Critiques Cinéma

REBECCA (Critique)

SYNOPSIS: En Angleterre, une jeune mariée s’installe dans le domaine familial de son époux, où elle est poursuivie par l’ombre obsédante de la première femme défunte de son mari. 

Le plus célèbre roman de l’autrice Daphné du Maurier aura eu les honneurs du petit et grand écran à plusieurs reprises. Rebecca, son thriller gothique unanimement salué depuis sa parution, possède tous les ingrédients d’une œuvre marquante. Son héroïne ingénue confrontée à un fantôme au féminin, passée avant elle dans la vie de son époux, un époux aimant mais distant, une domestique machiavélique, sans compter le domaine imposant de Manderley dans lequel se déroule l’intrigue… Toutes les pièces du puzzle en font à chaque fois des adaptations fort intéressantes, et dont le public retient essentiellement, il faut bien l’avouer, celle d’Alfred Hitchcock, avec notamment Joan Fontaine et Lawrence Olivier. Nous sommes en 2020, près d’un siècle après la parution du roman, et à nouveau, l’envie de retourner à Manderlay se fait ressentir pour le réalisateur Ben Wheatley. Plus accoutumé aux récits contemporains qu’à ceux d’époque (malgré une exception ou deux), Wheatley est un choix étonnant mais pourtant intéressant, son sens de l’anxiogène fonctionnant parfaitement avec Kill List. Sans oublier le fait qu’il ramène avec lui le binôme infernal de Free Fire composé de Sam Riley et Armie Hammer, auxquels se greffent Lily James, Kristin Scott-Thomas et Ann Dowd.



Sur le papier, tout semblait réuni pour en faire une perle parmi les Netflix Originals. Et pourtant, il faut bien l’avouer : de A à Z, ce Rebecca cuvée 2020 est une franche déception à tous les niveaux. Commençons peut-être par le plus évident, et le plus tragique : le film est incroyablement ennuyeux. Mou, mal rythmé et monté, le film semble crouler sous le poids de ses thématiques et de ce qu’il représente, et ne décolle jamais. L’encéphalogramme est toujours plat, et jamais aucun frisson ne vient titiller le spectateur : un comble, pour une histoire à ce point hantée par l’inexplicable ! Le film se contente de broder les scènes cultes à la suite, sans réel effort de mise en scène, si ce n’est, peut-être, celle emblématique du bal. Le deuxième problème du film est inhérent au premier : le casting est d’une fadeur sans nom. Armie Hammer, si charismatique dans Free Fire, est ici transparent. Sam Riley et Lily James s’en sortent mieux, insufflant le mieux possible à leurs coquilles. Quant à Kristin Scott-Thomas, elle fait le minimum syndical, mais agace, surtout, là où Mrs. Danvers est censée être terrifiante dans le roman de base. Le duo principal pâtit de la mauvaise direction d’acteurs, et le couple James/Hammer ne fonctionne jamais. Également parce que malgré la bonne volonté de Wheatley, qui souhaitait réduire l’écart d’âge entre Maxim de Winter et la narratrice de l’histoire, le problème n’était pas là. Au contraire, la différence colossale entre les deux époux (Maxim a le double de l’âge de sa deuxième épouse), était un levier supplémentaire à la dimension malsaine et toxique du couple, dont le spectateur est ici privé.



Et s’il est terrible de faire le constat, alors faisons-le: oui, la mise en scène de Wheatley respire davantage les filtres Instagram de nos smartphones (à ce titre, le premier acte du film à Monte-Carlo est terrible), que celle du Wheatley habituel. Les couleurs ne sont pas belles, ne mettent même pas les costumes ni les décors en valeur, et semblent tout juste fonctionnelles. Le réalisateur ne se permet qu’une seule audace rappelant le réalisateur Henri-Georges Clouzot sur le tournage cauchemardesque de L’enfer. Une référence pertinente, surtout dans le contexte de la scène, mais qui, une fois terminée, se contente davantage d’avoir été une friandise esthétique qu’autre chose. On pourrait continuer encore longtemps, mais le film a suffisamment été mis à terre pour en rajouter une couche. En dépit de quelques bonnes idées formelles, d’un score efficace de Clint Mansell et d’un finish retravaillé pour cette version qui propose une nouvelle conclusion tout aussi cohérente à l’histoire, ce Rebecca 2020 est un échec quasi-complet, ne révolutionnant rien et se contentant d’être un empilage sans âme ni morale des scènes-clés du bouquin. A ce titre, autant revoir la version d’Hitchcock – ou même, et c’est encore mieux en ces soirées de couvre-feu, de relire le bouquin.

Titre Original: REBECCA

Réalisé par: Ben Wheatley

Casting : Lily James, Armie Hammer, Kristin Scott Thomas …

Genre: Drame, Thriller, Romance

Date de sortie :  21 octobre 2020

Distribué par: Netflix France

ASSEZ MAUVAIS

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