Critiques

EN THÉRAPIE (Critique Saison 1) La France sur le divan…

SYNOPSIS: Paris, automne 2015. Philippe Dayan reçoit chaque semaine dans son cabinet à deux pas de la place de la République, une chirurgienne en plein désarroi amoureux, un couple en crise, une ado aux tendances suicidaires et un agent de la BRI traumatisé par son intervention au Bataclan. A l’écoute de ces vies bouleversées, le séisme émotionnel qui se déclenche en lui est sans précédent. Pour tenter d’y échapper, il renoue avec son ancienne analyste, Esther, avec qui il avait coupé les ponts depuis près de 12 ans.

Lancée avec succès en 2005, BeTipul, la série israélienne créée par Hagai Levi et dont le titre en français signifie littéralement “en thérapie” a été adaptée dans treize pays. In treatment, la version américaine portée par Gabriel Byrne dans le rôle du psy a fait date. Il était curieux que la France, le pays de Jacques Lacan, ait dû attendre quinze ans pour réparer cette incongruité. Il faut dire que le dispositif minimaliste de la série qui a pour seul décor le cabinet du psy et dont l’action repose principalement sur la parole entre le thérapeute et son patient a longtemps fait peur aux chaînes françaises. Il a fallu l’enthousiasme et peut-être aussi l’impressionnant CV d’Olivier Nakache et Eric Toledano, le duo de réalisateurs les plus bankable du cinéma français avec ses comédies sociales à succès (Intouchables, Le sens de la fête etc.), pour convaincre Arte de relever le défi.

Pour leur première incursion dans l’univers de la série, le duo Nakache/Toledano, qui signe la réalisation de plusieurs épisodes, a choisi d’ancrer En Thérapie dans la réalité et l’actualité française : celle des terribles attentats de novembre 2015. Un parti pris audacieux tant les chaînes sont frileuses à aborder cette thématique encore douloureuse. Un choix casse-gueule aussi qui peut rebuter les téléspectateurs au moral défaillant surtout en cette période de pandémie mondiale. Pour l’instant, le thème des attentats n’a visiblement pas découragé les curieux. Quatre jours seulement après sa mise en ligne sur arte.tv, En Thérapie cumulait déjà 3,4 millions de vues et ce alors que la série n’était pas encore diffusée à l’antenne.

Si toutefois ce sujet vous déprime à l’avance et même si la série n’est pas exempte de quelques maladresses ou de lourdeurs sur ce thème ô combien douloureux, soyez patient. Il serait dommage de résumer En thérapie à ce qui n’est qu’au fond qu’un point départ scénaristique. Seuls les deux premiers épisodes abordent à chaudes larmes la tragédie avec les personnages d’Ariane, la chirurgienne incarnée par Mélanie Thierry, en première ligne la nuit du 13 novembre et Adel, le flic de la BRI en plein choc post-traumatique, campé par Reda Kateb.

Avec trente-cinq épisodes d’une vingtaine de minutes chacun au compteur, En thérapie, dont le scénario est signé David Elkaïm et Vincent Poymire, les créateurs de la série Ainsi-soient-ils, également diffusée sur Arte, a le temps de dérouler d’autres histoires, d’explorer d’autres thématiques universelles et intemporelles comme le transfert amoureux avec Ariane (Mélanie Thierry), les affres du couple (Pio Marmaï et Clémence Poésy), l’estime de soi avec le personnage d’une jeune nageuse aux tendances suicidaires, formidablement campé par Céleste Brunnquell, vue au cinéma en 2019 dans Les Éblouis au phrasé singulier et au regard intense sans oublier peut-être l’aspect le plus passionnant de l’entreprise : la figure du psychanalyste lui-même.

Frédéric Pierrot, acteur croisé notamment dans Polisse et Les Revenants, au regard expressif et à la voix posée, joue un thérapeute très crédible et attachant (il est lui-même en analyse et est un lecteur assidu de Freud, Lacan et Jung). Loin d’incarner la figure marmoréenne, omnipotente et distante du psychanalyste, le sexagénaire réussit le mélange parfait entre distance et humanité. Malmené et provoqué par ses patients, il doute, commet des erreurs, remet en question sa vocation et son existence. A ce titre, les séquences où il rend visite à sa contrôleuse, c’est-à-dire sa propre psy, jouée par Carole Bouquet, sont l’occasion de le voir tomber le masque et dire tout haut ce qu’il pense tout bas lorsqu’il écoute ses patients. Ces séances tournent parfois au duel dont les répliques sont assez jubilatoires.

Frédéric Pierrot, sa présence à la fois forte et fragile, est le grand atout de cette série chorale singulière, au dialogues ciselés, élégante et cinématographique (Pierre Salvadori et Nicolas Pariser assurent en alternance la réalisation de plusieurs épisodes) a le mérite de rendre ses lettres de noblesse aux vertus du temps long et de la parole.

Crédits: Arte / Les Films du Poisson

2 réponses »

  1. J’ai décroché au bout d’un quart d’heure. J’avais regardé avec grand plaisir toutes les saisons d’En treatment avec Gabriel Byrne dans le rôle du psy, mais ici on ne voit qu’une série de poncifs alignés les uns après les autres… Je me demande si les auteurs ont jamais mis les pieds dans un cabinet de psy avant de tourner cette série. Personnellement, je n’ai jamais connu un psy aussi prévenant! Et cette fille qui pleure et qui s’énerve et qui surjoue. Bref, quel intérêt d’adapter à la sauce française intimiste et dégoulinante une excellente série américaine inspirée d’une excellente série israélienne? Mystère

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