Critiques Cinéma

PETITE FILLE (Critique)

SYNOPSIS: Sasha, né garçon, se vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et soeur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence.  Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant. 


Tandis que la jeune Lilie, 8 ans, faisait en septembre dernier la une de différents médias pour expliquer sa vie de petite fille coincée dans un corps de petit garçon, et qu’Ellen Page vient d’annoncer qu’il fallait désormais l’appeler Elliot Page, c’est autour de Sasha, 7 ans, d’être mise en avant ce soir sur Arte dans un documentaire de Sébastien Lifshitz, déjà réalisateur d’Adolescentes sorti en septembre dernier.

 Si la dysphorie de genre n’est pas un nouveau sujet de société, sa médiatisation via des enfants est toute récente et permettra, nous l’espérons, d’éveiller davantage les mentalités, qui évoluent comme d’habitude à la vitesse d’un lombric (et à lire les commentaires sous les vidéos, le chemin sera comme pour tout : très long). L’attitude des tiers qui sont évoqués dans le documentaire ne fait malheureusement que confirmer la réticence, la fermeture d’esprit et la difficulté auxquelles sont confrontées Sasha et sa famille dans un combat qui s’annonce comme celui de pouvoir vivre sa vie dans des conditions décentes. Dans un monde où tout le monde rejette tout le monde (et que dire si en plus on ne présente pas les caractéristiques de Monsieur ou Madame Toulmonde), ce n’est en effet pas gagné.




Heureusement pour Sasha, bien que sa vie commence douloureusement, elle a la chance d’avoir pour maman Karine, qui semble être une femme formidable : forte, à l’écoute, combative, touchante et protectrice, Karine fait du mieux qu’elle peut pour simplifier le quotidien de Sasha et lui permettre de vivre de la façon la plus épanouie possible malgré les obstacles. Karine est néanmoins lucide : elle sait qu’elle ne pourra pas encaisser tous les coups à la place de sa fille et que le futur ne sera pas toujours radieux mais il est hors de question pour elle de rester les bras ballants pendant que sa fille s’enfonce dans son mal-être, sans pouvoir s’assumer pleinement. Le souci c’est qu’à l’âge de Sasha, la dysphorie de genre pose des questions particulièrement inédites : puisque l’enfant est très jeune, il faut toujours envisager que son ressenti finisse par changer, tout en anticipant malgré tout la puberté et les modalités et traitements associés pour la freiner afin que le corps se transforme le moins possible et puisse correspondre au véritable genre de l’enfant sans que cela ne soit pour autant irrémédiable.



Si le reportage est assez court (environ 1h20) il prend néanmoins le temps de brosser les problématiques auxquelles se heurtent Sasha et son entourage, souvent dans des moments émouvants. Difficile de rester de marbre lorsque Karine culpabilise et craint que son désir d’avoir une petite fille lors de la grossesse ait purement et simplement « torpillé » le futur de Sasha. A travers l’école, la danse ou même le simple fait d’inviter un copain ou une copine à la maison et la crainte qu’ils voient que Sasha évolue dans une chambre de petite fille, le quotidien est semé de doutes, de pleurs et d’embûches. En sus du soutien de ses parents, de sa sœur et de ses frères, qui forment un groupe extrêmement solaire et solidaire, Sasha va également avoir l’opportunité de trouver grâce à sa mère une pédopsychiatre rassurante et à l’écoute. Bien que le documentaire se révèle dans sa forme extrêmement classique, il bénéficie d’un montage fluide, pudique et efficace permettant au téléspectateur d’appréhender aisément la vie de Sasha et de capter les hauts et les bas de l’année qui va s’écouler à ses côtés. Cela nous rend d’ailleurs curieux à l’issue du documentaire, de savoir comment aura évolué la vie de Sasha dans quelques années et quels nouveaux obstacles elle aura pu surmonter. Indispensable et d’utilité publique, Petite fille est une goutte d’eau dans un océan d’hostilité, mais certainement pas un coup d’épée dans l’eau.

Crédits: Arte

1 réponse »

  1. J’ai été bouleversée par ce film documentaire
    J’ai vu un enfant sous l’emprise d’une mère qui a décidé un peu vite que son fils voulait être une fille
    J’ai vu un enfant souffrir et ne pouvant jamais exprimer son profond ressenti , sa mère pose les questions et y répond
    « Tu préfèrerais être une petite fille ? Pas de problèmes c’est possible » je simplifie mais à peine
    Que va devenir cet enfant ? Qui va devoir subir des traitements difficiles et qui ne feront jamais de lui ce que cette » famille aimante » a décidé
    Cet enfant ne sera ni garçon ni fille … On aurait pu lui laisser un peu plus de temps
    J’ai un fils, il a eu des poupées, il a mis mes chaussures, il s’est déguisé en fille …Aujourd’hui il en a deux et c’est un papa qui s’est construit dans le respect de ses goûts suivant son âge et son évolution personnelle
    Je souhaite de tout mon cœur à cet enfant qui m’a beaucoup émue qu’il trouve tout seul son chemin sans subir aucune pression

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