Critiques Cinéma

THE WICKER MAN (Critique)

SYNOPSIS: La veille du 1er mai, un policier du continent vient enquêter sur la disparition d’une fillette sur un îlot écossais. Il se heurte à l’hostilité et au mutisme de ses habitants… 

Depuis 1990 se tient chaque année la dernière semaine d’août dans le désert de Black Rock au Nevada le Festival du Burning Man, festival à l’imagerie singulière, notamment symbolisée par ce fameux Burning Man clôturant l’évènement, lorsque les participants mettent le feu à une sculpture en bois à l’effigie d’un homme d’une dizaine de mètre de haut. Et si le but de ces deux éléments ne sont assurément pas les mêmes (et heureusement), il y a en effet une relation intérieure profonde entre cette célébration cathartique enflammée en guise de clôture et la fin mémorable du film de Robin Hardy, The Wicker Man, sorti en 1973. Comme un bûcher traversant le temps. The Wicker Man commence comme un film policier. Un sergent de police, Neil Howie, se rend sur l’île de Summerisle, connue notamment pour sa culture de pommes, après réception d’une lettre anonyme en provenance du village renseignant la disparition d’une jeune fille sur place. Le sergent y découvre une communauté autarcique néo-païenne, enseignant dès le plus jeune âge des rituels qui vont heurter sa foi chrétienne profonde. Perturbé par l’ambiance cultiste et au folklore mystique porté par les Insulaires qui affirment toutes et tous ne pas connaître la jeune fille disparue, le sergent coincé sur l’île va plonger dans cette communauté aux antipodes de ses croyances, menée par le charismatique Lord Summerisle qui semble cacher des secrets à notre protagoniste, pourtant bien déterminé à mener à terme son enquête.


Au fur et à mesure que l’intrigue avance, le film mute, mettant ses accents policiers en retrait, et laissant l’étrange et le dérangeant faire surface. En embarquant dans le récit en embrassant le point de vue de son protagoniste, fervent chrétien, le spectateur se retrouve en plein milieu d’une communauté païenne aux mœurs peu communs et en plein décalage avec les croyances du sergent, priant son Dieu de le délivrer du cauchemar qu’il vit. A travers ce conflit entre une religion moderne et une païenne basée sur une certaine vision de l’amour, de la nature et des chansons, l’intrigue est constamment balisé de scènes jurant avec les bases posées par le début du film. Car en commençant comme une enquête policière, Robin Hardy tord les attentes du spectateur, l’embarquant alors dans un thriller religieux, frôlant de près l’horreur. A certains instants, le fantastique s’invite dans des scènes de suggestion, laissant le public décider si ce qu’il voit est le fruit de l’imagination du protagoniste ou une réalité tordue par le metteur en scène. The Wicker Man mélange les genres et offre une spirale fataliste dans laquelle le sergent Howie est enfermée.


Car c’est l’idée de l’enfermement à plusieurs tiroirs qui participe le plus à cet aspect dérangeant. L’océan comme première frontière séparant le protagoniste du pays. L’île est la seule terre que nous explorerons et que nous découvrirons sous plein d’aspects différents, tous plus singuliers les uns que les autres. Puis, la chambre, isolant le sergent de l’extérieur. Si c’est potentiellement le seul endroit où il aurait pu être en sécurité, cela se révèlera être en réalité des murs communiquant avec la jeune Willow, fille du gérant de l’auberge, tentant au cours de son séjour de le séduire. Comme une menace invisible et directe. Et enfin, il est enfermé au milieu de cette communauté par ses croyances. Il est le seul chrétien au milieu de cette île convertie depuis des générations à cette religion néo-païenne et à ses rituels. Le film montre constamment cette isolation du personnage, seul contre tous, qui ne peut jamais réussir à s’enfuir, à se libérer. L’enfermement arrivant alors à son apogée dans la célèbre séquence finale, celle du fameux Wicker Man, figure humanoïde en bois géante, destinée aux flammes sacrificielles.


Au casting du film, on retrouve en tête d’affiche Edward Woordward dans le rôle de ce sergent de police venu sur l’île résoudre une enquête, et qui y trouvera plus qu’une disparition de petite fille. Il constitue notre seul repère dans l’ambiance étrange de Summerisle, bien que cette place sera constamment remise en question par le propos religieux traité par le film, qui met en scène une confrontation idéologique entre des dogmes de deux croyances de deux horizons/époques différents. On retrouve du côté de la communauté le grand Christopher Lee, interprétant le très charismatique Lord Summerisle, leader éloquent et fédérateur. On trouve à leurs côtés Britt Ekland dans le rôle de Willow, Diane Cilento interprétant la maîtresse d’école Miss Rose et la bibliothécaire jouée par Ingrid Pitt. Avec The Wicker Man, Robin Hardy signe un grand film à l’imagerie impactante et à l’épreuve du temps, intégrant à une enquête policière des visuels païens, inspectant les cultes et leurs rituels en confrontant des idéologies opposées via ce protagoniste profondément chrétien. Le réalisateur mélange les genres avec un équilibre rare, slalomant entre le thriller, le film noir, le polar, le film d’horreur, le drame social et même le film documentaire. La caméra s’infiltre dans cette communauté pour nous faire vivre de l’intérieur cette enquête. En fin de compte, en lançant le film, nous sommes autant pris au piège que le sergent Howie. The Wicker Man délivre alors des images marquantes qui continuent d’inspirer. Car si à l’évocation de la flamme sacrificielle finale et de la communauté aux mœurs étranges basés sur la musique et un certain rapport à l’amour vous avez pensé au Midsommar de Ari Aster, c’est probablement normal. En 1973, Robin Hardy a bâti son Wicker Man, un film trop peu connu de par sa diffusion singulière, dressant pourtant un monument de culture folk qui a laissé bon nombre de traces. Y compris un remake avec Nicolas Cage. Mais ça, c’est une autre histoire…

Titre original: THE WICKER MAN

Réalisé par: Robin Hardy

Casting: Edward Woodward, Diane Cilento, Ingrid Pitt…

Genre: Thriller, Epouvante-Horreur

Sortie le: Prochainement

Sortie en DVD/Blu-Ray: le 2 décembre 2020 chez StudioCanal dans la collection Make My Day

Distribué par : Lost Films

EXCELLENT

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