genre à prendre son temps ni à laisser une quelconque tension sexuelle s’installer avant d’engager les hostilités. C’est en ça que la série a les qualités de ses défauts. Dans son genre elle ne nous fait pas languir, elle ne traîne pas en longueur, elle envoie toutes ses idées directement, droit au but. Paradoxalement c’est pourtant en cela qu’elle nous frustre car au-delà d’aller très vite, ce qu’elle propose n’est ni captivant, ni particulièrement déroutant, et encore moins émouvant…tout juste retiendra-t-on à ce stade la personnalité un poil malsaine et borderline de Claire, qui semble compenser sa vie passée par une passade destructrice, sans que malheureusement le show ne prenne le temps d’en brosser toutes les aspérités. La psyché de Claire est pourtant intrigante, mais que cela soit ici ou durant les épisodes suivants, jamais nous n’aurons réellement l’impression de plonger dans les tréfonds son âme. Précisons qu’au cours de cette première salve, la relation entre la professeure et son élève est enrobée de tous les clichés que nous pouvons bien entendu trouver dans un milieu scolaire américain : fêtes, bal du lycée, réseaux sociaux et toute la palette habituelle.



Le septième épisode marque une rupture salvatrice, après six rendez-vous un peu rushés, où Claire et Eric vont être davantage traités indépendamment l’un de l’autre. Si les éléments déclencheurs de cette transition demeurent assez lapidairement et parfois douteusement orchestrés, l’occasion d’aborder plus en profondeur les conséquences psychologiques de la relation interdite s’avère bien plus intéressante, au même titre que de parcourir les personnages individuellement et non plus en tant qu’entité. D’ailleurs si l’on se surprend à trouver le traitement de chaque protagoniste tantôt pertinent, tantôt bricolé et avoisinant la psychologie de comptoir, l’intérêt demeure pourtant accru jusqu’au dernier épisode. Néanmoins la série continue sur sa lancée, sauf qu’après les sempiternels clichés du lycée, nous avons ici affaire à ceux de l’université (bienvenue aux fraternités étudiantes). Une évolution certes logique qui contribue néanmoins au blocage de A Teacher à cheval entre du Greek et une dramaturgie qu’elle veut plus poussée mais qui demeure laborieuse, continuant de fait à accoucher d’un bébé trop hybride pour trouver sa voie.
 La conclusion est à ce titre tout aussi bancale que le reste, si ce n’est plus. Le dixième et dernier épisode débute après un nouveau changement radical, mais une sensation de trop peu vient souvent s’y insinuer, mélange de trip nostalgique des années lycée, du vécu des différents personnages et des retombées de la relation entre Claire et Eric, alors qu’un temps significatif s’est pourtant écoulé depuis le premier épisode. Mouais.



A Teacher est donc une mini-série déséquilibrée sur toutes les pistes qu’elle lance, assortie d’un brossage psychologique souvent grossier, tiraillée entre du déjà-vu plat et la volonté d’assumer son sujet jusqu’au bout en faisant des propositions pertinentes mais très maladroites. Nous regretterons ainsi le manque de finesse, surtout dans les réactions de presque tous les personnages secondaires (y compris et surtout les adultes, car c’est beaucoup moins excusable de leur côté) qui entourent Claire et Eric, amenant parfois des attitudes dénuées de toute subtilité et cantonnant A Teacher à sa place d’ersatz de teen-show mixé à une tentative plus ou moins ambitieuse mais souvent aux fraises. Dès lors la mayonnaise ne prend jamais réellement, et l’émotion est aux abonnés absents, le scénario étant avant toute chose très schématique. Difficile dans ces conditions de recommander la mini-série dont l’aspect divertissant pêche autant que son aspect psychologique, les quelques qualités du show ne justifiant pas pour autant 10 épisodes de votre temps, malgré son format accessible. Nous saluerons cependant la prestation des deux acteurs principaux, crédibles dans leur rôle respectif et la découverte de Nick Robinson que nous ne connaissions que très peu (oui, nous n’avons pas encore vu l’auréolé Love, Simon).

Crédits: Canal+

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